Paradoxalement, cette distinction de la ville de Strasbourg tombe en même temps que la levée des sanctions diplomatiques de l’UE contre Cuba.
Raul Rivero avait été placé sous la protection de la ville de Strasbourg jusqu’à sa libération conditionnelle le 30 novembre dernier. La ville de Strasbourg a décidé de parrainer désormais Ricardo Gonzalez Alfonso, un autre journaliste dissident emprisonné à Cuba, a indiqué lundi soir le président de la communauté urbaine, Robert Grossmann, à l’occasion de la remise du prix. L’universitaire cubain exilé Jacobo Machover, auteur d’un essai intitulé « Cuba, totalitarisme tropical » , a reçu le prix du Club de la presse de Strasbourg au nom de Raul Rivero, dont il est le traducteur en français d’un recueil de poèmes (« mandat de perquisition » aux editions al Dante). Après avoir lu un message écrit spécialement par le dissident cubain, Jacobo Machover a stigmatisé la suspension le même jour des sanctions de l’Union européenne contre le régime castriste, à l’instigation du gouvernement socialiste espagnol, la taxant de « lâcheté ». « Ce n’est pas (le président du gouvernement espagnol) José Luis Rodriguez Zapatero qui a fait libérer Raul Rivero, c’est vous tous en faisant pression sur les autorités cubaines… C’est encore vous, et vous seuls qui pouvez obtenir la libération des autres prisonniers politiques cubains », a martelé M. Machover.
Raúl Rivero est né en 1945. Après des études de journalisme à l’université de La Havane, il se met au service de la révolution de Fidel Castro, et entre à l’agence de presse officielle Prensa Latina. Sa rupture avec le régime castriste date de la fin des années 80 : en 1989, il quitte l’Union des écrivains et artistes cubains, et signe en 1991 » La lettre des 10 « , pétition demandant à Fidel Castro des élections libres et la libération des prisonniers politiques. En 1995, il fonde l’agence indépendante Cuba Press. Il est aujourd’hui le seul cosignataire de » La lettre des 10 » à demeurer à Cuba, en dépit des pressions, des menaces et des arrestations : » dans l’espace qui existe entre partir et revenir, il faut fonder la permanence, parce que rester sera toujours un antidote contre le désenchantement et un venin contre l’oubli « .
Sa liberté de circuler a été restreinte, il a été séquestré et menacé à plusieurs reprises, sa famille intimidée et ses documents confisqués. Depuis le mois de mai 2000, il faisait partie de la Société de Journalistes » Manuel Marquez Sterling « , qui s’est donné pour mission la promotion de la liberté d’expression et d’information, ainsi que la formation professionnelle de journalistes cubains.