Pedro Almodovar, Catherine Deneuve, Sophie Marceau, Jorge Semprun, Ariane Ascaride, Edgar Morin, Michel Broué, Benjamin Stora, Christine Ockrent et d'autres personnalités ont participé lundi 29 septembre à Paris à une "soirée de solidarité avec le peuple cubain", dénonçant la répression du régime de Fidel Castro. La réunion a été organisée au Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées par Reporters sans frontières (RSF) et l'association Sin Visa, animée par Ileana de la Guardia, fille d'Antonio de la Guardia, un des militaires cubains fusillés aux côtés du général Arnaldo Ochoa, après un retentissant procès en 1989.
Catherine Deneuve a ouvert l'événement en lisant le texte prononcé le 8 janvier 1959 à La Havane par Fidel Castro, juste après le triomphe de la Révolution cubaine : "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour résoudre les problèmes sans verser une goutte de sang", promettait alors le Lider maximo.
Un hommage particulier a été rendu au poète et journaliste Raul Rivero, condamné en avril à vingt ans de prison lors d'un procès pour "atteinte à la souveraineté de l'Etat" cubain. Sa fille, Cristina Rivero, est montée sur scène. "Comment un poète, un homme seul, pourrait-il, tel un Hercule des temps modernes, diviser le pays", a-t-elle demandé. L'actrice Sophie Marceau a ensuite lu un poème de Raul Rivero. Edwy Plenel, directeur de la rédaction du Monde, a défendu son confrère cubain.
Le réalisateur espagnol Pedro Almodovar a souhaité que Castro rende à Cuba sa liberté et "efface" la dictature qu'il y a instaurée. Animant les interventions, l'écrivain et ancien ministre espagnol de la culture Jorge Semprun a évoqué "les occultations de la vérité qui ont été si longtemps l'apanage d'une partie de la gauche européenne".
Le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, représenté par son adjoint Christophe Girard, a transmis un message de solidarité et formé le vu d'une "liberté reconquise" dans l'île. Dans la salle, dont les 780 places étaient toutes occupées, on croisait toutefois peu de politiques. A droite, Pierre Lellouche, député UMP de Paris, avait fait le déplacement, ainsi que quelques responsables du PS ou des Verts. Dans le hall, un militant de la CNT (anarcho-syndicaliste) distribuait des tracts : "Le castrisme, comme l'était hier le franquisme, est une dictature étouffante", soulignait le texte.
L'ABSENCE DU PCF
"La gauche pourrait faire plus sur Cuba", relevait le député Vert de Gironde, Noël Mamère, indiquant pour sa part "n'avoir jamais été fasciné par le mythe Castro". Et de poursuivre : "Ce n'est pas le seul sujet sur lequel on constate une certaine timidité. Je n'ai pas entendu grand monde quand Chirac a serré la main de Poutine à New York, je n'entends pas non plus grand monde sur le Congo." Egalement présent, Jack Lang, député PS du Pas-de-Calais, expliquait "soutenir le combat pour les droits de l'homme partout, quelles que soient les latitudes", en ajoutant : "Il y a Cuba, mais aussi la Tchétchénie, la peine de mort en Chine, les exécutions capitales au Texas." L'ancien ministre socialiste estimait qu'il fallait "garder aussi sa lucidité". "On ne peut pas oublier que Cuba a accompli des avancées en matière d'éducation et de santé, fait peu commun dans les pays du tiers-monde", ajoutait-il, en précisant : "Les droits de l'homme sont aussi les droits à la santé, à l'éducation." "Cuba aujourd'hui, c'est une dictature, un point c'est tout", soulignait pour sa part Laurent Fabius.
Aucun membre du PCF n'était visible. "A notre connaissance, nous n'en avons pas vu non plus", indiquait mardi matin RSF. L'engagement des anciens communistes italiens ou de leurs camarades espagnols contraste avec la frilosité du PCF sur ce sujet. L'Humanité a publié lundi 29 septembre une tribune libre, "Idées reçues et vérité cachée sur Cuba", signée par Rémy Herrera, chercheur au CNRS. L'auteur y défend le parti unique comme une "nécessité historique" et traite les dissidents cubains d'"agents stipendiés par l'étranger pour déstabiliser le pays". Rémy Herrera prend également la défense du régime cubain dans la dernière livraison de Recherches internationales, la revue de l'Espace Marx, consacrée à l'Amérique latine.
Caroline Monnot et Paulo A. Paranagua