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| A partir de 1960 le Che est nommé gouverneur de la banque centrale de Cuba: suprême revanche sur le capitalisme, les billets de banque cubains portent désormais la signature du plus célèbre des révolutionnaires latino américain. Devenu ministre de l'industrie en 1961, le Che continue inlassablement à vouloir donner l'exemple. Contrairement à la plupart des autres ministres, il insiste pour se rendre au travail volontaire le dimanche matin. On l'aperçoit au volant d'un tracteur, en train de décharger un camion ou avec les coupeurs de canne à sucre. Inflexible sur les principes, il prend position contre les stimulants matériels et pour l'éducation afin de construire un "homme nouveau" basé sur le goût de l'effort communautaire. "Si le communisme ne devait pas aboutir à la création d'un homme nouveau il n'aurait aucun sens" déclare t'il. Son idéalisme et son obsession du refus des privilèges agace bon nombre de dirigeants du parti communiste qui penchent plutôt pour copier le modèle soviétique. |
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Avec le pouvoir, le Che découvre aussi les désillusions : la révolution n'avance pas aussi vite qu'il le souhaiterait. Les lourdeurs administratives et les rivalités au sein du parti l'exaspèrent. Bientôt le Che s'ennuie à la Havane et déjà il réfléchit à un nouveau départ pour d'autres pays, pour y préparer une autre révolution. "les honneurs, ça m'emmerde... je crois à la lutte armée comme unique solution pour les peuples qui veulent se libérer." écrit-il dans son journal.
En 1965, le Che se rend à Alger en voyage diplomatique et prononce un discours où il critique ouvertement l'union Soviétique. "les soviétiques marchandent leur soutien aux révolutions populaires au profit d'une politique étrangère égoïste". déclare t'il devant une assistance médusée.
On le sait maintenant, le Che avait raison. Mais son franc parler gène beaucoup Castro qui a besoin de l'aide des soviétiques. A son retour il est convoqué par Fidel : une explication a lieu entre les deux combattants de la Sierra Maestra. A l'issue de cet entretien un compromis est trouvé : le Che démissionne de toutes ses responsabilités et renonce à la citoyenneté cubaine pour ne pas gêner la politique de Castro. En échange Castro s'engage à lui apporter une aide clandestine dans sa lutte pour créer d'autres foyers révolutionnaires. Le 3 octobre 1965, Fidel Castro lit publiquement la lettre dadieu de Che Guevara.
Après avoir fait ses adieux à Cuba, le Che disparaît : personne ne sait où il se cache. On l'aperçoit en Afrique où il tente d'aider la rébellion anti colonialiste au Congo.
Mais c'est en Bolivie que la piste du Che réapparaît en 1967. Accompagné d'une poignée de fidèles, c'est là qu'il a choisi de rééditer l'expérience cubaine. Mais le parti communiste bolivien se range aux arguments de Moscou : il ne veut pas entendre parler de lutte armée dans ce secteur. Quand à l'aide clandestine promise par Castro, elle n'arrivera jamais. Victimes de trahisons et de défections, les hommes de Guevara ne pourront pas résister longtemps aux troupes d'élite dépêchées sur place par les Américains.
En octobre 1967 les guérilleros sont encerclés et le Che est blessé puis fait prisonnier. L'ambassadeur des États Unis à la Paz exige des boliviens que le Che soit exécuté.
Froidement abattu dès le lendemain de sa capture, le Che quitte la scène en martyr, en héros de la révolution. Fidel a t'il abandonné volontairement le Che dans la forêt bolivienne pour se débarrasser d'un allié devenu encombrant? C'est ce que pensent bon nombre de Cubains dont certains révolutionnaires de la première heure qui ont suivi le Che dans toutes ses aventures.
Aujourd'hui le plus célèbre des guérilleros de la Sierra Maestra est devenu un produit touristique du régime cubain au même titre que le rhum et les cigares. Le Che est partout : sur les badges, les tee shirts, les porte clés, les montres, les posters, les cartes postales vendues dans les boutiques d'État.
Triste fin pour un héros de la révolution : voir sa propre effigie délaissée au profit du dollar, le plus méprisable des symboles de l'impérialisme américain. Les gamins de La Havane ont flairé la bonne affaire : ils essaient de vendre aux touristes les pièces de trois pesos à l'effigie du Che, pour trois dollars. Bénéfice escompté : près de 60 pesos (un demi SMIC cubain) puisqu'aux dernières nouvelles, le dollar s'échangeait à 20 pesos. Même les boutiques d'État dans les hôtels pour touristes se livrent à ce trafic peu glorieux : vendre billets et pièces à l'effigie du Che pour leur valeur en dollar.
Le Che est partout, mais il n'est nulle part dans ce qui reste du socialisme cubain dont il avait lui même posé les bases. Pourtant jamais un cadavre n'aura été aussi bavard : chaque édition du quotidien Granma (organe officiel du parti communiste) de l'année 1997 est flanquée d'un pompeux "1997 : année du 30 ème anniversaire de la chute au combat du guérillero héroïque et de ses camarades". Pas un jour sans que la propagande officielle ne célèbre un des faits d'armes du "comandante" ou ne rappelle une de ses citations pour tenter de démontrer laborieusement la fidélité du régime castriste aux idéaux du Che.
Granma a beau insister lourdement sur le goût du "comandante" pour le travail volontaire et ressasser ses efforts pour augmenter la productivité et l'émulation, il ne reste pas grand chose dans le Cuba d'aujourd'hui de "l'homme nouveau" que la révolution devait engendrer selon le Che. Ce qui n'empêche pas le régime castriste de chercher désespérément à recueillir un peu de l'immense popularité qu'a conservé le Che dans sa patrie adoptive.
Mais les cubains ne sont pas dupes, et si le portrait du "comandante" trône encore comme une vénérable icône dans bon nombre d'intérieurs populaires, c'est surtout au nom d'une nostalgie pour une période où la révolution était encore fidèle à ses principes. Beaucoup de Cubains sont encore intimement convaincu que "le Che, n'aurait jamais laissé faire tout ça". Les plus hardis s'aventurent à ajouter "et c'est bien pour ça que Fidel l'a laissé se faire tuer en Bolivie."
Aujourd'hui l'image du Che ne colle plus avec la réalité telle qu'elle apparait à travers plusieurs témoignages : le Che savait à l'occasion se montrer très cruel avec ses compagnons, et d'une inflexibilité qui confinait à la maniaquerie. Au moment de la crise des fusées en 1962, il se déclare pret à affronter le feu nucléaire pour sauver la révolution, faisant preuve d'un jusque boutisme inquiétant.
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