Cuba, un capitalisme d’Etat au service d’une petite oligarchie

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Pendant de nombreuses années, les résultats calamiteux de Cuba ont été camouflés par les généreuses subventions de l’URSS et des pays de l’Est.

La rupture intervient en 1990 : la génération élevée à l’ombre des principes de la révolution réalise subitement que le socialisme cubain ne doit sa modeste prospérité qu’aux subsides des « camarades » du Bloc de l’Est.

En 1993, l’économie cubaine touche le fond : le PIB à enregistré une chute vertigineuse de 40%. Le régime de Fidel Castro est au bord de la faillite et entame une réflexion sur la façon de sortir, au moins temporairement, du marasme économique dans lequel l’a plongé la disparition du bloc de l’Est.

Une solution existe, même si elle suppose une rupture idéologique avec le dogme : permettre aux investisseurs étrangers (non américains bien sûr) de s’implanter à Cuba. Leur arrivée doit en effet permettre de relancer deux secteurs moribonds qui nécessitent de gros investissements : le tourisme et l’exploitation minière du Nickel.

C’est ce que défend la nouvelle génération des quadras issus de l’UJC ( l’Union des Jeunesses Communistes ) dont le porte parole est Carlos Lage. Malgré les réticences de Castro, il obtient une loi très attractive pour les investisseurs étrangers prêts à parier sur Cuba. Ceux-ci (en majorité européens) sont devenus de fait les principaux soutiens du régime : sans leurs investissements massifs dans le tourisme, Cuba ne serait sans doute jamais sortie de la crise des années 90.

Les nouveaux barons du communisme dirigent Gaviota (l’entreprise touristique aux mains de l’armée), Habaguanex (16 hôtels de luxe dans la vieille Havane), Cubanacan ou Gran Caribe. Autant de sociétés mixtes aux mains des oligarques du parti et des têtes galonnées qui dirigent Cuba en bons capitalistes. Le plus grand secret règne sur l’utilisation des devises récoltées par le secteur touristique (2 milliards de dollars en 2004, soit 40% des revenus en devises de Cuba), mais il semble que l’essentiel soit utilisé pour la construction de nouveaux hôtels, plutôt que pour soulager la misère des Cubains comme le prétend la presse officielle. Pendant que « el commandante » succombe sur la fin à une forte poussée de fièvre capitaliste, le Cubain moyen doit lui se contenter d’un salaire mensuel médian de 210 pesos (soit 7,5 euros).

Une rémunération misérable, plus proche de l’esclavage que du salariat, et dont ne voudrait pas un journalier de l’Uttar Pradesh (en Inde le salaire horaire d’un travailleur non qualifié est de 0,5 dollar, 1 dollar pour un employé d’un centre d’appel). A ceci s’ajoutent bien entendu les menus inconvénients propres au système socialiste réputé sans classe, donc sans conflit : un syndicat unique au service du parti unique, et l’interdiction de faire grève.

Une sorte de « capitalisme monopolistique d’Etat » à la cubaine, résultat de l’alliance cynique des investisseurs européens avec le complexe militaro communiste qui impose ses conditions draconiennes d’emploi de la main d’œuvre. Même dans ses rêves les plus fous, le MEDEF n’a jamais envisagé un système d’exploitation (au sens marxiste du terme) aussi efficace.

La solution biologique, ou l’automne du patriarche

Aujourd’hui le capitalisme d’Etat pratiqué sans vergogne par Cuba avec l’appui des investisseurs européens, a construit autour de Castro une petite caste de privilégiés qui pourrait bien préfigurer ce que sera le Cuba de demain. Les détenteurs du pouvoir économique entendent bien garantir leur avenir contre les aléas que représentent la succession de Castro.

Les hiérarques de l’armée, très engagés dans l’économie touristique, se satisferaient très bien d’une transition dynastique façon Corée du Nord. L’héritier a déjà été intronisé depuis longtemps: il s’agit de Raul Castro (73 ans), le frère cadet de Fidel, commandant en chef des FAR (Forces armées Révolutionnaires).

Il n’a certes pas le charisme de son frère, mais de façon très pragmatique il a su concéder à ses généraux un pouvoir étendu aussi bien au bureau politique, que dans les grandes entreprises étatiques. Cette solution qui pourrait s’accompagner d’un début de libéralisation « à la chinoise » (création d’un secteur privé de petites entreprises pour dynamiser l’économie, et maintien d’une dictature du parti unique) est la plus probable.

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