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ricardo gonzalez Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.
2086 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane
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Adios Hemingway

Léonardo Padura

Métailié

(2005-02-11)

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Mario Conde a quitté la police cubaine pour se consacrer à l'écriture et au commerce des livres anciens, secteur très florissant dans La Havane dont la décadence se poursuit inexorablement. Au cours de travaux dans le jardin de la maison-musée d'Ernest Hemingway, un cadavre a été déterré. On fait appel au Conde. Dans l'ancien enclos des combats de coqs, le cadavre portait un insigne du FBI, dans la boîte sur la dernière étagère du placard des traces du passage d'Ava Gardner, dans la mémoire des vieux une mitraillette Thompson...

Ce n'est pas facile d'enquêter sur un romancier de la taille de Papa quand on entretient avec son image et ses oeuvres des rapports ambigus d'admiration-haine, mais Mario va retrouver des amis de son grand-père qui lui raconteront ce monstre sacré, malade, généreux, odieux, paranoïaque, inoubliable. Il ira jusqu'au bout de l'enquête, au risque de mettre à mal les idées reçues.romanhttp://images-eu.

présentation de l'éditeur



biographies des auteurs

Leonardo Padura Fuentes (né en 1955) appartient à la génération des écrivains élevés avec la Révolution. Dans ses romans policiers il décrit avec un réalisme saisissant la société cubaine désillusionnée, prête à tout pour survivre sur les ruines du socialisme et gangrenée par la corruption.

Il habite dans un quartier populaire de la banlieue de La Havane, là où se déroulent en général les enquêtes de Mario Conde, le flic désabusé héros de ses romans publiés à Cuba et à l'étranger. Avec son fidèle complice "el flaco" devenu hémiplégique à la suite d'une blessure en Angola, il porte un regard sans concession sur le désastre cubain.
A Cuba ses romans sont épuisés quelques jours après leur parution et se vendent trois à quatre fois le prix normal au marché noir. Un signe de qualité qui ne trompe pas.

extrait

D'abord il cracha, puis il expulsa de ses poumons les restes de fumée qui s'y blottissaient, et il finit par lancer à l'eau, d'une pichenette, le minuscule mégot de la cigarette. La petite brûlure sur la peau l'avait ramené à la réalité, et de retour au monde, il se dit qu'il aurait beaucoup aimé connaître la raison véritable de sa présence en cet endroit, face à la mer, sur le point de se lancer dans un imprévisible voyage vers le passé.

Il entreprit alors de se convaincre lui-même que bien des questions qu'il se poserait à partir de cet instant n'auraient pas de réponses, mais il fut rassuré par le souvenir qu'il en avait déjà été de même à propos de bien d'autres questions qu'il traînait tout au long de son existence, et il finit par accepter l'ironie de l'évidence: vivre avec bien plus d'interrogations que de certitudes était son lot. C'est peut-être pour cela que je ne suis plus flic, se dit-il en portant une autre cigarette à ses lèvres.

La douce brise qui montait de la petite anse était une bénédiction dans la chaleur de l'été, mais Mario Conde avait choisi ce court secteur du Malecón qui bénéficiait de l'ombre de très vieux pins pour des motifs en fait étrangers au soleil et à la chaleur. Assis sur le mur, les pieds au-dessus des rochers, il jouissait de la sensation d'être libéré de la tyrannie du temps, et de l'idée qu'il pourrait passer dans cet endroit précis le reste de sa vie, sans autre occupation que penser, se souvenir et contempler la mer, la mer si calme.
Et si une bonne idée surgissait, y compris l'envie de se mettre à écrire, tout à son paradis personnel le Conde avait déjà fait de la mer, de ses effluves et de sa rumeur, le décor parfait pour son esprit et pour sa mémoire têtue, où surnageait, tel un naufragé obstiné, une douce image: il vivait dans une maison en bois, face à la mer, consacrant ses matinées à l'écriture et ses après-midi à la pêche et à la nage.

Et même si cela faisait un bon bout de temps que la réalité s'était chargée de mettre à mal ce rêve, avec la cruauté qui lui est propre, le Conde n'arrivait pas à comprendre pourquoi il était aussi attaché à cette image, qui avait au début la netteté d'une photographie et dont aujourd'hui il parvenait à peine à distinguer les lumières floues qui semblaient sortir de la palette d'un impressionniste raté.

Il cessa donc de s'inquiéter de la raison profonde qui lui montrait le chemin à suivre cet après-midi-là: il savait seulement que son corps et son esprit avaient absolument exigé de lui qu'il retournât vers cette petite anse de Cojímar échouée dans ses souvenirs. En réalité, tout avait commencé au même endroit, face à la même mer, sous les mêmes pins et dans les mêmes odeurs, ce jour de 1960 où il avait rencontré Ernest Hemingway.
La date précise s'était effacée, comme tant de bonnes choses de la vie, et il ne pouvait garantir s'il avait encore cinq ans ou s'il venait d'en avoir six, mais de toute façon, à cette époque, son grand-père Rufino el Conde avait déjà pour habitude de l'amener dans les endroits les plus variés, depuis les arènes de combats de coqs et les bars du port jusqu'aux tables de domino et aux terrains de base-ball, tous ces lieux chers à son âme ou le Conde avait appris plusieurs des choses importantes que se doit de connaître un homme.

Cet après-midi-là, qui aussitôt deviendrait inoubliable, ils avaient assisté à un combat de coqs à Guanabacoa et son grand-père, qui avait gagné, comme presque toujours, avait décidé de lui faire un cadeau en l'amenant au village de Cojímar manger ce qu'il s'obstinait à appeler les meilleures glaces de Cuba, fabriquées par le Chinois Casimiro Chon, dans des vieilles sorbetières en bois et toujours avec des fruits frais.

Le Conde croyait encore se souvenir de la saveur pâteuse de la glace au mamey et de sa joie tandis qu'il observait la man?uvre d'un beau yacht à coque noire et à mâture marron, d'où pointaient vers le ciel deux énormes gaules de pêche qui lui donnaient l'allure d'un insecte flottant. Si le souvenir était vrai, le Conde l'avait suivi des yeux tandis qu'il se rapprochait doucement de la côte, qu'il fendait la flottille des vieux rafiots de pêche ancrés dans l'anse et qu'il mouillait à côté de l'embarcadère.
C'est alors qu'un homme roux torse nu sauta du yacht jusqu'au quai en béton pour rattraper la corde qu'un autre homme, qui portait une casquette blanche et sale, lui lançait depuis le pont.

Tirant son cordage, l'homme roux rapprocha le yacht d'une borne d'amarrage où il l'attacha avec un noeud parfait. Peut-être son grand-père Rufino lui dit-il alors quelque chose, mais les yeux et la mémoire du Conde s'étaient déjà fixés sur l'autre personnage, l'homme à la casquette, qui portait aussi des lunettes de soleil rondes et vertes, et une barbe poivre et sel fournie. L'enfant le regarda sauter du yacht et s'arrêter pour dire quelque chose à celui qui était déjà sur le ponton. Toute sa vie, le Conde serait convaincu d'avoir vu les deux hommes se serrer la main et, sans se lâcher, parler durant un moment imprécis dans son souvenir, peut-être une minute ou bien une heure entière, mais sans jamais se lâcher la main.

Le vieux avec la barbe avait alors donné l'accolade à l'autre et, sans se retourner, s'était avancé sur le ponton en direction du rivage. Ce vieil homme barbu et négligé avait quelque chose du Père Noël, de grands pieds et de grandes mains, et il marchait d'un pas assuré mais d'une façon qui dénotait une certaine tristesse. Ou peut-être était-ce seulement un effet magnétique aussi mystérieux que prémonitoire, une touche de nostalgie par anticipation destinée à s'inscrire au c?ur d'un futur que l'enfant ne pouvait même pas imaginer.

Lorsque l'homme à la barbe poivre et sel gravit les marches en ciment qui menaient au trottoir, le Conde le vit mettre sa casquette sous son bras. Il tira de la poche de sa chemise un peigne et entreprit d'arranger sa coiffure, en la plaquant vers l'arrière et en s'y reprenant à plusieurs fois, comme s'il avait eu besoin d'insister. A un moment, l'homme passa si près du Conde et de son grand-père que l'enfant perçut une bouffée de son odeur: c'était un mélange de transpiration et de mer, de mazout et de poisson, une odeur malsaine et prégnante.Leonardo Padura Fuentes (né en 1955) appartient à la génération des écrivains élevés avec la Révolution. Dans ses romans policiers il décrit avec un réalisme saisissant la société cubaine désillu

revue de presse

02 décembre 2008
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