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Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.2086 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane |
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Bebo Valdés est une figure cardinale de la musique latine. Né à Quivican (Cuba) en 1918, il a débuté sa carrière comme pianiste de l'orchestre de Julio Cueva avant de rejoindre l'orchestre du Tropicana, sous la direction d'Armando Romeu. A partir de là, il ne s'est plus arrêté. En 1948, il devient directeur musical du célèbre cabaret. En 1951, le producteur américain Norman Granz lui confie la mission d'enregistrer la première descarga (jam session) de jazz cubain, pour satisfaire à la curiosité que cette musique éveillait à New York. Par l'orchestre de Bebo Valdés passe brièvement un chanteur qui deviendra une légende : Beny Moré. Bebo crée un rythme, le batanga, en réponse au mambo. Il fut aussi le directeur musical du célèbre crooner chilien Lucho Gatica.
Aujourd'hui, Diego El Cigala est un des artistes les plus importants du flamenco, et son disque enregistré en public, en 2001, au Teatro Real de Madrid, accompagné par la guitare de Niño Josele, le montre au sommet de son art. Diego est le cantaor actuel le plus ouvert aux aventures musicales. Il travaille régulièrement avec le trompettiste de jazz Jerry Gonzalez. Et il a une relation privilégiée avec Fernando Trueba : "Sa rencontre a marqué un tournant dans ma carrière, confie Diego. Il aime passionnément la musique et le flamenco." Le chanteur est aussi élogieux pour Bebo Valdés : "J'ai tout appris avec lui. Dans chaque minute passée à ses côtés, il y a un enseignement." |
| Le charme irrésistible de l'ambiguïté | |
Sur ce disque insolite, le cantaor Diego El Cigala chante des boléros et des rythmes afro-cubains. Il chante de vrais boléros, en respectant la cadence propre au genre. Mais son timbre de voix, incontestablement gitan, les tournures et les mélismes du flamenco, auxquels il ne peut renoncer car ils font partie de lui-même, donnent aux chansons une part d'ambiguïté qui peut déconcerter. Qu'entendons-nous ? Une rumba, mais venue d'où ? Une guajira d'Andalousie, ou de l'autre rive de l'Atlantique ? Une zambra, ou un danzon ? Les doutes sont levés par l'extraordinaire piano cubain de Bebo Valdés, qui apporte le feeling et le rythme de la musique de son pays pour marquer avec autorité l'origine caribéenne de ce que nous écoutons. Cette certitude, cependant, n'invalide pas la composante flamenca qu'El Cigala ne peut s'empêcher d'apporter. Une composante que parfois Bebo Valdés recueille et développe à sa façon, à travers d'admirables variations improvisées. Il ne s'agit pas de concessions mutuelles et délibérées. Ici, tout est sincère et spontané. La passion et la vérité que chacun des deux interprètes met en jeu exercent un irrésistible pouvoir d'attraction sur l'autre. Il en résulte un extraordinaire mélange où la chanson caraïbe évoque le chant flamenco, et inversement. Il arrive la même chose quand Bebo et El Cigala s'aventurent dans des territoires qui en principe leur sont étrangers, pour nous livrer de très personnelles déclinaisons du tango et de la bossa nova, dans lesquelles un violon (Federico Britos) et la voix de Caetano Veloso, qui récite un de ses poèmes au cur d'une chanson de Vinicius de Moraes, deviennent des cachets qui certifient l'origine de produits, qui, si nous nous en tenions à l'apport du Cubain et du gitan, seraient peut-être difficiles à situer. Le mélange gagne en richesse et en complexité grâce à la présence, en tant qu'invités, d'exceptionnels artistes, parmi lesquels rien moins que Paquito D'Rivera et Niño Josele. Leurs interventions illuminent d'éblouissants éclats certaines parties de l'ensemble, que nous percevons dans toute leur pureté, si l'on peut parler de pureté concernant les musiques d'Espagne et d'Amérique latine, issues à l'image de ceux qui les créent et les interprètent, des métissages les plus variés. Cet enregistrement fut peut-être conçu comme une expérience pour démontrer que, sous la diversité de ces musiques, se trouve un nombre plus ou moins grand d'éléments communs qui nous permet de reconnaître quelque chose qui nous est propre dans chacune d'elles. Angel González (Traduction texte du livret, extraits) |
| El Cigala et le pianiste |
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| Quand Diego, le cantaor de flamenco, et Bebo, le pianiste cubain, ont enregistré pour la première fois, même les techniciens pleuraient. Et ce n'était qu'une répétition C'est l'histoire d'un coup de foudre, musical et sentimental. D'un choc partagé. D'une rencontre miraculeuse. Un jour de 2000, à Madrid, Diego El Cigala assiste au montage du film "Calle 54", hommage de Fernando Trueba à quelques-uns des génies nombreux et méconnus que Cuba a donnés à la musique. En entendant Bebo Valdés et Cachao interpréter un standard cubain, "Lágrimas negras", il est bouleversé. "Il faut que je rencontre ce Bebo, présente-le moi", dit-il à Fernando Trueba, producteur et cinéaste. Peu après, Bebo est à Madrid pour un festival de jazz. Trueba joue les entremetteurs. Tout commence... A croire que ces deux-là ne pouvaient pas ne pas se rencontrer. Qu'un génie malin avait tout combiné. L'un, Bebo, a alors 83 ans. Il a quitté Cuba depuis plus d'un demi-siècle, fuyant la dictature, et vit à Stockholm. L'autre, Ramon Jimenez Salazar, dit Diego El Cigala, est né à Madrid, dans le quartier gitan du Rastro, en 1968. Un vieux pianiste noir, à la solide formation classique. Un jeune cantaor, issu d'une double lignée de chanteurs et de musiciens gitans (de Salamanque, par sa mère, de Cordoue, par son père), et qui ne sait pas distinguer une noire d'une blanche. Le jazz et le flamenco. La nostalgie afro-cubaine et le cante jondo. Noces improbables. Entente magique. Le duende, dit-on en Espagne. Diego est en train de graver l'album "Corren tiempos de alegría". Il invite le vieux monsieur à jouer trois morceaux avec lui, dont le célèbre boléro "Amar y vivir". La fluidité, l'élégance du jeu de Bebo, la voix déchirée de Diego, comme un sanglot contenu, sans une ombre de pathos. "Je me rappellerai toujours ce dimanche matin, quand Diego et Bebo ont enregistré ensemble pour la première fois, dit Fernando Trueba. Les larmes inondaient le studio. Même les techniciens pleuraient." Ce n'est encore qu'une répétition. Un album suivra, "Lágrimas negras", enregistré fin 2002. Sorti en 2003 en Espagne, il s'est vendu à 250 000 exemplaires. Extrait d'un article de Claude Weill paru dans le Nouvel Observateur, avril 2004 |
