L'épouse du poète cubain Raul Rivero se bat contre son emprisonnement
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jeudi 23 octobre 2003
LA HAVANE (AFP) - "C'est un homme qui va là !". Depuis ce cri lancé il y a sept mois de son balcon par Blanca Reyes lors de l'arrestation de son mari Raul Rivero, l'épouse du poète et écrivain cubain n'a eu de cesse de mobiliser la solidarité internationale en sa faveur.
"Ce n'est pas un politique, son seul délit est d'avoir dit et écrit ce qu'il pense", s'insurge Blanca Reyes dans un entretien. Devant elle, le bureau de son époux est désormais vide: les agents de la sécurité cubaine ont saisis ordinateur, machine à écrire et papiers, pour les utiliser comme pièces à convictions.
Accusé d'atteinte à l"indépendance et l'intégrité" de l'Etat cubain, Raul Rivero fait partie des 75 dissidents emprisonnés en mars dernier lors de la pire vague de répression de ces dernières années à Cuba. Il a été condamné à une peine de 20 ans d'emprisonnement.
Alors que dans les capitales européennes les comités de soutien se multiplient en sa faveur, la figure emblématique des lettres cubaines, purge sa peine, isolée du monde, dans une prison de haute sécurité à Canaleta, dans la province de Ciego de Avila à quelque 500 km du quartier de Centro Habana où il vivait avec sa mère et son épouse.
Dans le modeste appartement rempli de livres et décoré de vieilles photos en noir et blanc, Blanca Reyes évoque "la prison immonde" et la "nourriture atroce" devenues le lot quotidien de son époux, qui, dit-elle, a maigri de près de 30 kilos.
"Il est très heureux" des preuves de solidarité internationale qu'elle parvient à lui communiquer, dit-elle "et ne se plaint jamais, ne raconte jamais comment il parvient à traverser tout cela".
Infatigable, Blanca Reyes plaide auprès des organisations internationales et écrit aux dignitaires étrangers qui visitent l'île, comme le président du Brésil Lula da Silva -qu'elle n'a pu rencontrer-, en faveur de la libération de son mari.
Son emprisonnement "est un crime sans nom", dit-elle, ajoutant: "Je ne me tairai pas tant qu'il me restera un souffle de vie".
"Nous avons passé ces 7 derniers mois comme s'il s'était agi de 10 ans", continue-t-elle, mais "Raul était déjà comme un prisonnier car cela fait 15 ans que le gouvernement cubain ne l'a pas autorisé à sortir de l'île".
Sa dernière visite à la prison remonte à août dernier, mais Blanca Reyes peut lui parler au téléphone régulièrement. Et, tous les jeudi, Hortencia Castaneda, 84 ans, la mère de l'écrivain se poste près du téléphone et s'effondre s'il n'appelle pas.
La vieille dame ne peut évoquer son fils sans fondre en larmes. Dans sa chambre elle a dressé pour lui un petit autel avec des photos, des bougies, et des fleurs et s'interroge sans cesse sur ses conditions de détention.
Ancien correspondant à Moscou de l'agence Prensa Latina, lauréat de plusieurs prix de poésie à Cuba avant de rompre avec le régime, Raul Rivero, 58 ans, a fondé en 1995 l'agence de presse indépendante (et illégale) Cubapress.
Si certains de ses poèmes figurent encore dans les anthologies de poésie cubaine, ses livres sont désormais quasi introuvables dans l'île.
En 1997, il a gagné le Prix Reporters Sans Frontière-Fondation de France et en 1999, le prix Maria Moor Cabot de la Columbia University de New York.
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