 |
Dimanche a Cuba
Christian Vallée
Herme
(2006-10-05) |
|
| |
 |
|
De bien belles images en provenance de Cuba: je l'écris ici sans la moindre ironie, car Christian Vallée n'est pas un photographe du Dimanche. Mais le problème avec les livres de photos Cuba, c'est qu'à de rares exceptions près, on n'a du mal à les distinguer. Celui là ne fait malheureusement pas exception : ces façades lépreuses, cette décadence triste et magnifique de La Havane, ces regards de paysans de Pinar del Rio, ces bicyclettes surchargées , j'ai presque toutes l'impression de les avoir déjà vu.
A ce propos Eduardo Manet écrit "Christian Vallée a eu le bon goût de ne pas tomber dans ce que nous pourrions appeler le côté "sexy" du paysage cubain, ces fonds sensuels et légèrement "chromo" évoquant la douceur des tropiques, qui servent de décor aux mannequins et remplissent les pages de magazine de mode".
C'est bien dit, mais je ne suis pas si sûr que cela soit complètement exact. Car une fois de plus je ne reconnais pas La Havane que j'ai habité pendant près de deux ans : une ville ravagée, une ruine qu'il sera impossible de reconstruire tant le délabrement y est profondément et durablement installé.
Quel photographe aura un jour le courage, ou la simple honnêteté de ne plus nous montrer cette "belle" misère, cette fameuse "dignité" des Cubains qui pourrissent dans ces vénérables et magnifiques ruines, insalubres et pour la plupart condamnées à la destruction.
Une merveille pour le touriste en mal de dépaysement, et une source infinie d'inspiration pour les photographes à la recherche "d'authenticité"; mais un cauchemar à vivre au quotidien pour tous les Cubains qui n'ont pas la chance de faire partie des privilégiés du Parti Communiste ou de l'armée.
Selon les propres chiffres du gouvernement cubain, près de 1,8 million de logements (soit plus de 50% des logements recensés à Cuba) sont en "mauvais état". Plus de 500.000 ont été détruits entre 2001 et 2005 : il ne se passe pas un jour à La Havane sans que l'on évacue des familles par dizaines, parce que leur immeuble est sur le point de s'effondrer sur eux. Est-il possible de passer à coté de cela quand on fait des photos à la Havane ?
Heureusement les textes de Julien Cendres qui accompagnent ce "Dimanche à Cuba" sont d'une grande sobriété et laissent entrevoir discrètement une certaine réalité cubaine, que bien d'autres préfèrent aujourd'hui ignorer pour se réfugier dans les certitudes du passé. Une réalité que n'a pas su capter Christian Vallée avec son objectif, malgré un talent évident pour l'image.
"Des demeures élégantes devenues agences de voyages, magasin de luxe, restaurant ou discothèque - inaccessibles aux Cubains" ou encore "Une classe fleurie pour la circonstance, un tableau noir craquelé inutile sans craie et, sur un bureau métallique rouillé, quelques feuilles de papier bruni à force de recyclage. Après la distribution des prix, le même repas maigre que les jours ordinaires."
Photographier la misère et l'oppression n'est pas une chose facile, surtout quand elle a parfois l'apparence d'un superbe musée à ciel ouvert. Mais c'est aussi le rôle du photographe de se méfier des apparences.
présentation de l'éditeur
Christian Vallée séjourne pour la première fois à Cuba en 1995, à l'occasion d'un tournage de film. Pendant près d'un an, dimanche après dimanche, il partira à la découverte de l'île et à la rencontre de ses habitants... Préfacé par le plus grand écrivain cubain contemporain, Eduardo Manet, ce livre est d'abord l'expression photographique d'un regard généreux " donnant à voir " Cuba - un regard que prolongent, au fil des pages, les textes de Julien Cendres. Christian Vallée et Julien Cendres ont précédemment publié Le Pays de Perche (éditions Proverbe, 2005).
biographies des auteurs
Christian Vallée est né " dans le monde de l'image " en 1946, à Paris. Il s'intéresse d'abord au théâtre vietnamien aux côtés de Roger Pic avant de collaborer, pendant plus de trente ans, avec plusieurs cinéastes parmi lesquels Claude Chabrol, Jacques Doillon, Jean-Michel Ribes ou Agnès Varda. Ses photographies de reportage (Cuba, Philippines, Arabie Saoudite, etc.), ses travaux publicitaires, ses " natures mortes et paysages " font l'objet d'expositions et de publications dans la presse, en France comme à l'étranger.
Julien Cendres est notamment l'auteur de Déserts... (Saint-Germain-des-Prés, 1983), Solitudes foisonnières (Les Lettres Libres, 1985), A la splendeur abandonné (Régine Deforges, 1991/Joëlle Losfeld, 2002), Femme selon Chantal Thomass (Flammarion, 2001), Affinités licencieuses (Mille et une Nuits, 2003), ainsi que de nombreux textes parus dans divers magazines, revues et anthologies littéraires. En collaboration avec Chloé Radiguet, il a consacré plusieurs livres à l'œuvre de Raymond Radiguet.
extrait
revue de presse