Mois : août 2006

  • Raul Castro a t-il eu peur de manifestations spontanées de mécontentement comme en 1994 ? A l’époque la famine a Cuba avait provoqué un soulevement dans les quartiers les plus pauvres de La Havane, et seule l’envoi des milices du Parti Communiste et l’arrivée de Fidel Catro lui meme avait permis de rétablir le calme.

    Nul doute que dans la situation actuelle, une apparition de Raul Castro n’aurait pas le meme impact sur un éventuel soulevement populaire.

    Détaillant la mobilisation du régime après l’annonce de l’opération de Fidel Castro, Raul Catro qui est aussi le ministre de la Défense et le chef de la police a révélé: « A trois heures du matin le premier août, en application des plans approuvés (…), j’ai décidé d’élever de manière substantielle notre capacité et notre dispositif de combat, en appliquant pour cela les mesures prévues, parmi lesquelles la mobilisation de plusieurs dizaines de milliers de réservistes et de miliciens ».

    « Toutes les mesures ont été prises pour empêcher une quelconque tentative d’agression. Le peuple fait une démonstration formidable de confiance en lui-même », a-t-il ajouté, soulignant qu’à ses yeux, « il règne une absolue tranquillité dans le pays ».

    Cette tranquillité est en effet le but véritable de cette mobilisation : une victoire pour la dictature cubaine, non pas sur une menace extérieure, mais sur le peuple cubain lui meme, condamné au silence depuis 47 ans par le clan Castro.

    Selon Raul Castro, « certains faucons de l’empire (américain) ont pensé le 31 juillet dernier que le moment était venu de détruire la révolution. On ne pouvait pas écarter le risque que quelqu’un devienne fou, ou plus fou encore, à l’intérieur du gouvernement américain », a-t-il dit.

    Réagissant ainsi aux propos de Raul Castro, un porte-parole du département d’Etat, Eric Watnik, a réaffirmé vendredi que « les Etats-Unis n’ont aucun projet d’envahir Cuba ».

    Dès le 4 août, la Maison Blanche avait qualifié d’ »absurde » les craintes cubaines d’une invasion américaine de l’île, tandis que le président George W. Bush avait souligné que « ce sont les gens sur l’île de Cuba qui doivent décider » de leur avenir.

    Une opinion que ne partage sans doute pas Raul Castro, bien decidé a mettre en place une succession de type nord-coréenne a Cuba. Ceci pour préserver le systeme de captation de devises mis en place depuis 1995 par le clan Castro avec l’aide des investisseurs européens.

  • « Je plaide, comme je l’ai toujours fait, pour un changement de régime, pas pour une succession monarchique », a déclaré M. Arias à la télévision costaricienne.

    Les accusations de Cuba selon lesquelles « je suis un laquais de l’impérialisme yankee, ne me touchent pas », a-t-il ajouté.

    Selon la presse locale, M. Arias aurait reçu lundi une lettre du vice-président cubain Carlos Lage lui reprochant son « arrogance » et le fait de partager la vision des Etats-Unis au sujet de Cuba.

    Le Costa Rica n’a pas de relations diplomatiques avec Cuba depuis 1962 et San José a fait savoir mardi qu’il n’envisageait pas d’en établir.

    Oscar Arias Sánchez, né le 13 septembre 1940 à Heredia, est un ancien président costa-ricain, du 8 mai 1986 au 8 mai 1990 et depuis le 8 mai 2006. Il reçut le Prix Nobel de la Paix en 1987.

    Né d’une famille de riches exploitants du café, Oscar Arias Sánchez fait ses études au Costa Rica, au collège de San José, avant de partir à Boston puis à Londres.
    Ayant adhéré au Parti de Libération Nationale (PLN) dans les années 70, il fut nommé ministre de la planification nationale et des politiques économiques du président José Figueres, élu en 1972, avant de devenir secrétaire général du PLN en 1979. Il est élu président du Costa Rica en 1986, sur un programme libéral.

    Sur le plan économique, Arias Sánchez, relança l’économie et fit baisser le chômage. Mais ce sont ses efforts pour la paix qui marquèrent sa présidence : essayant de mettre fin aux guerres qui déchirait l’Amérique centrale et de développer la démocratie, il proposa, pour relancer le plan Contadora, son propre traité de paix, qui fut signé par le Salvador, le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua le 7 août 1987. Cet effort pour la paix lui valut le prix Nobel la même année. Ce fut le premier latino-américain à le recevoir.

    Le 5 février 2006, il se représente à l’élection présidentielle qu’il remporte avec 40,5 % des voix. Il est rentré en fonction le 8 mai succédant à Abel Pacheco.

  • Raul Castro, 75 ans, désigné pour assurer l’intérim, le premier depuis 1959, n’a fait aucune déclaration publique depuis la mise en congé de Fidel Castro, et demeure invisible.

    Les autorités ont multiplié tout au long de la semaine les messages optimistes sur la convalescence du chef de l’Etat, qui a prévenu que l’intérim durerait « plusieurs semaines ».

    Dans sa « proclamation » lue le 31 juillet à la télévision, Fidel Castro a qualifié de « secret d’Etat » les questions touchant à sa santé, en raison des menaces d’agression américaine, selon lui.

    Pour dimanche, les travailleurs de la canne à sucre étaient conviés à une « gigantesque mobilisation » dans tout le pays, tandis qu’une équipe de 80 personnes devait escalader le Pic Turquino, avec 1.974 m le plus haut sommet du pays dans la Sierra Maestra (sud), bastion de la guérilla castriste (1957-59) avant la prise du pouvoir.

    Sous le titre « Absous par l’histoire », Granma a publié samedi un numéro spécial contenant les déclarations –toutes élogieuses– sur Fidel Castro de 118 personnalités, actuelles ou décédées, venues de tous les horizons.

    L’absence totale de relève publiquement reconnue (en dehors du frère cadet Raúl) crée l’impression d’un vide insurmontable en dehors du pouvoir historique de Castro. La figure de Castro se confond avec une période, une époque et une perspective de l’histoire cubaine qui n’a guère de précédent. Castro a propulsé au centre de l’actualité une île jusqu’alors surtout connue pour ses Havanes, son rhum et le cha cha cha. La majorité des cubains (ils sont sept millions a être nés après 1959) n’ont jamais connu d’autre rapport au pouvoir que ce paternalisme autoritaire qui repose sur un mélange de fascination et de crainte.

    Fidel voit tout, sait tout , s’intéresse à tout ce qui se passe dans le pays dans les moindres détails : de la production de riz et de ciment au kilo près, au croisement des vaches laitières, à la plantation de café dans les espaces verts des environs de La Havane, à la production de fromages de chèvres, et aux vertus nutritives des pois chiches… Le personnage impressionne par ses connaissances encyclopédiques qui lui servent à meubler ses interminables digressions lors des discours fleuves retransmis intégralement à la télévision, et parfois reproduits seulement sous forme de résumé dans Granma à cause de la pénurie de papier.

  • Après avoir été
    soumis à un interrogatoire par des agents du
    ministère de l’Intérieur, les journalistes ont
    été contraints de remonter dans le même avion
    pour quitter l’île, au motif qu’ils ne
    disposaient pas du visa de travail nécessaire
    pour exercer leur métier sur le territoire.

    « Le gouvernement cubain, habitué à surveiller la
    presse étrangère, a renforcé son contrôle sur
    l’accès à l’île. Il ne faut pas s’étonner que les
    journalistes tentent d’entrer dans le pays avec
    des visas de touristes – pour accomplir leur
    devoir d’information – tant il est devenu
    difficile d’obtenir des visas de presse. La
    situation que traverse actuellement le pays
    mérite que la presse étrangère soit librement
    autorisée à entrer à Cuba. Le régime semble
    vouloir éviter que de trop nombreux reporters
    soient présents dans l’île dans ce contexte plein
    d’incertitude. C’est regrettable. Il est
    indispensable que les autorités accordent sans
    restrictions aux journalistes étrangers des visas
    d’entrer et qu’ils les laissent exercer librement
    leur profession, sans obstacles, ni hostilités »,
    a déclaré Reporters sans frontières.

    « Au delà du sort de la presse étrangère, nous
    sommes inquiets pour les journalistes
    indépendants qui ont été indirectement menacés
    par de hauts responsables de l’armée de ne pas
    créer de désordre. Nous restons également très
    vigilants quant à l’action des autorités à
    l’encontre des 23 journalistes emprisonnés à Cuba
    », a ajouté l’organisation.

    Plusieurs journalistes étrangers, notamment
    Alvaro Ugaz, de la radio péruvienne RPP, et Mario
    Antonio Guzmán, de la station chilienne Radio
    Cooperativa, ont tenté, le mercredi 2 août 2006,
    d’entrer dans le pays, mais ils ont été
    interpellés à l’aéroport José Martí, où les
    autorités ont refusé de les laisser passer.

    Ils ont par ailleurs été soumis à un
    interrogatoire sur les raisons de leur visite.
    Après avoir expliqué qu’ils étaient venus pour
    couvrir la situation créée par l’état de santé de
    Fidel Castro, les journalistes ont été expulsés
    par les agents de la sécurité, après une heure
    d’attente et d’interrogatoire. Selon les
    autorités, ils ne disposaient pas d’un visa
    spécial de travail. Intransigeantes sur ce point,
    les autorités ont ordonné aux journalistes de
    remonter dans l’avion qui venait de les déposer,
    déclarant que dorénavant, « tous les journalistes
    arrivant avec un simple visa de touriste seront
    expulsés ». Selon Mario Antonio Guzmán, le visa
    demandé par les autorités cubaines nécessite des
    démarches lourdes, avec un délai d’obtention
    pouvant aller jusqu’à 21 jours. Les journalistes
    avaient jugé ces délais trop longs et avaient
    décidé de voyager avec un visa de tourisme.

    D’autres journalistes, notamment du Washington
    Post et du Miami Herald, ont également été
    refoulés par les autorités. Juan Tamayo,
    directeur des correspondants du Miami Herald, a
    indiqué qu’un de ses journalistes, dont le nom ne
    sera pas divulgué, avait été expulsé après avoir
    présenté son visa de touriste et expliqué qu’il
    venait exercer son métier de journaliste à Cuba.
    Il a été expulsé, via Panamá.

    Depuis l’annonce de l’hospitalisation de Fidel
    Castro, les ambassades cubaines ont multiplié les
    refus de visas, ou n’ont pas donné suite aux
    demandes des journalistes. Depuis plusieurs
    années, le régime castriste délivre de manière
    très sélective les autorisations à la presse
    internationale. Les médias considérés comme
    « dangereux » pour la stabilité nationale sont
    régulièrement privés d’accès à l’île. Des
    dizaines de journalistes étrangers ont par
    ailleurs été expulsés de l’île au cours des
    dernières années.

  • Peu importe le diagnostic exact, depuis quelques années, la question cubaine a pris une tournure étrangement morbide : toutes les interrogations et les prévisions semblent se concentrer autour d’un seul événement.

    La mort de Castro serait la clé de voûte de l’évolution, ou de la disparition, d’un système qui régente l’île depuis bientôt 45 ans. En particulier parmi les membres de la communauté exilée, il est communément admis que la fin du dictateur entraînerait mécaniquement une évolution positive, une ouverture vers plus de démocratie et par conséquent une amélioration de la situation à Cuba.

    Avec le cadavre de Castro, on enterrerait ainsi tranquillement et sans remords une parenthèse de 45 ans d’histoire, une sorte d’accident dans la chronologie cubaine.

    En vérité cette perspective ne semble pas très réaliste : il sera sans doute difficile de rayer d’un trait de plume près d’un demi-siècle de communisme, ne serait ce que parce que Cuba a accumulé un retard économique considérable pendant cette période. En fait, la reconversion vers le capitalisme risque d’être bien plus douloureuse que prévu, surtout si elle n’est pas préparée par une transition pacifique et non violente.

    Un des premiers travail des futurs dirigeants de l’ère post castriste sera de renouer les fils de l’histoire coupés en 1959. En effet en bon disciple de l’agit-prop, Castro a réécrit l’histoire du Cuba d’avant la Révolution pour en faire un repoussoir au service de sa propagande.

    Le Cuba de 1959 n’était certes pas un paradis, mais il n’était pas non plus l’enfer que décrit le discours officiel. Les indices économiques de Cuba en 1958 sont parlants : parmi les pays d’Amérique latine, Cuba se classe en 4 eme position pour l’espérance de vie, en deuxième position pour le nombre de téléphones par habitant, et premier pour le nombre de téléviseur par habitant. Le taux d’alphabétisation de Cuba est alors de 76,4 % soit la quatrième place sur le continent latino américain après l’Argentine, l’Uruguay et le Chili.
    Cuba comptait en 1958 une presse abondante : la troisième du continent latino en diffusion par habitant avec 58 quotidiens et 129 magazines.
    Le PIB par habitant de Cuba était en 1958 comparable avec celui des pays pauvres d’Europe comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce.

    Cuba comptait aussi un système de santé très développé avec un lit d’hôpital pour 300 habitants (contre un pour 875 au Mexique à la même époque). En ce qui concerne la mortalité infantile, avec un taux de 32 pour mille, Cuba était en 1957, en 13 eme position devant….la France.

    Aujourd’hui le capitalisme d’Etat pratiqué sans vergogne par Cuba avec l’appui des investisseurs européens, a construit autour de Castro une petite caste de privilégiés qui pourrait bien préfigurer ce que sera le Cuba de demain. Les détenteurs de ce pouvoir économique entendent bien garantir leur avenir contre les aléas que représente la succession de Castro.

    Les hiérarques de l’armée, très engagés dans l’économie touristique, se satisferaient très bien d’une transition dynastique façon Corée du Nord. L’héritier a déjà été intronisé depuis longtemps: il s’agit de Raul Castro (75 ans), le frère cadet de Fidel, commandant en chef des FAR (Forces armées Révolutionnaires). Il n’a certes pas le charisme de son frère, mais de façon très pragmatique il a su concéder à ses généraux un pouvoir étendu aussi bien au bureau politique, que dans les grandes entreprises étatiques.

    Autour de lui, s’est constitué une troïka prête à prendre la relève. Felipe Pérez Roque, le jeune et bouillonnant ministre des Affaires Etrangères, Carlos Lage, le ministre de l’Economie, assez compétent pour empêcher l’économie de l’île de s’écrouler totalement, et Ricardo Alarcón président de l’Assemblée Nationale.. Cette solution qui pourrait s’accompagner d’un début de libéralisation « à la chinoise » (création d’un secteur privé de petites entreprises pour dynamiser l’économie, et maintien d’une dictature du parti unique) est la plus probable.

  • Après le décès de Fidel Castro, les termes du dilemme paraissent être simple :une succession dynastique du castrisme, comme en Corée du Nord, ou une transition vers la démocratie et l’économie de marché, comme il s’est produit en Europe de l’Est après la chute du mur de Berlin.

    Raúl Castro; son gendre, le colonel Luis Alberto Rodriguez ; les généraux Julio Casas, Abelardo Colomé Ibarra, Ulises del Toro et Alvaro López Miera, et les politiciens et les fonctionnaires Carlos Lage, Felipe Pérez Roque, Ricardo Alarcón, Francisco Soberón, Fernando Remírez d’Estenoz, ont discrètement conçu leur feuille de route pour gouverner le pays après le décès du Commandant.

    Il s’agit du plan de succession qui serait mené à bien après l’enterrement en grande pompe de Castro et de la déclaration publique d’adhésion inébranlable et éternelle à la mémoire et à l’idéologie du Lider Maximo.

    Le projet est très simple, et, du point de vue de la classe dirigeante, viable. Une fois enterrés avec les honneurs le Commandant, on entame une ouverture économique à la chinoise ou à la vietnamienne, avec des relations étroites avec les nations développées d’Occident, en permettant timidement l’apparition progressive de la petite propriété privée, mais en maintenant simultanément un contrôle politique et économique strict, de sorte que la situation ne risque pas d’échapper au contrôle de cette nouvelle oligarchie.

    Pour pouvoir mener à bien pacifiquement cette transformation, les nouveaux maitres de Cuba auront besoin de normaliser les relations avec les Etats-Unis et, dans une moindre mesure, avec l’Union Européenne. Pour atteindre cet objectif, qui inclue la levée de l’embargo, les héritiers de Castro, sont disposés à offrir trois récompenses à Washington : le contrôle de l’émigration clandestine, la surveillance sur le trafic de drogues, et une diminution du rôle de Cuba comme étendard de la lutte anticapitaliste et antiaméricaine.

    Leur justification est facile à imaginer : il est nécessaire de maintenir le système de parti unique, sans ouvrir pour l’instant le jeu démocratique, pour éviter que les Etats-Unis annexent Cuba.
    De même, il s’avére indispensable de maintenir le contrôle de l’économie dans les mains des révolutionnaires pour préserver les réalisations de la révolution dans le domaine de l’éducation et de la santé. En l’absence d’un travail historique sérieux et d’évaluation des fameux acquis de la Révolution, la future dictature post castriste, dispose d’ un alibi idéologique pour affronter sans faire de concession réelle l’étape cruciale qui suivra la mort inévitable de Fidel Castro.

  • Dans son édition daté du 22 juillet l’acteur français qui voyage fréquemment à Cuba, a déclaré au Figaro Magazine

    « Moi, c’est mon amitié avec Fidel Castro qu’on me reproche. Quand son frère Raul me montre la liste des grands généraux américains qui viennent chasser avec lui, je me dis qu’on nage en pleine hypocrisie. Comme s’il n’y avait pas sur terre des gens plus dangereux que lui !
    S’il était aussi ignoble qu’on le dit, comment expliquer que le peuple ne l’ait pas encore chassé du pouvoir ? Sont-ils donc si abrutis que cela les Cubains ? »

    Bonne question Gérard, mais pourquoi donc ne pas la poser aux Cubains sous forme d’élections libres et démocratiques. La prochaine fois, n’oublie pas d’en parler à ton « ami ».