Mois : octobre 2004

  • A vrai dire ce n’est pas une nouveauté. Les premières traces d’exploitation de ce nickel remontent aux toutes premières années du XXe siècle. La première usine fut construite en 1944 par les Américains.

    Il y a quinze ans, la production de nickel s’était effondrée au moment du départ des Soviétiques. Pendant près de trente ans ceux-ci avaient porté l’économie cubaine à bout de bras. Une fois les grands frères partis, il a presque fallu repartir de zéro. Aujourd’hui, Cuba a une capacité de production de 78 000 tonnes de nickel. «D’ici deux ans, affirme un spécialiste, l’île devrait atteindre les 100 000 tonnes».

    Avec le tourisme, le nickel est devenu la première source de devises étrangères pour Cuba. L’an dernier, les exportations de ce métal ont rapporté environ 800 millions de dollars. Le pays a profité à plein de l’envolée des cours mondiaux et ce n’est pas fini.

    C’est trois fois plus que ce qu’a rapporté le sucre. Car le temps est révolu où Cuba comptait avant tout sur sa production de sucre et où Castro mobilisait la population toute entière pour aller dans les champs, machette à la main. Une seule difficulté pour les exportations de nickel: l’embargo américain interdit l’utilisation de nickel cubain jusqu’au troisième stade de transformation. C’est à dire qu’une petite cuillère fabriquée en Europe avec de l’acier inoxydable contenant quelques grammes de nickel cubain ne pourra être importée aux Etats-Unis.

    Cela explique une certaine discrétion du côté des exportateurs cubains quant à leurs clients, une discrétion qui va parfois même jusqu’à l’absence de documents de vente écrits.

  • Le dollar a vécu lundi son dernier jour à Cuba comme moyen de transaction, onze ans après sa réapparition dans l’île communiste, la monnaie américaine laissant la place au peso convertible au terme d’une opération qualifiée par les autorités de « nouvelle victoire contre l’impérialisme ».

    Magasins, hôtels, restaurants, loueurs de voitures et autres établissements commerciaux qui « travaillaient » avec le dollar n’acceptent plus que le « peso convertible », sous forme de billets colorés surnommés « chavitos », ou « billets de monopoly » par la population.
    En dépit d’inquiétudes sur l’avenir de cette monnaie, les Cubains ont réagi dans l’ensemble avec calme et discipline. « Les gens ont été bien informés et, jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de problèmes.

    Le président Fidel Castro en personne avait annoncé cette mesure le 25 octobre, donnant quinze jours à une population prise par surprise pour changer ses dollars contre des pesos convertibles, au taux de un pour un, avant l’application d’une taxe de 10% qui doit commencer le 15 novembre.
    Selon le président cubain, l’opération est destinée à « répliquer » aux mesures de durcissement de l’embargo américain contre Cuba, qui faisaient peser des menaces sur les transactions commerciales de l’île et sur ses dépôts en dollars à l’étranger.

    Dans un branle-bas de combat bancaire général, 1.663 points de vente ont été ouverts deux jours après dans toute l’île, dont 403 dans la capitale où, par milliers, les habitants ont ouvert des comptes d’épargne en dollars. Seules sont visées en effet les transactions en espèces. Les opérations de change, la détention de dollars et de comptes en billets verts demeurent autorisées, de même que les virements sur ces comptes, y compris par chèque.

    En 1993, à contre-coeur, le président cubain avait légalisé la monnaie américaine devant l’effondrement économique du pays à la suite de la disparition du bloc communiste européen. Depuis, l’économie cubaine reposait sur trois monnaies : le dollar, de loin la plus appréciée, mais accessible seulement à une partie de la population, le peso cubain ordinaire, le plus répandu, et le peso convertible, généralement dédaigné.

    Selon banquiers et experts occidentaux, l’opération doit permettre aux autorités de récupérer des dizaines, voire des centaines de millions de dollars en circulation. Cuba, exclu des organismes monétaires internationaux, est chroniquement à court de devises et emprunte au marché à court terme, sans pouvoir honorer sa dette qui s’élève à quelque 11 milliards de dollars. Jeudi, la BCC a repoussé d’une semaine, jusqu’au 15 novembre, l’échéance pour les opérations de change ou d’ouverture de comptes d’épargne en dollars. La presse officielle a qualifié l’opération de « nouvelle victoire contre l’impérialisme », affirmant que Cuba récupérait ainsi sa « souveraineté monétaire ».
    Les touristes, principaux pourvoyeurs de devises de Cuba, de même que les résidents étrangers, devront eux aussi utiliser désormais le peso convertible.