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ricardo gonzalez Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.
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L'éternité de l'instant

Zoé Valdés

Gallimard

(2007-03-01)

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Zoé Valdés revient en grande forme avec ce roman qui retrace l'épopée sur plusieurs générations d'une famille chinoise immigrée à Cuba au début du siècle. Le personnage principal est inspiré du propre grand père (maternel) de l'auteur.

Dans cette longue histoire d'exil et de séparation, une histoire déjà bien cubaine, Zoé Valdés part à la recherche de ses origines et s'empare de la mythologie chinoise pour en faire une nouvelle source d'inspiration.

C'est peut-être aussi pour elle une manière de conjurer le sort qui la relie pour toujours à son île maudite : retrouver une partie de son passé dans un pays lointain.

Cette nouvelle escapade qui passe par les caravanes de contrebandiers des déserts chinois, un trafficant d'esclaves pour le compte d'une hacienda mexicaine avant de se terminer à La Havane, resitue Zoé Valdés dans ce qu'elle a de meilleur.

présentation de l'éditeur

Lola est la petite-fille préférée de Maximiliano Megia, et c'est uniquement pour elle qu'il accepte de rompre le silence dans lequel il s'est réfugié depuis que sa femme a quitté Cuba, le laissant seul avec ses cinq enfants. Son histoire débute en Chine : né de l'union très heureuse d'un célèbre chanteur d'opéra traditionnel, Li Ying, et de Mei, une jeune calligraphe, Maximiliano - Mo Ying de son vrai nom - est doté d'une intelligence et d'une sensibilité rares. Mais lorsque sa famille reste sans nouvelles de son père, parti à l'étranger comme des milliers de Chinois au début du XXe siècle pour échapper à la misère, Mo Ying s'exile à son tour pour essayer de le retrouver. Après bien des péripéties, devenu Maximiliano Megia au Mexique, il débarque à Cuba...

L'éternité de l'instant constitue une nouvelle preuve éclatante du talent romanesque de Zoé Valdés. Dans une foisonnante mosaïque d'histoires et d'aventures, son pouvoir d'évocation est mis au service d'une émouvante quête d'identité et de sens.

biographies des auteurs

Poète, romancière et scénariste, Zoé Valdés est née en 1959 à La Havane. Interdite de séjour à Cuba depuis 1995, elle vit à Paris. Elle a reçu les plus importantes distinctions littéraires en Espagne et ses livres sont traduits dans de nombreux pays. L'éternité de l'instant est son sixième livre aux Éditions Gallimard.

extrait

La délicieuse potion du coup de foudre

Dans la charade sino-cubaine : cheval

Jusqu’à cette rafale de vent glacé enfonçant la fenêtre du salon et précipitant ses flocons de neige, Li Ying, à tout juste vingt-sept ans, espérait encore vouer sa vie entière à l’opéra et interpréter jusqu’à son dernier souffle le rôle de Wu Zetian, impératrice nubile de la dynastie Zhou, en ses pervers désirs — ne l’appelait-on pas la Messaline chinoise ? — et sa folle envie d’égarement des sens aux mains d’un sage grotesque de la dynastie Tang, en d’ardentes et feintes bacchanales sous une gigantesque, bien qu’étouffante, lune en papier de riz. Ou cet autre rôle, dans l’opéra La légende du Serpent blanc, qui durait sept heures et le laissait à bout de forces après avoir gesticulé trois jours durant dans la peau d’une dan, d’une femme dont le nom était Serpent blanc, un être immortel qui se transforme en jeune fille et vit une histoire d’amour contrarié. Ou encore ce rôle convoité par tous les acteurs et actrices, celui de la dame Chang’E, que son mari punissait en la nourrissant exclusivement de nouilles et de chair de corbeau, jusqu’à ce qu’il découvrît le riz et décidât, dans la plus grande discrétion, de quitter son épouse pendant sept ans.

revue de presse

Retour aux sources

Zoé Valdés vous présente L’éternité de l’instant

Jamais auparavant je n’avais pensé écrire un roman sur mes ancêtres et plus spécialement sur mon grand-père chinois ; le hasard fut à l’origine de toute une série d’événements qui me conduisirent une fois de plus au doute que tout écrivain porte en lui, à ce « fouet » dont parlait Truman Capote : « Quand Dieu vous accorde un don, il l’accompagne d’un fouet, destiné uniquement à l’auto- flagellation. » Et au-delà, l’insécurité, les craintes, l’angoisse. L’éternité de l’instant, mon roman, a débuté comme une histoire plutôt celte, qui se rattache bien plus à mes racines irlandaises qu’aux chinoises. Un soir d’hiver rigoureux, je suis tombée sur une femme qui m’a parlé du pouvoir curatif des pierres, et, m’annonçant tout de go que quelqu’un me donnerait bientôt trois pierres, elle me dit de ne pas les refuser, mais de les prendre et de les garder comme talisman. Depuis lors, chaque fois qu’une pierre quelconque frappait mon attention, sur le trottoir, au parc ou n’importe où, je la rangeais dans ma poche ; elles ne furent pas nombreuses, je l’avoue.

Mais me trouvant un jour à la Foire du Livre de Miami, alors que je me dirigeais vers le stand où je devais signer mes livres, ma meilleure amie me dit qu’un vieil homme m’attendait depuis plus de trois heures, et me pressa d’y aller bien vite parce qu’il ne se sentait pas bien. Ce vieillard tenait un petit sac serré dans sa main, avec trois pierres dedans, qu’il avait rapportées de Chine depuis fort longtemps, lors d’un voyage qu’il avait fait dans sa prime jeunesse ; et il me dit qu’il avait rêvé de me remettre ces pierres, sans savoir le moins du monde pourquoi, et qu’une fois réveillé il ne voulait pas manquer de le faire. Il me remit donc ce petit sac. À ce moment, je cessai de voir le vieillard qui se tenait devant moi, pour apercevoir à sa place mon grand-père, que j’avais bien peu connu, car je ne l’avais vu qu’à deux ou trois reprises, fugitivement. Ce fut un souvenir fugace. Je remerciai ce vieil homme pour son cadeau ; il me laissa son numéro de téléphone, je lui donnai le mien, et dès lors nous avons toujours été en communication.

Pendant le vol Miami-Paris, je ne cessai de penser un seul moment à ce qui s’était passé, et à l’apparition de mon grand-père dans mon souvenir. Les dernières années de sa vie, ma mère me parlait constamment de lui. Mes grands-parents maternels avaient de bien curieuses origines, comme vous l’aurez deviné ; ma grand-mère était irlandaise et était venue, à l’âge de deux ans, avec sa famille à Cuba, ce pourquoi elle s’était toujours considérée plus cubaine qu’irlandaise. Et mon grand-père maternel avait voyagé de Chine au Mexique et du Mexique à Cuba, alors qu’il était encore adolescent ; il avait dû travailler comme un baudet pour s’en tirer décemment, et avait connu ma grand-mère. Ils se marièrent et eurent cinq enfants, dont l’un mourut en bas âge. Un jour, ma grand- mère, qui avait la fibre saltimbanque, je veux dire qu’elle aspirait à monter sur les planches, décida de plaquer mon grand-père avec ses cinq enfants, et de se rendre à La Havane pour devenir une vedette de théâtre.

Mon grand- père ne put supporter la séparation, et déprima tellement qu’il en perdit l’usage de la parole. Jusqu’à la fin de ses jours, il n’émit plus jamais le moindre son intelligible, ni un mot et encore moins une phrase, en aucune langue, et cela pendant quarante et quelques années. Pour comble, à Cuba, avoir un Chinois dans sa famille n’est pas quelque chose dont on puisse être fier, bien au contraire, surtout à l’époque où mes grands-parents s’étaient connus. Quand j’étais petite, si j’avouais que ma grand-mère était irlandaise, cela pouvait encore passer, mais dès que je disais que mon grand-père était chinois, tout le monde se moquait de moi.

Ma grand-mère se mit alors à dissimuler son mariage, et à préférer ses garçons qui, tout en étant chinois, avaient les yeux bleu-vert, alors que ma tante et ma mère, dont elle avait honte, étaient clairement plus chinoises ; sans compter que ma tante ne se débarrassa jamais de sa longue tresse, au grand dam de ma grand-mère qui la poursuivait avec des ciseaux à la main pour lui couper d’un coup sa touffe de cheveux nattés et soyeux.

Je compris toute petite que mon grand-père était le pestiféré de la famille, la brebis galeuse, et cela parce qu’il était chinois. Mon grand-père, Mo Ying, qui avait dû au Mexique changer son nom pour celui de Maximiliano Megía, afin de trouver plus facilement du travail, avait subi malgré cela bien des mauvais traitements ; il faut dire qu’il avait fait son fameux voyage en qualité d’esclave, engagé, en fait, comme coolie, et il avait laissé derrière lui une famille paysanne, sans doute très pauvre, avec laquelle il n’avait jamais plus eu de contact. Il avait travaillé comme une bête de somme, s’était épris d’une jeune fille qui voulait devenir actrice à Cuba, comme nous l’avons dit, et qui s’était même prise pour une merveille de la nature, puis ils avaient divorcé ; il avait élevé comme il l’avait pu ses cinq enfants, dont l’un était mort, et avait dû finalement les soumettre à la dureté des champs et des travaux domestiques.

Mon grand-père s’était remarié et avait eu d’autres enfants, mais il n’avait plus jamais pu communiquer par le langage avec le reste du monde, et s’était tu à jamais. Ma mère, en exil ici, quand je parvins à la faire venir à Paris, ne cessait de me parler de lui, et gardait précieusement sa photo dans un coffret, avec les photos de mes oncle et tante et de sa mère. Quand je lui demandais pourquoi je n’avais pas vu plus fréquemment mon grand-père, elle me répondait qu’il ne le désirait pas, qu’il s’était caché de sa première famille et qu’il n’avait accordé qu’à elle seule le droit de lui rendre visite, parce que ma mère était sa préférée. Alors que ma tante penchait toujours vers ma grand-mère, ma mère défendait avec passion ce père pour qui elle éprouva toujours un grand amour et une admiration infinie.

Dans le quartier on l’appelait « la Chinoise », et moi j’avais honte quand on me demandait si j’étais la fille de la Chinoise. Ou quand on m’appelait « la Chinoise Blonde », à cause de mes cheveux et de la couleur de mes yeux hérités de ma grand-mère. Je ne peux me rappeler le moment exact où j’ai commencé à écrire le roman de mon grand-père chinois, à lui inventer un passé, à réinventer l’histoire. Je sais seulement que je me suis mise à écrire sans m’arrêter, et c’est ainsi qu’est née L’éternité de l’instant, qui est un roman plein de moments sino-cubains et de souvenirs mêlés à la fiction d’une famille qui n’a existé que dans mon imagination, et dont la trame repose essentiellement sur les instants et les instincts. Et sur le hasard, comme dans la charade sino-cubaine, qui est un jeu divinatoire étroitement rattaché à la philosophie et à la poésie de la vie quotidienne, des champs, des animaux, des symboles dans les rêves.

Pour écrire ce roman j’ai énormément lu sur la Chine, je me suis plongée dans les classiques de sa littérature, imprégnée de sa culture millénaire, et de la sensualité qui en émane ; et qui, quoi qu’on en pense, a beaucoup à voir avec la sensualité cubaine. Je n’ai pas voulu me rendre en Chine avant d’écrire mon roman, je ne suis pas une écrivaine pour agence de voyages, et je déteste ce type de littérature. Mon voyage en Chine est encore à venir, mais j’irai un jour à la recherche de cette part de mes origines, pour ne trouver probablement aucun membre réel de la famille de mon grand-père. Du moins finirai-je le voyage qu’a entrepris mon grand-père, dans ce retour que je pressens tellement et que je raconte à ma fille, dans ce si long exil.

De toute façon, le voyage a commencé quand j’ai écrit la première phrase, ou pour mieux dire, quand mon grand-père a cessé de parler pour communiquer par l’écriture... C’est peut- être là la véritable raison qui fait que je suis écrivaine. Paris, novembre 2006. (traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan)

11 juillet 2009
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