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ricardo gonzalez Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.
1936 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane
L'Express du 04/10/2004
Interview

Cuba: «Oublier Castro»

Propos recueillis par Michel Faure

Dans Cuba. Totalitarisme tropical (1), l'exilé Jacobo Machover montre à quel point, derrière le pseudo-romantisme de la révolution, se cache une réalité brutale

Pourquoi la révolution cubaine dure-t-elle depuis si longtemps?
Est-ce la révolution qui dure? Celle-ci suppose le mouvement. Or, à Cuba, ce qui frappe, c'est l'immobilité. Ce n'est pas une révolution; c'est une congélation. Tout a été défini dès 1959.

Comment?
Par la répression et les exécutions, dès le premier jour. Elles sont destinées à faire peur à ceux qui auraient eu l'intention de relever la tête. En 1961, un slogan - «A l'intérieur de la révolution, tout; contre la révolution, rien du tout!» - détermine le cadre de l'action des intellectuels. A partir de là, plus rien ne bouge.

Face à la violence, comment expliquer l'aura romantique dont jouit la révolution castriste?
Parce que la violence fait partie de cette vision romantique. Les observateurs étrangers savaient parfaitement que cette violence existait. Ils l'excusaient; ils en faisaient le complément de la «fête cubaine». Le peuple lui-même applaudissait les exécutions. C'était comme une allégresse, un désir de vengeance.

Castro était-il déjà marxiste, avant la révolution?
Je pense que non. Dans sa plaidoirie connue comme «L'Histoire m'acquittera», quand il est jugé pour l'attaque de la caserne de la Moncada, en 1953, il ne développe aucun concept marxiste, il n'a aucune idée des classes sociales; il inclut tout le monde, même la bourgeoisie, parmi ses partisans. Il finit par s'allier avec l'Union soviétique, mais il aurait pu s'allier avec le diable. D'ailleurs, les Soviétiques le jugeaient totalement irresponsable. La seule idéologie qui anime Castro, c'est son appétit de pouvoir.

A propos de Castro, vous parlez d'un «dieu barbu»...
Lui et ses commandants, on dirait Jésus et ses douze apôtres. Et cette mise en scène de la colombe qui se pose sur son épaule lors de son premier discours à La Havane... Castro sait jouer de la religiosité du peuple.

Il a quand même réussi un miracle, celui de survivre à la chute de l'empire soviétique. Comment, d'après vous?
Cela tient à deux facteurs. Le premier, on en a parlé, c'est la terreur. Avec elle, la seule solution, c'est la fuite. La répression semble éternelle. L'autre facteur, c'est la sympathie que Castro a su s'attirer dans le monde.

Mais l'Europe est devenue plus critique à l'égard de Cuba, récemment...
Il était temps! Quarante-quatre ans après.

Vous aussi, vous avez été sympathisant de la révolution?
Oui. Je viens d'une famille juive polonaise marxiste jusqu'à la moelle. Mon père avait travaillé avec le Che, et je l'aimais beaucoup. J'ai quitté Cuba avec mes parents en 1963, et j'y suis revenu une première fois en 1978, alors que le régime encourageait les jeunes de l'exil à venir visiter l'île. On m'avait prévenu qu'il ne fallait pas que je fréquente de «mauvais éléments». Quand des gens que j'avais connus enfant se doutaient que la police me suivait, je lisais la peur sur leurs visages. Cette peur qui vous défigure, c'est un sentiment inhumain.

Comment voyez-vous l'avenir après Castro?
Le régime veut une transition antidémocratique, dynastique, avec le frère de Fidel, Raul. Celui-ci sait très bien qu'il n'a pas la personnalité de Fidel, ni son charisme, ni son ambition. Il n'est pas tout jeune, il est malade, alcoolique, violent, et il appelle son frère «notre papa». Est-ce que le système tiendra avec lui? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est qu'il n'y a pas d'alternative démocratique en ce moment.

Celle-ci ne peut-elle pas être incarnée par Oswaldo Paya, le père du projet Varela?
Non. La dissidence est éparpillée. Le régime s'est chargé de l'écraser en mars 2003.

Qu'espérez-vous, alors?
Pouvoir un jour oublier Castro, ne plus l'avoir sur le dos, dans nos rêves et nos cauchemars. Il a déterminé notre vie à tous, et pourtant nous ne l'avons pas choisi.


(1) Cuba. Totalitarisme tropical, par Jacobo Machover. Buchet-Chastel, 164 p., 14 €

05 juillet 2008
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