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Les brumes du passé
Leonardo Padura
Métailié
(2006-09-01) |
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Mario Conde est de retour, mais cette fois il a définitivement quitté la police pour ce consacrer à une occupation bien plus lucrative : le commerce de livres anciens. Au détour d'une de ses recherches il tombe sur une sorte de caverne d'Ali Baba du bibliophile : une ancienne demeure du Vedado conservée par un couple de vieillards qui ont conservée intacte une bibliothèques qui regorge d'édition originales et d'incunables de grande valeur. Leur situation est celle de beaucoup de Cubains âgés qui n'ont que leur retraite pour vivre ( environ 120 pesos par mois, soit 5 euros) et elle se résume en une phrase lâchée à contre coeur par la maîtresse des lieux "Ou nous vendons les livres, ou nous mourrons de faim à petit feu".
Car au delà du genre policier, chaque roman de Leonardo Padura est aussi l'occasion de se plonger dans les difficultés quotidiennes qu'imposent la survie dans la société cubaine des années 1990 et 2000, celles de la période spéciale. Leonardo Padura habite à Cuba et entend bien y rester et par conséquent son propos est exempt de toutes critiques sociales ou politiques, mais le regard désabusé que porte Mario Conde sur Cuba en dit long sur la décomposition de la société cubaine.
On retrouve d'ailleurs les habituels complices de ses précédentes aventures : l'inusable Flaco Carlos, devenu obèse sur son fauteuil roulant après avoir perdu l'usage de ses jambes en Angola, le lieutenant Manolo qui a pris la relève de Conde dans la police et Tamara son éternelle amour de jeunesse rencontrée dans la classe de terminale (pre universitario).
Toujours est-il qu'en feuilletant un de ses livres anciens, Mario Conde tombe sur une coupure de presse datant de 1960 et relatant la retraite anticipée d'une chanteuse de boléro connue sous le nom de Violeta del Rio. Persuadé que ce personnage mystérieux est relié à l'histoire de sa famille, Mario Conde se lance sur les traces de l'énigmatique artiste de la nuit havanaise. L'occasion de se replonger dans un passé par si lointain "A cette époque là, à La Havane il y avait plus de soixante clubs et cabarets avec deux et même trois spectacles par nuits.... Pour la vie nocturne il n'y avait pas mieux qu'ici. C'est vrai qu'il y avait les putes, la drogue, la mafia, mais les gens s'amusaient et le nuit commençait à six heures du soir et ne finissait pas." témoigne un des interlocuteurs de Mario Conde.
Rien à voir donc avec la sinistre ruine qu'est devenue la capitale cubaine : on y trouve aujourd'hui qu'une poignée d'établissements dont la fréquentation est réservée aux touristes et aux proxénètes et prostituées en quête de devises. Le Conde a beau avoir des principes, il ne peut constater l'effondrement des valeurs qui lui ont été enseignées pendant toute sa jeunesse.
"La sensation de dégradation qui flottait dans l'air inquiéta l'ex policier qui ressentit sur sa peau un tremblement trop semblable à la peur.../.... Trop de gens sans rien à perdre ou à faire. Trop de gens sans rêves ni espoirs. Trop de feu sous la cocotte qui , tôt ou tard exploserait sous l'effet des pressions accumulées."
D'ailleurs la curiosité maladive du Conde le pousse à commettre des imprudences et à s'aventurer dans les quartiers sauvages de La Havane où il se fait copieusement tabasser. Pour retrouver un de ses ex indics, le Conde se retrouve même un bordel clandestin ou en train de fumer un joint sur le toit d'une maison : tout fout le camp. Comme Hammett ou Chandler, Leonardo Padura se fait à travers le genre policier un fidèle témoin de la société qui l'entoure, et surtout de ses aspects les moins connus et parfois les plus sordides.
présentation de l'éditeur
Mario Conde a quitté la police. Il gagne sa vie en achetant et en vendant des livres anciens, puisque beaucoup de Cubains sont contraints de vendre leurs bibliothèques pour pouvoir manger. Le Conde a toujours suivi ses intuitions et, ce jour d'été 2003, en entrant dans cette extraordinaire bibliothèque oubliée depuis quarante ans, ce ne sont pas des trésors de bibliophilie ou des perspectives financières alléchantes pour lui et ses amis de toujours qu'il va découvrir mais une mystérieuse voix de femme qui l'envoûtera par-delà les années et l'amènera à découvrir les bas-fonds actuels de La Havane ainsi que le passé cruel que cachent les livres. Leonardo Padura nous parle ici de ce qu'est devenue Cuba, des désillusions des gens de sa génération, "des Martiens" pour les plus jeunes mieux adaptés à l'envahissement du marché en dollars, aux combines et à la débrouille. Au-delà du roman noir et de l'enquête de Morio Conde, Leonardo Padura écrit un beau roman mélancolique sur la perte des illusions, l'amour des livres, de la culture, et de la poésie si populaire des boléros. On reste longtemps marqué par l'atmosphère de ces brumes cubaines.
biographies des auteurs
Leonardo Padura est né à La Havane en 1955. Il est l'auteur d'Adios Hemingway, du Palmier et l'Etoile, de Electre à La Havane, L'Automne à Cuba, Passé parfait, Mort d'un Chinois à La Havane et de Vents de carême. Il a reçu les prix Hammett et Café Gijdn.
extrait
revue de presse