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ricardo gonzalez Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.
2086 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane
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El Magnifico

Juan Vivés

Hugo et Compagnie

(2005-09-08)

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"El Magnifico", un surnom qu'il portait lors de ses débuts dans la guerilla anti Batista, livre aujourd'hui son témoignage sur la révolution cubaine qu'il a cotoyé pendant plus de 20 ans, depuis les début de la guerrilla en 1958 jusqu'en 1979, date de son exil vers la France.

Juan Vivés a donc suivi au plus près les dérives et les règlements de compte qui ont été nombreux pendant le règne de Fidel Castro. Car c'est bien dans les arrières salles d'un règne autocratiqueque nous promène Juan Vivés, avec ses seigneurs, petits et grands, qui vivent à l'ombre du tyran. Un maître absolu qui récompense grassement ses affidés, et châtie sans pitié ceux qui ont le malheur de désobeir ou de rompre la loi du silence.

Dès l'époque de la Sierra Maestra, le jeune Juan Vivés fait connaissance avec le Che Guevara, dont la rigidité dogmatique et l'autoritarisme maladif, et surtout le manque total d'humour, ne passent pas bien chez les Cubains. Fidel Castro a d'ailleurs le plus grand mal à imposer l'Argentin comme chef du 2e front de l'Escambray, aux autres commandants de la guerilla qui ne l'ont pas attendu pour prendre les armes. Sa réputation de communiste joue evidemment en sa défaveur, s'agissant au départ d'un soulèvement destiné à expulser Batista et à rétablir la démocratie et la constitution de 1940.

A cette occasion Juan Vivés revisite le mythe des grandes batailles du Che et de Fidel Castro en décrivant la prise de Santa Clara comme une simple série d'escarmouches. On le sait maintenant avec des témoignages concordants : le gros des troupes de Batista à préferer se rendre ou fraterniser avec la guerilla. Quant à Fidel Castro, sa réputation de trouillard et de planqué se confirme : après avoir fait foirer l'attaque de la Moncada en 1953, il semble bien qu'il n'ait pas tiré un seul coup de feu pendant l'année 1958, pour venir poser devant les caméras une fois les combats définitivement terminés.

Idem pour l'invasion ratée de la baie des cochons en 1961 : les photos de Fidel sur un char d'assaut sont bien des montages réalisés après la fin des combats. En fait, Castro n'a jamais approché, même de loin, la zone des combats.

Après la Révolution, Juan Vivés part en URSS suivre un entrainement du KGB et devient membre du tristement célèbre G2 à Cuba, une sorte d'Etat dans l'Etat chargé de liquider toute velleité de resistance, réelle ou supposée. Son indiscipline et son penchant pour la provocation ne sont pas du goût de tout le monde : il fait d'ailleurs lui même l'expérience des cachots et de la torture à Cuba, et ne doit son salut qu' a ses relations avec Celia Sanchez et Osvaldo Dorticos.

Parmi les révélations (elles sont nombreuses) de Juan Vivés, certaines sont plus vraisemblables et recoupées que d'autres.

C?est le cas de l'histoire tragique de Camilo Cienfuegos, dont « l?accident » d?avion ressemble de plus en plus à un règlement de compte au sommet, entre Fidel Castro et un des ses principaux rivaux au lendemain de la prise de pouvoir de 1959.

La disparition "accidentelle" et les suicides qui frappent les témoins direct de cet accident laisse en effet peu de doutes sur la "fatalité" qui a précipité l'avion de Camilo Cienfuegos dans la mer en octobre 1959, alors qu'entre Camaguey et La Havane, on ne survole jamais la mer.... Comme beaucoup d?autres, Camilo Cienfuegos faisait partie de ces authentiques révolutionnaires qui voulaient en finir avec la dictature de Batista, mais pas pour la remplacer par une autre dictature. Comme Hubert Matos, Cienfuegos ne supportait pas la dérive communiste et totalitaire qui engloutissait petit à petit la révolution cubaine avec la mainmise des frères Castro et des communistes sur tous les leviers du pouvoir.

D'autres révélations laissent plus perplexe, comme celle de la présence de prisonniers américains tranférés à Cuba pendant la guerre du Vietnam. On ne voit pas bien qui aurait interêt à pareil stratagème : sûrement pas Castro qui aurait ainsi offert sur un plateau aux Américains un prétexte pour intervenir à Cuba.

De même, Juan Vivés revendique étrangement la paternité de la fameuse photo du Che attribuée à Alberto Korda. Korda aurait retouché la photo pour l'intégrer à une planche de 24X36, alors que le négatif original de Vivés était un grand format. Pourquoi alors avoir attendu si longtemps ? Alberto Korda est mort l'année dernière et il aura du mal à donner sa version des choses, en l'absence de preuves tangibles, puisque le négatif original semble avoir disparu.

L'autre grande révélation du livre concerne Cuba et le Chili de Salvador Allende, mais cet épisode à déjà été abondamment commenté dans "Cuba Nostra", sorti précedemment aux éditions PLON.

Lorsque Juan Vivés aborde l'épisode des relations entre Castro et Allende et de son expérience de « socialisme démocratique » dans le Chili de 1970, le malaise se transforme en nausée. Il ressort de nombreux témoignages que Fidel Castro méprisait profondément Allende, car il avait reussi à s'imposer par les urnes et non par les armes. Dès sa victoire aux élections de 1970, les service secrets cubains ont constamment fait pression et manipulé le nouveau chef de la gauche chilienne et son entourage (un agent secret cubain a même été recruté pour épouser Béatriz, la fille d'Allende) pour aboutir à un épilogue violent.

Mais Fidel Castro aurait décidé une fois pour toute qu'un révolutionnaire ne pouvait pas se rendre, et devait mourir les armes à la main : c'est d'ailleurs la thèse qu'il a toujours défenduen public, plutôt que celle généralement admise du suicide.

Une chose est certaine : Allende était entouré d'une protection rapprochée presque entièrement constituée d'agents cubains, tous sortis miraculeusement indemnes de l'assaut meurtrier du 11 septembre 1973. Un homme sait très certainement la vérité sur cette histoire, mais il est pour l'instant condamné au silence : Patricio de La Guardia, condamné à 30 ans de prison en 1989 au cours du procès Ochoa. En résidence surveillée à Cuba, il n'a jamais de contact avec l?extérieur, mais il aurait raconté avant son arrestation avoir assassiné Allende sur ordre de Castro qui ne pouvait supporter l'idée d'une reddition.

D'autres parties du livre sont consacrés à des thèmes sensibles à Cuba comme l'implication des hauts dirigeants Cubains dans le trafic de drogue, les guerres en Angola, l'affaire Ochoa et l'organisation des services secrets. A chaque fois un éclairage différent est apporté sur la situation cubaine, sur les disparitions et les "suicides" de personnalités proches du pouvoir, loin des mythes romantiques qui dévient trop souvent les chroniqueurs de la réalité cubaine .

Enfin, même si l'ouvrage dans son ensemble donne l'impression d'un témoignge sérieux, il repose beaucoup sur la parole d'un seul homme : Juan Vivés, un ex agent secret exilé depuis 1979 et qui jusqu'à présent n'avait pas fait beaucoup parler de lui. Le recoupement n'est pas toujours possible, car bon nombre des personnages cités sont encore à Cuba, donc condamnés au silence, en prison, ou morts.

présentation de l'éditeur

" J'ai passé la moitié de ma vie à éliminer mes ennemis et l'autre moitié à ne pas me faire tuer... " " Si pour ma famille, je suis une énigme, et inquiétant pour mes amis, je suis pour mes ennemis un ange exterminateur jugé sur un cheval de l'Apocalypse... Mais pour mon chien, je suis Dieu, et c'est très bien comme ça. " Issu de la grande noblesse espagnole émigrée à Cuba, Juan Vivés a quinze ans lorsqu'il rejoint les guérilleros de la révolution cubaine. Surnommé El magnifico après une action d'éclat au début de la révolution en 1958, il participe aux côtés de Che Guevara et de Fidel Castro au renversement du régime dictatorial de Batista. Capitaine de l'armée rebelle, il est l'un des premiers cubains à recevoir un entraînement complet d'agent secret au sein du KGB. Fort de cette formation et de sa parenté avec le président cubain nommé par la révolution, il va poursuivre pendant plus de vingt ans les missions les plus secrètes à travers le monde au service des intérêts soviéto-cubains. URSS, Vietnam, Chine, Algérie, Angola, Ethiopie, France, Espagne, Italie, Amérique du Nord, Amérique Centrale, Amérique du Sud... El Magnifico va ainsi rencontrer les plus hauts dirigeants de ces pays et négocier, acheter, influencer, conseiller, espionner... Mais la face cachée et sombre du régime de Castro va avoir raison de ses convictions de départ. Terrorisme, manipulations, assassinats en tout genre - en particulier ceux de Camillo, de Che Guevara ou de Salvador Allende-, affaire des missiles, corruption des dirigeants, népotisme du régime, trafics de drogue, fourvoiements économiques et misère du peuple cubain vont l'amener à une rupture totale avec le castrisme. Il échappera de peu à plusieurs tentatives d'assassinat en Occident.

biographies des auteurs

Installé à Marseille depuis 1979 et marié à une française, Juan Vivés se livre avec une verve truculente. Pour la première fois, un dissident cubain raconte sa " traversée " du miroir ". Cette autobiographie relie son extraordinaire histoire personnelle à l'Histoire mondiale de la deuxième partie du XXe siècle.

extrait

revue de presse

02 décembre 2008
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