Aujourd'hui encore la fascination qu'exerce Che Guevara reste un mystère. Que son destin exceptionnel force le respect, c'est une chose entendue : mais faut-il pour autant noyer son cadavre sous un flot ininterrompu de louanges et de souvenirs hagiographiques ? Le Che si exigeant envers lui même et envers ses proches aurait sans doute mal supporté cette canonisation à titre posthume. Car malgré son charisme et son courage indéniable, le Che s'est trompé à peu près sur tout : sa conception volontariste de l'économie reposant sur la construction d'un "homme nouveau" a été un échec retentissant, dont l'économie cubaine peine aujourd'hui encore à se sortir. L'idéalisme du Che, qui le rend si sympathique aux yeux de toutes les générations, avait aussi pour conséquence un dogmatisme aux effets désastreux. Le Che ne pouvait tout bonnement pas supporter que l'homme moyen ne soit pas à la hauteur de son personnage messianique et visionnaire. Cette nouvelle édition de la biographie du Che est conforme aux précédentes : elle n'apporte rien de nouveau, et se garde bien d'écorner le mythe Guevara, et de poser quelques questions dérangeantes. Par exemple l'exploitation permanente de l'image et de la pensée du Che par le régime Cubain, qui a tourné le dos à tous les principes que voulait défendre Guevara lorsqu'il s'est battu pour la révolution cubaine à ses débuts.OL
Quatrième de couverture
Ernesto Guevara, dit le Che, est né en 1928. En 1956, il débarque avec Fidel Castro et quatre-vingts révolutionnaires à Cuba pour combattre le dictateur Batista. Sa bravoure, les soins qu'il donne en tant que médecin et sa science du combat lui valent le surnom de guerrillero heroico. Après la victoire des Barbudos, en janvier 1958, il occupe des postes clés à la tête de l'État. Puis, de 1959 à 1965, il parcourt le monde pour plaider la cause de la révolution cubaine. En avril 1965, il retourne à la clandestinité où il initie la révolution au Congo, puis en Bolivie, où il est arrêté et exécuté le 9 octobre 1967.
L'enquête de jean Cormier, au plus près de la vérité du Che, commencée dès 1981 en Amérique latine, est devenue une véritable quête nourrie, sans cesse, de nouveaux témoignages de ceux qui le connurent et de ses proches. Insatiable chercheur, il a voulu cette fois comprendre la genèse du Discours d'Alger, prononcé en février 1965, à la suite duquel l'Argentin venu libérer Cuba contre l'impérialisme américain quittait sa nouvelle patrie pour devenir citoyen du monde. Il a revu une partie de ceux qui ont partagé les chemins de ce livre. Tous sont d'accord. Le si décisif Discours d'Alger s'enracine dans une réflexion née à la suite de la Crise des missiles, déclenchée le 22 octobre 1962, qui nourrit cette quatrième édition augmentée.