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Il faut croire que le filon du Buena Vista Social Club est encore loin d'être épuisé. Prenez Nick Gold (producteur), un artiste cubain agé de 70 ans minimum, quelques grosses pointures aux manettes et aux guitares, et vous obtenez un album dans la droite ligne du Buena Vista Social Club : authenticité garantie et boléros à fendre l'âme.
La mode gérontocratique lancée par Ry Cooder et Wim Wenders en 1998 se révèle être un excellent fond de commerce. Dommage pour les jeunes artistes cubains de la scène hip hop.
Heureusement, Omara Portuondo a une voix toujours aussi claire et émouvante, et c'est sans doute ce qui sauve, une fois de plus, cet album de l'enterrement de première classe. Pas de grosses surprises donc, et toujours des chansons aux paroles aussi prévisibles (ven a ver mi Cuba feliz, ven a ver los cubanos gozar, que linda es mi Havana etc...), mais les arrangements ont été particulièrement soignés et donnent une touche un peu originale à ce nouvel opus.
Soyons honnête Nick Gold a tout de même pris la précaution de renouveller un peu le personnel : on retrouve quelques stars habitués des studios Egrem comme Cachaito, Anga Diaz ou Amadito Valdes, mais aussi le jeune et talentueux pianiste Roberto Fonseca, issu des meilleures formations jazz et hip hop de la Havane.
Les guitaristes très présents sur tous les titres, sont venus cachetonner en nombre avec la participation de Papi Oviendo au Tres, du légendaire Manuel Galban à la guitare électrique, du Brézilien Swami Jr et sa guitare 7 cordes, ainsi que des ex-Irakéré Carlos Emilio et Jorge Chicoy.
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Omara Portuondo est née à la Havane en octobre 1930. Sa mère, qui venait dune riche famille espagnole, était supposée épouser un homme de la bonne société. Mais cest avec un grand et beau joueur de base-ball de léquipe nationale cubaine quelle est partie, celui quelle aimait. Il était noir. A cette époque, les mariages mixtes étaient encore très mal vus à Cuba : « ma mère a toujours caché le fait quelle était mariée avec un Noir. Sils tombaient lun sur lautre sans la rue, il fallait quils signorent. Par contre, à la maison, ils recréaient ce que la société leur refusait un havre de paix et dharmonie. Ils saimaient très fort », raconte-t-elle.
Ils eurent trois enfants et, comme dans nimporte quelle maison cubaine, la musique règnait. Il ny avait pas de gramophone, faute de moyens, mais les voix des parents dOmara résonnaient sans cesse : ils chantaient dans la cuisine ou en vaquant à leurs occupations quotidiennes.
Son premier album solo, Magia Negra, est sortit en 1959. Cétait une entreprise audacieuse, voyage entre la musique cubaine et le jazz nord-américain ; on y trouve une version de That Old Black Magic et de Caravan de Duke Ellington.
Elle chantait avec le groupe dans un hôtel de Miami quand éclata la crise des missiles cubains, qui aboutit à la rupture des relations avec les États-Unis et à la longue isolation de lîle. Omara et Haydee rentrèrent immédiatement au pays.
En fait, ce nest quen 1967 quelle se décida à poursuivre une carrière en solo : « Tant de chanteurs sétaient exilés quil y avait un vide à remplir » dit-elle. Elle représenta alors Cuba dans les différents Festivals internationaux.
Les années qui suivirent la révolution furent difficiles pour lîle, coupée de lOccident. En 1970, Omara se souvient que presque toute la population cubaine sengagea dans une tentative de record pour la récolte de la canne à sucre : « les gens des villes participaient à la récolte de la canne à sucre dans les champs et nous, les artistes, y allions les dimanche pour chanter et les distraire après leurs dures journées» se souvient-elle.
Mais cest Juan de Marcos Gonzalez qui linvita immédiatement à chanter Veinte años avec Compay Segundo, et surtout le sublime Silencio en duo avec Ibrahim Ferrer, qui devirent deux temps forts de lalbum. Silencio reste un instant magique dans le film Buena Vista Social Club de Wim Wenders.
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«Flor de amor» est le second album de la Diva du Buena Vista Social Club.
Pour la production, Nick Gold a en effet souhaité sadjoindre les services du jeune et novateur Alé de Siquiera (Caetano Veloso, Carlhinos Brown, Tribalistas) : «jai voulu ajouter une autre lumière à cet album. En fait Flor de Amor résulte dune collaboration très productive entre Alé, Demetrio Muniz, Jerry Boys et moi-même. Nous voulions vraiment travailler à mettre en valeur la voix dOmara. Chaque chanson est une mise en scène, où nous avons tenté de créer toute une atmosphère individuelle» explique-t-il.
(Demetrio Muniz est larrangeur dOmara et dIbrahim Ferrer ; Jerry Boys, lingénieur du son de World Circuit)
«Flor de amor» a été enregistré au cur des fameux studios Egrem à La Havane, en septembre 2003 avec une sélection dexcellents musiciens de Cuba et dailleurs. La richesse de la texture du son révèle Omara comme une chanteuse à la fois chaleureuse et dramatique. Son expressivité est telle, que même en chantant pour la première fois en portugais, sur le langoureux «Casa Calor» - que Carlinhos Brown a spécialement composé pour elle - Omara nous déroule le film de la chanson.
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| photos Youri Lenquette et E.Martinez |
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