Des chiffres de moins en moins crédibles
5% de croissance économique, le cap des deux millions de touristes enfin franchi et la découverte d’un important gisement de pétrole : Fidel Castro n’a pas été avare de bonnes nouvelles pour l’année 2004. Du moins en théorie.
Sur place la vision de l’activité économique ne colle pas tout à fait avec cet optimisme de façade. Le niveau de vie des Cubains est toujours aussi bas (salaire mensuel moyen de 210 pesos, soit 8$) et les fondamentaux de l’économie cubaine toujours aussi mauvais.
Par ailleurs les récentes mesures de recentralisation de l’économie sont le signe d’une reprise en main des « durs » du parti, opposé à toute libéralisation. Ce retour à l’orthodoxie socialiste met un point final aux timides réformes entamées pendant les années 1990.
Le ministre de l’économie cubaine lui-même, José Luis Rodriguez a pris soin de préciser en annoncant une croissance de 5% pour l’année 2004, que ce chiffre incluait les « dépenses sociales », ce qui n’était pas le cas en 2003. Autrement dit pour calculer l'évolution du produit intérieur brut, les autorités de l'île communiste ont pris en compte les investissements réalisés dans les secteurs de la santé, de l'éducation et de la sécurité sociale.
Autant de dépenses qui ne sont jamais prise en compte dans l'évaluation du PIB des autres pays. Cette annonce, très supérieure aux prévisions, accroît encore un peu plus l’impression de confusion qui se dégage des statistiques du gouvernement cubain.
Selon la CEPAL (Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes), l'économie cubaine a enregistré une croissance de 3% en 2004, contre 2,6% en 2003. Une performance inespérée, compte tenu de la médiocre conjoncture de 2004.
Des touristes et du Nickel
De fait c’est le tourisme qui est désormais devenu la locomotive de l’économie cubaine, tandis que la production de sucre est en pleine déconfiture : pas plus de 2,2 millions de tonnes prévus pour la récolte 2004/2005 (contre 6 millions dans les années 90).
Cette année le nombre de visiteurs étrangers a augmenté de 7,6% dépassant pour la première fois la barre des 2 millions de visiteurs ( 2,05 millions) avec des revenus bruts de 2,02 milliards de dollars.
Cuba peut aussi compter sur sa production minière, essentiellement de nickel, dont le pays est le cinquième producteur mondial (78.000 tonnes), alors que les cours sont à leurs plus hauts niveaux historiques. En 2004, le nickel a rapporté 880 millions de dollars en recettes d’exportation, trois fois plus que le sucre.
Voilà pour les ressources de l’Etat cubain : pour les Cubains eux mêmes, la principale entrée d’argent vient souvent des « remesas », les envois d’argent de la famille à l’étranger, qui sont évalué entre 800 millions et 1,2 milliard de $ par an.
Avec des salaires mensuels de l’ordre du pourboire (5$ pour un retraité 8$ pour un employé, 20$ pour un médecin ou un professeur d’université), mieux vaut avoir de la famille à Miami ou un « business » (le plus souvent illégal) avec les touristes.
| Les galériens de Castro
Un carambar et les remerciements du Parti, voilà à quoi se résume le « salaire » horaire d’un Cubain en 2005, « année de l’alternative bolivarienne pour les Amériques », selon la phraséologie en vigueur. Un système plus proche de la spoliation que de la sous-traitance, qui prend la forme d’une redevance versée par les investisseurs européens à l’Etat cubain pour avoir le droit de disposer de « sa » main d’œuvre, qui au bout du compte touche un salaire dont ne voudrait pas entendre parler un journalier du Gujarat. |
le choc des années 90
L' année 1990 entame la décade des désillusions : la génération élevée à l'ombre des principes généreux de la révolution se rend compte subitement que le socialisme cubain ne doit sa modeste prospérité qu'aux subsides de l'Union Soviétique.
Le choc est d'autant plus rude qu'il frappe une économie déjà affaiblie par plusieurs décennies d'hésitations, d'atermoiements et de retour en arrière dictés par les tournants idéologiques du parti.
En 1989, à la veille de la plus grave crise que devra affronter le régime socialiste, on estime que Cuba reçoit une aide de l'Union Soviétique et des pays de l'Est équivalente à 30% de son PIB, soit environ 5 milliards de dollars par an.../... |
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l'ouverture vers l'étranger et la croissance du tourisme
"Le 31 décembre 1991, du jour au lendemain nous sommes passés du communisme à l'économie de marché en ce que qui concerne notre commerce extérieur. Aujourd'hui nous devons admettre ce que nous avons nié pendant longtemps : il faut être compétitif pour s'intégrer au marché international et il n'y a pas d'autre choix pour survivre." résume Marcos Portal, ministre de l'industrie en visite à Paris.
Ou trouver 1 milliard de dollars ? C'est la question que se posent pendant cette année 1990 l'état major du bureau politique autour des frères Castro et son nouveau vice président du Conseil, le jeune Carlos Lage qui deviendra le personnage clé de la nouvelle génération des quadras du PCC.
Le virage le plus spectaculaire a lieu dans le domaine du tourisme : longtemps qualifié de néfaste par Fidel Castro qui l'assimile à une forme d'impérialisme, le tourisme devient subitement la principale priorité économique du gouvernement.../...
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| Les investissements étrangers à Cuba
Toutes ces réformes n'auraient sans doute pas été possibles sans le recours, désormais fortement encouragé, aux investissements étrangers. La première tentative d'ouverture vers le capital étranger date de 1982 : un décret loi autorise alors les entreprises étrangères à s'installer à Cuba, mais à condition de s'associer avec un partenaire cubain qui conservera toujours au minimum 51% du capital.
La nouvelle loi de 1995 sur les investissements étrangers lève la plupart des restrictions d'ordre juridique puisqu'elle autorise l'implantation d'entreprises au capital 100% étranger. Ne sont exclus du champ d application de cette loi que trois secteurs: l'éducation, la santé et la défense.../...
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les réformes économiques.
Vues de l'extérieur, les réformes économiques adoptées à Cuba apparaissent toujours insuffisantes ou symboliques. L'ouverture «à la chinoise» de l'économie cubaine n'a pas eu lieu et l'État conserve son monopole absolu sur les entreprises, en dehors des associations avec le capital étranger. Les Cubains n'ont toujours pas le droit de créer d'entreprises, aussi petites soit elle, ou d'employer légalement du personnel, en dehors du cas très spécifique des restaurants familiaux.../... |
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La course au dollar
La mesure la plus spectaculaire adoptée par le gouvernement est sans doute la légalisation du dollar en juillet 93. Elle ne faisait pourtant que constater une situation de fait : la détention extrêmement répandue de la devise américaine en dépit de son interdiction. Cette mesure avant tout pragmatique visait surtout à blanchir une partie du marché noir en autorisant les Cubains à se rendre dans les boutiques en devises. Elle a contribué à une baisse importante du dollar qui s'est stabilisé autour de 25 pesos (cours moyen en 2004).../...
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11 millions de voleurs ?
Car dans le secteur étatique le salaire est davantage perçu comme une sorte d'argent de poche que comme la contrepartie d'un travail au demeurant en général peu contraignant. L'encadrement a du mal à se montrer exigeant avec des salaires en majorité compris entre 200 et 250 pesos mensuels, soit 10 à 12 dollars.
L'absentéisme et le vol de marchandises restent le problème numéro un des entreprises étatiques qui vivotent au rythme des pénuries, des transports inexistants et des difficultés d'approvisionnement. D'ailleurs à Cuba on n'emploie jamais le verbe voler lorsqu'il s'agit de voler l'État.../...
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L'embargo handicap et alibi
"Injuste et moralement inacceptable" : c'est ainsi que le Pape Jean Paul II a qualifié l'embargo américain, en vigueur depuis 37 ans, lors de sa visite à Cuba en janvier 98. C'est peu dire que cette condamnation était attendue, tant le régime Cubain a fait de l'embargo américain (qualifié un peu excessivement à Cuba de "bloqueo" ou blocus) le leitmotiv de sa propagande.../...
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Une économie rebelle à toute approche statistique ?
Pas facile de se faire une idée de la réalité des indicateurs économiques à Cuba. La première difficulté consiste d'abord à se procurer les informations : le dernier rapport annuel de la Banco Nacional de Cuba a disparu de la circulation, et il en va de même pour la documentation de la BNC ou celle du ministère des finances. Ensuite des données aussi simples que le PIB ou le PIB par habitant n'ont guère de signification si l'on ne tient pas compte de la double comptabilité (dollars/ pesos) utilisée par le gouvernement cubain..../...
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