Cuba sans Fidel Castro ?

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Depuis un certain temps toutes les interrogations et les prévisions semblent se concentrer autour d’un seul événement : la disparition de celui qui a personnalisé la révolution cubaine pendant près d’un demi siècle.

La mort de Castro serait la clé de l’évolution, ou de la disparition, d’un système collectiviste et autoritaire qui régente l’île depuis 1959. Avec le cadavre du « comandante », on enterrerait ainsi paisiblement et sans remords, une sorte d’accident dans la chronologie cubaine. En vérité cette perspective ne semble pas très réaliste : il sera sans doute malaisé de rayer d’un trait de plume une expérience aussi radicale, ne serait ce que parce que Cuba a accumulé un retard économique considérable pendant cette période.

Aujourd’hui encore Cuba n’a probablement pas retrouvé son niveau de vie de 1989, lorsque l’Union Soviétique subventionnait généreusement sa tête de pont dans le golfe du Mexique. Les années 1990 ont été une décennie perdue pour l’économie cubaine qui a fait un bond en arrière de dix ans. L’effondrement de la production suite à l’arrêt des subventions en provenance d’Union soviétique a amputé le revenu des Cubains d’au moins 40 %.

L’ex-danseuse de l’Union soviétique n’en finit pas de payer son alignement sur Moscou : son mécène s’est évanoui et a laissé en héritage un appareil de production vieillot et inefficace. Privée des subsides du grand frère soviétique, le délabrement de l’économie cubaine est apparu au grand jour . Les réformes nécessaires n’ont pas eu lieu, et jusqu’au bout le caudillo vieillissant s’est accroché au modèle hyper centralisé et planificateur qui a fait la ruine de son pays.

Dans sa volonté de tout régenter, de tout contrôler, Fidel Castro a tardivement accepté une timide ouverture vers le tourisme et les capitaux étrangers pour sauver son pays de la banqueroute. La « période spéciale » a réduit le quotidien des Cubains à une pénible survie au jour le jour avec comme seule perspective la fuite vers l’étranger.

Pour commencer le troisième millénaire, Cuba s’est trouvé un nouvel et providentiel allié, un autre « comandante » en la personne d’Hugo Chavez. La phraséologie tropicalo communiste laisse place à la rhétorique « bolivarienne » du nouveau bienfaiteur de Castro : le Venezuela, dont la manne pétrolière arrive à point nommé pour sortir Cuba de son ataxie.

Au prix de multiples contorsions idéologiques, le dogme reste intact, du moins en apparence, car les nécessités de la « lutte » au quotidien ont réduit le socialisme à un décor de pacotille.

Le rêve d’une voie cubaine vers le socialisme, plus humaniste et conforme à ses propres idéaux de générosité, s’est définitivement évanoui pour laisser place à un régime policier, militarisé à outrance, où une poignée de bureaucrates et de généraux décide du sort d’un peuple réduit au silence.

Certes, Cuba n’est pas Haïti et Castro peut encore vanter quelques belles réalisations dans le domaine de l’éducation et de la santé. Mais à quel prix ? Le fonctionnement chaotique de l’économie cubaine ne permet plus aujourd’hui de défendre efficacement les acquis de la révolution. Le discours paternaliste qui compare sans cesse le Cuba d’aujourd’hui avec celui de Batista n’a plus de sens pour les Cubains nés après la révolution, soit plus des deux tiers de la population.

Quel que soit le scénario de l’après-castrisme, le peuple cubain anesthésié par un demi siècle de paternalisme autocratique, devra passer par une phase d’adaptation délicate. Quant Crise économique , concentration extrême du pouvoir, absence d’alternative politique crédible, fuite des élites à l’étranger : tous les ingrédients sont réunis pour une crise majeure. Une catastrophe qui peut encore être évitée, ne serait-ce qu’en autorisant au sein des institutions existantes un minimum de débat démocratique.

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