Mois : novembre 2004

  • Premier pays d’Amérique latine à avoir reconnu la Chine de Mao Tsé-toung en 1960, Cuba s’en est presque aussitôt détournée pour Moscou à l’heure du « grand schisme » avec Pékin. Mais c’était pour se retrouver ruinée et orpheline trente ans après, une fois l’URSS disparue en 1991.

    Depuis, Cuba est passée de la Lada soviétique à la bicyclette chinoise, et la quasi totalité des principaux dirigeants chinois ont visité l’île communiste.

    Mais les retrouvailles restent laborieuses et semblent reposer sur un malentendu permanent : alors que depuis vingt cinq ans, les communistes chinois ont fait de la « réforme » la clé de leur succès économique et l’emblème de leur politique, ce terme reste soigneusement banni à Cuba.

    Les slogans chinois répètent que « s’enrichir est glorieux ». Fidel Castro, lui, n’est jamais revenu sur son crédo de 1968, quand il déclarait « nécessaire de démythifier l’argent et non de le réhabiliter ».

    Egalitariste convaincu, il s’est toujours méfié de la renaissance d’un secteur privé, si mince soit-il, dénonçant jusqu’aux marchands de hot-dogs ou de glace privés.

    Chute des investissements étrangers, dénonciation du « consumérisme », effondrement de la production sucrière, pénuries d’électricité, remise à l’honneur de la « traction animale », interdiction des marchés libres pour les paysans : les recettes cubaine sont aux antipodes de celles appliquées en Chine, lancée dans un gigantesque « compromis historique » avec le capitalisme.

    Dans sa plus longue intervention publique connue sur la révolution chinoise, à l’occasion de son 50ème annniversaire en 1999, le dirigeant cubain, tout en saluant le rôle de Pékin, n’a pas fait une seule allusion aux réformes engagées après la mort de Mao par Deng Xiaoping.

    Il avait par contre souligné que « l’impérialisme a crée de nouvelles émissions (de radio) pour transmettre à 1,25 milliard de Chinois les idées occidentales, les habitudes de consommation occidentales, les folies occidentales, et principalement les folies américaines ».

    Fidel Castro revendique en outre avec les Etats-Unis une confrontation permanente, héritée de la guerre froide, très éloignée des préocupations chinoises.

    Il faudra attendre 1995 pour que le dirigeant cubain se rende à Pékin. Dans les milieux diplomatiques à La Havane, on affirme qu’il en est revenu « horrifié » par le foisonnement capitaliste et le consumérisme du géant chinois.

    Pourtant, les deux pays ont en commun les institutions-clé des régimes communistes : parti unique, monopole d’Etat sur la presse et la justice, et strict contrôle social.

    De retour en février 2003, il déclarera à Shanghai : « Nous voulons nous inspirer de l’expérience chinoise ». Mais, évoquant les « quelques difficultés » de l’économie cubaine, il suggerera des « ajustements structurels », se gardant de prononcer le mot de « réformes ».

    Héritier de la politique d’ouverture de Deng Xiaoping, Hu Jintao, qui effectue sa première visite à Cuba en qualité de chef d’Etat, a déjà rencontré au moins deux fois Fidel Castro dans les années 1990 à La Havane.

    Lundi et mardi, il prendra la mesure de la timide ouverture cubaine initiée en 1996, mais déjà sérieusement compromise par une recentralisation tous azimuths.

    A 61 ans, Hu Jintao symbolise la transition réussie vers une nouvelle génération de dirigeants communistes, après le retrait « en douceur » de la vieille garde chinoise.

    Mais Fidel Castro, 78 ans, dont 45 au pouvoir, a prévenu : « Les révolutionnaires ne se retirent pas ».

  • Conscient de l’importance mondiale de son état de santé, Castro a vite réagi mercredi soir après une chute dans l’escalier descendant du podium où il venait de prononcer un discours, à Santa Clara (est de Cuba). Il a demandé un micro malgré la douleur trahie par la sueur perlant sur son front pour affirmer devant les télévisions et radios qu’il était « entier ».

    Avec l’instinct de conservation qui le caractérise, il a précisé à l’assistance qu’il restait aux commandes: « comme vous pouvez le voir, je peux parler et, même s’ils me plâtrent, je peux continuer mon travail ».

    Sur le ton de la plaisanterie, il a ajouté: « maintenant, je serais très curieux de voir les photos (montrant) comment je suis tombé. La presse internationale les a prises et certainement que demain, elles seront en première page des journaux ».

    Le « lider maximo » a la réputation de dormir très peu et de travailler jusqu’au petit matin, soutenant souvent de longues conversations avec ses conseillers. Son ami personnel, l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, a dit de lui que quand « il est fatigué de parler, il se repose en parlant ».

    Sa curiosité est insatiable et nourrie par la lecture d’ouvrages très éclectiques puisque sa bibliothèque renferme aussi bien des romans d’Hemingway que des traités sur la culture hydroponique — culture des plantes terrestres réalisée avec des solutions nutritives sans le support d’un sol.

    Il pratique de manière assidue la gymnastique et la natation même si ses préférences vont au basket, à la pêche sous-marine et au baseball, le sport national. Il a cessé de fumer depuis près de vingt ans alors qu’il consommait jusqu’à une demi-boîte de « Havane » par jour. Il est également parvenu à contrôler son goût pour les bons petits plats et une tendance à l’obésité.

    Grâce à un dynamisme savamment entretenu, ses partisans sont habitués à le percevoir comme une sorte de phénix renaissant toujours de ses cendres.

    Le 23 juin 2001, après une perte de connaissance de 10 minutes en raison de la chaleur lors d’un événement public, il était réapparu devant les caméras de télévision quelques heures plus tard et avait ironisé: « certains diront que j’ai fait le mort pour voir comment on m’enterrait ».

    En décembre 2002, il avait dû garder le repos pendant 10 jours pour une inflammation à la suite d’une piqûre d’insecte à la même jambe que celle blessée mercredi soir. « On m’a recommandé du sérum physiologique et de placer la jambe de manière horizontale. De ne pas être debout et quelques pastilles pour aider », avait indiqué Castro pour justifier sa première absence en 25 ans à la session plénière du parlement.

    Une équipe très restreinte de médecins veille sur l’état général de Castro, objet de fréquentes spéculations y compris au niveau international. Ils se déplacent toujours avec lui sous la houlette du docteur Eugenio Selman-Housein Abdo.

    M. Selman qui a créé le « Club des 120 ans », un groupe de gens ayant adopté un style de vie particulièrement sain pour parvenir à cet âge, a assuré en mai dernier que Castro vivrait 140 ans.

    « Lui (Castro) se dirige vers les 140 (ans) et je n’exagère pas parce que maintenant avec les progrès de la science et l’apparition des cellules souches, l’homme sera immortel », a déclaré le médecin. Il avait alors indiqué que Castro « allait formidablement bien », ajoutant qu’il « courait et nageait » comme toujours.

  • Sous le titre « La bataille contre la drogue avance », le quotidien officiel Granma et l’hebdomadaire Trabajadores, citant les chiffres du ministère de l’Intérieur, ont annoncé qu’environ 400 personnes avaient été jugées à Cuba pour trafic de drogue entre janvier 2003 et le 31 juillet 2004, dans le cadre d’une grande opération contre l’apparition « d’un marché intérieur en phase initiale » et l’accroissement du trafic international autour de l’île.

    La publication de ces chiffres intervient à la veille de l’assemblée générale annuelle d’Interpol, qui débute mardi à Cancun, dans le sud-est du Mexique, et sera consacrée à la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et des êtres humains, ainsi qu’à la sûreté publique et la criminalité financière.

    Sur la période considérée, les forces de police ont saisi 7,8 tonnes de drogue, surtout de la marijuana et dans une moindre mesure de la cocaïne, en général dans des chargements « lancés » en mer à partir d’avions et destinés à être récupérés ensuite par des vedettes rapides venues de la région, ou abandonnés sur les côtes cubaines par des trafiquants repérés.

    « Par la voie maritime, quatre opérations de trafic de drogue international ont été déjouées, au cours desquelles 13 personnes ont été détenues », selon l’article, qui précise que les informations communiquées par les pays voisins, dont les Etats-Unis, ont permis la saisie de cinq bateaux, d’un avion et l’arrestation de 20 narcotrafiquants.

    Dans les ports et les aéroports cubains, 14 opérations de trafic de stupéfiants ont été déjouées avec l’arrestation de 24 personnes et la saisie de 30 kgs de drogue.

    L’arrestation la plus spectaculaire a été celle, le 2 juillet dernier à La Havane, du Colombien Luis Hernando Gomez Bustamante, alias « Rasguno », chef du cartel « Norte del Valle », responsable de 30 à 50% du trafic de cocaïne sur les Etats-Unis.

    Tête de liste des trafiquants dont l’extradition est demandée aux Etats-Unis, « Rasguno », entré à Cuba avec un faux passport mexicain, est également demandé par les autorités de son pays.

    316 étrangers ont été trouvés en possession de petites quantités de drogues pour leur usage personnel, selon les mêmes sources, laissant entendre qu’ils n’avaient pas été détenus.

    « 65,2% des condamnés ont écopé de peines de prison égales ou supérieures à six ans de prison », selon Granma et Trabajadores.

    L’opération, baptisée « Cuirasse populaire » à l’intérieur et « Aché III » pour les interventions douanières et dans les eaux autour de l’île, « a permis d’éloigner les actions des trafiquants de drogue de nos eaux territoriales », estiment les deux publications.

    A preuve, « les six premier mois de cette annnée ont vu une tendance à la baisse des quantités de drogue saisies (1.314,1 kg), soit un peu moins de la moitié » que durant la même période en 2003.

    Le trafic de drogue est un thème particulièrement sensible à Cuba, traumatisé il y a 15 ans par « l’affaire Ochoa », du nom du général Arnaldo Ochoa, héros de la guerre d’Angola, fusillé en juillet 1989 avec trois autres compagnons sous l’accusation de trafic de drogue, au terme d’un procès qualifié par la presse internationale de « dernier procès stalinien » du siècle.

  • « On lui a donné 20 ans de prison, c’est comme si on l’avait condamné à perpétuité, Raul a 57 ans et beaucoup de problèmes de santé » a déclaré son épouse Blanca Reyes, à la sortie du tribunal provincial de La Havane où le verdict a été prononcé. Raul Rivero et sept autres dissidents sont parmi les premiers de quelque 80 opposants arrêtés à se voir notifier leur sentence. Ils peuvent faire appel durant les prochaines 72 heures.

    Les autorités judiciaires ont requis de lourdes peines, dont la réclusion à perpétuité pour 12 des opposants — dont l’une des principales figures de la dissidence cubaine, et seule femme, l’économiste Marta Beatriz Roque — et des peines de prison de 10 à 35 ans pour les autres.
    D’autres sentences ont commencé à tomber lundi dont celle du leader de la dissidence, Hector Palacios, 62 ans, un des promoteur du projet Varela, une initiative réclamant un référendum en vue de réformes démocratiques, qui a été condamné lundi à 25 ans de prison, a indiqué son épouse.

    Les autorités judiciaires cubaines avaient requis à son encontre la prison à perpétuité de même que contre Oscar Alfonso Valdés et Ricardo González Alfonso qui ont été condamnés respectivement lundi à 18 et 20 ans de prison. Parmi les autres sentences prononcées lundi figurent celles de l’économiste Oscar Espinosa Chepe, condamné à 20 ans de prison de même qu’Héctor Maseda Gutiérrez. Deux autres militants d’un groupe de défense des droits de l’homme, Marcelo López et Marcelo Cano, ont reçu des peines de 18 et 15 ans de prison.

    Le procès de Raul Rivero, représentant de la Société Interamericaine de Presse (SIP) à Cuba, et président de l’organisation de journalistes indépendants « Manuel Marquez Stirling », et celui des autres dissidents ont suscité des critiques de la part de plusieurs pays et d’organisations internationales. Les opposants ont été arrêtés lors d’une des plus dures vagues de répression de ces dernières années.

    Ils sont accusés de tentatives de « complot » menées par le représentant américain à La Havane et sont poursuivis notamment en vertu de la loi 88 sur « la défense de l’indépendance nationale » datant de 1999 qui, jusqu’à présent, n’avait pas été invoquée.