L'embargo handicap et alibi
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"Injuste et moralement inacceptable" : c'est ainsi que le Pape Jean Paul II a qualifié l'embargo américain, en vigueur depuis 37 ans, lors de sa visite à Cuba en janvier 98. C'est peu dire que cette condamnation était attendue, tant le régime Cubain a fait de l'embargo américain (qualifié un peu excessivement à Cuba de "bloqueo" ou blocus) le leitmotiv de sa propagande. Il ne se passe guère plus de 24 heures sans que la presse ou qu'un responsable politique n'évoque la responsabilité de l'embargo pour justifier les piètres résultats de l'économie cubaine. Le gouvernement à estimé en 1995 que le coût cumulé de l'embargo depuis son entrée en vigueur en 1961 correspondait à une dépense supplémentaire de 60 milliards de dollars. "Même si ce chiffre est vrai, ce qui est possible, fait observer un économiste dissident, il est compensé par l'aide soviétique qui a représente au moins 40 milliards de dollars, depuis plus de 20 ans."
Impossible à chiffrer précisément, les effets négatifs de l'embargo sont surtout sensibles à travers les problèmes de financement que rencontre Cuba.
«A cause de l'embargo les cubains n'ont pas accès aux crédits à long terme garantis par les grandes institutions de financement international. Ils sont obligés de se financer à court terme à des taux très élevés. C'est ce qui explique, en partie, la faible ampleur des projets industriels à Cuba et le problème récurent de la dette » explique un diplomate en poste à La Havane. Selon le ministre cubain de l'Économie, José Luis Rodriguez les conditions du crédit sont extrêmement pénalisantes avec des taux finaux pouvant atteindre 18 à 20 % sur des échéances inférieures à 24 mois.
Cet handicap pour le gouvernement cubain est incontestable : l'exclusion du F.M.I. et de l'OEA prive Cuba de l'accès aux crédits de la Banque Mondiale et l'empêche d'aborder sereinement le problème du financement de sa dette extérieure, (dont le remboursement est suspendu depuis 1985) colossale pour un pays de 11 millions d'habitants. 11,5 milliards de dollars, avec les pays occidentaux, dont 3 milliards de francs avec la France auxquels s'ajoutent 26 milliards de "roubles convertibles" avec les pays d'ex Union Soviétique. Le gouvernement cubain refuse cependant de reconnaître la dette avec les ex- pays communiste qu'il considère comme une conséquence regrettable de l'interruption brutale des flux commerciaux à partir de 1990 et tente de négocier un arrangement global pour 1 milliard de dollars avec la Russie. Dans tous les cas la dette cubaine est une hypothèque importante pour les années à venir avec un montant qui représente au minimum entre quatre et cinq années des recettes d'exportations.
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L'embargo américain existe til encore ?
"Lever les sanctions économiques contre Cuba ne servirait qu'à donner plus d'argent au gouvernement cubain pour opprimer le peuple cubain". Voilà pour la position de principe, telle que formulée par Georges W. Bush, quelques mois après son élection. La réalité est cependant de plus en plus éloignée de ce discours destiné avant tout à satisfaire les précieux électeurs de l'Etat de Floride, ou les immigrés cubano-américains représentent une part importante de la clientèle républicaine.
Les montants sont certes modestes en valeur absolue, mais ils ont une valeur symbolique : en 2002 les exportations des Etats Unis vers Cuba atteindraient les 200 millions de dollars, se positionnant à la cinquième place, désormais devant la France. Un bond spectaculaire (en 2001 le commerce avec les Etats Unis avait atteint 30 millions de dollars à la suite d'envois exceptionnels pour compenser les dégâts occasionnés par l'ouragan Michelle) dû à la mise en place de nombreuses dérogations à l'embargo concernant notamment l'achat de médicaments et les produits agro alimentaires (à condition qu'ils soient payés comptant).
Il semble que le lobby intense des fermiers du Middle West, très mécontents d'être privé de ce marché de proximité, commence à porter ses fruits.
Pourtant l'Etat cubain estime que l'embargo américain représente un coût de 800 millions de dollars par an. Une estimation qui repose en fait sur le manque à gagner que provoquent les sanctions américaines en dissuadant le tourisme en provenance des Etats-unis. Car depuis 1962, seuls les Américains ayant encore de la famille à Cuba, les journalistes, les universitaires, les sportifs et les professionnels de la santé munis d'un visa spécial, ont le droit de se rendre à Cuba.
| A propos de l'embargo, on peut lire ce texte du journaliste Manuel Vasquez Portal, condamné à 20 ans de prison en avril 2003, avec 75 autres dissidents, opposants pacifiques et journalistes cubains. |
Cest la faute au blocus
Manuel Vasquez Portal, Groupe Decoro
LA HAVANE, août Pepito a été opéré des amygdales. Pour rester un jour à lhôpital il a du apporter les draps, le ventilateur et le jus de fruit post opératoire. Cest la faute au blocus.
Serapia a été aux carnavals, elle a vu les chars, elle a bu de la bière, a mangé des tamales, elle a dansé la salsa. Au petit matin elle na pas trouvé de bus pour rentrer chez elle. Son père la attrapée pour être rentrée le lendemain. Cest la faute au blocus.
Eutaquio a divorcé. Sa pauvre femme depuis deux semaines ne cuisinait que des pois chiches. Eutaquio en a eu assez de si peu dimagination et est parti. Cest la faute au blocus.
Les deux filles de Petronio sont devenues jineteras (prostituées). Lhomme anxieux voudrait se cacher dautant de honte mais il na même pas un seau où mettre la tête. Cest la faute au blocus.
Jacintica ne sort pas de chez elle depuis quinze jours. Elle manque beaucoup à ses amis. Son papa lui explique quil économise pour lui acheter des chaussures au shopping. Elle sennuie beaucoup, mais ne va pas sortir pieds nus pour jouer. Cest la faute au blocus.
Perucho Mondeja a eu un infarctus pendant quil montait lescalier de son appartement avec deux seaux deau parce quil y avait deux jour que le précieux liquide narrivait pas dans le quartier. Cest la faute au blocus.
Le poisson en conserve qui devait avoir été vendu à lépicerie il y a quinze jours est arrive pendant cette quinzaine et les gens sont excites et contents. Lépicier a suspendu la vente parce que son crayon bille na plus dencre et il navait rien pour écrire sur le carnet ce qui était vendu. Cest la faute au blocus.
Le fils dErmenegilda a été surpris par la police alors quil volait du linge sur un fil voisin et on la condamné à trois ans de privation de liberté. Ermenegilda na pas de sucre pour lui apporter à la prochaine visite. Cest la faute au blocus.
Candita, la postière a eu sa bicyclette volée et maintenant la pauvre distribue le courrier à pied. Cest la faute au blocus.
La télévision transmet tous les jours les mêmes petites histoires et les enfants baillent dennui. Cest la faute au blocus.
En août il fait une chaleur épouvantable. Cest la faute au blocus. Cest la faute au blocus. Cest la faute au blocus. Cest la faute au blocus. Cest la faute au blocus. Cest la faute au blocus.
Que je ne pense pas à autre chose. Que rien dautre ne me vienne à lesprit !
CEST LA FAUTE AU BLOCUS.
Traduction: Genevieve Tejera
Cette information a été transmise par téléphone, puisque le gouvernement de Cuba ne permet pas l'accès privé à Internet aux citoyens cubains.
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