Chef de file de la littérature latino-américaine, il était aussi un critique ardent du régime de Fidel Castro. Le romancier, âgé de 75 ans, a succombé à un staphylocoque contracté lors d’une hospitalisation la semaine dernière à la suite d’une chute, a précisé sa femme Miriam Gomez. “Il est mort loin de son pays, mais libre de tout maître”, a-t-elle dit. “Il transportait Cuba en lui, mais son Cuba n’existe plus”, a-t-elle ajouté.
Outre ses activités journalistiques, il prend part de manière très active à la vie intellectuelle de son pays : il fonde la Cinémathèque de Cuba, qu’il présidera de 1951 à à 1956. En 1959 il est nommé directeur de l’Institut du Cinéma. D’autre part, il dirige le magazine littéraire “Lundi de la Révolution” depuis sa fondation jusqu’à sa fermeture sur ordre de Castro en 1961.
Après avoir collaboré au quotidien Revolucion, il avait été nommé attaché culturel de Cuba à Bruxelles.
Mais à mesure que La Havane se rapprochait du communisme, l’écrivain avait pris ses distances avec le régime castriste avant de rompre en 1965. S’exilant d’abord en Espagne, il s’était ensuite installé en Grande-Bretagne.
Guillermo Cabrera Infante était l’auteur de “Trois tristes tigres”, paru en 1967. Il y recréait dans une langue novatrice l’univers des cabarets et de la vie nocturne à La Havane avant la révolution castriste. Ce roman a été qualifié de version cubaine de l’”Ulysse” de James Joyce et présenté comme un des textes fondateurs du “boom littéraire latino-américain”.
“Trois tristes tigres fut une révolution dans la littérature hispanique, il créait une langue originale et unique qui était caribéenne et cubaine”, notait le journaliste Carlos Franqui, autre intellectuel cubain en exil.
Dans son exil, il avait continué d’écrire sur son île, publiant une série d’essais et de recueils, dont sob oeuvre la plus achevée “La Havane pour un infante défunt” (1979), ou encore “Coupable d’avoir dansé le cha-cha-cha”, “Le miroir qui parle” (nouvelles), “Mea Cuba” (1993) ou plus récemment “Premières lueurs du jour sous les tropiques” (Ed. Mille et une nuit).
En 1997 il remporte le Prix Cervantes , la plus haute récompense littéraire pour un écrivain de langue espagnole. En 2004, Cabrera Infante avait préfacé un recueil de poèmes de Raul Rivero, prenant la défense du journaliste emprisonné par Castro.

