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ricardo gonzalez Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.
2086 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane
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Le problème avec Omar Sosa c'est que l'on a du mal à ne pas l'aimer, à lui trouver un petit défaut : chaque album est une surprise, une découverte d'une nouvelle facette de sa personnalité. En fait il est trop inventif, trop créatif : voilà son défaut. A chaque fois il se remet en question trouve de nouveaux musiciens et teste de nouveaux instruments.
Les pantouflards bien installé dans le ronronnement rassurant des "Chan Chan" et autres mélodies gérontocratiques risquent de ne pas aimer.

Dans ce nouvel album, il y a beaucoup de moments calmes, de mélodie épurées, de note égrénées comme autant de tentatives d'harmonisation de tous les genres musicaux qui peuplent cet excursion à travers une pluralité de genres imbriqués. Omar le virtuose s'est un peu assagi, et ça lui réussit plutot bien : ne pas faire étalage de sa vélocité et de ses prouesses techniques est souvent un signe de maturité chez les pianistes.

Omar l'enchanteur, succède sans problème à Sosa le salsero, le rappeur conguero, charanguero, sonero etc...Omar Sosa est un musicien libre, inclassable qui vient d'un pays où on a longtemps rêvé de liberté avant de la perdre complètement pour s'enfermer dans des stéréotypes éculés. Il est le contrepoint de la musique officielle formatée pour l'exportation du Buena Vista Social Club : un talent à part qui s'exprime sur tous les registres.

Olivier Languepin novembre 2004

Le commentaire de l'éditeur

Omar Sosa, mai 2004, Barcelone
Comment rester fidèle à une tradition musicale et appartenir au monde entier? Comment être un artiste
moderne (et par conséquent un voyageur infatigable) sans renoncer à ses racines? Omar Sosa recherche des
sonorités nouvelles pour une musique qui est à la fois la sienne et ancrée dans la culture afro-cubaine. De
l'approche adoptée par Omar, Mulatos donne une idée précise: c'est un mélange de musique cubaine – qui
se balance sur des rythmes inspirés par le tabla indien ainsi que par des batteries de jazz – et de mixage en
studio. Ecouter le son de ce luth arabe qu'est l'oud, précurseur du tres cubain, et des mélodies qui lui
rappellent Paquito D'Rivera tout comme le répertoire des grands maîtres cubains, faire preuve d'originalité en
cherchant à assembler ces éléments et en passant à la réalisation de l'enregistrement, voilà ce qui fait d'Omar
Sosa un musicien moderne, un artiste inventif et courageux.

L'album Mulatos révèle le talent très personnel de Dhafer Youssef (oud), de Steve Argüelles
(batteries, instruments électroniques), de Dieter Ilg (contrebasse), de Philippe Foch (tabla) de Aziz Arradi
(guembri, qarqabas) et de Renaud Pion (clarinettes). A l'exception d'Omar Sosa et Paquito D’Rivera
(clarinette sur 3 morceaux), ces musiciens ont des rapports quelque peu distants, mais de respect et de
fascination, avec la musique cubaine. Les dons extraordinaires d'Omar comme compositeur, pianiste,
percussionniste au marimba (une nouveauté pour nombre de ses admirateurs) et sa qualité de meneur
charismatique entraînent une merveilleuse fusion entre ces musiciens et le résultat final est l'apothéose d'un
artiste de jazz cubain.
Voici le commentaire du coproducteur Steve Argüelles : "C'est un album solidement construit,
comme un film, dans le sens où la clarté avec laquelle les idées musicales sont exposées sert leur efficacité,
qu'il s'agisse d'une simple mélodie, d'un rythme étrange, des trouvailles électroniques qui apparaissent ça et
là, ou du chant d'Omar. Sa richesse restera intacte dans la mesure où il fera partie de ces disques préférés du
public qu'on passe et repasse continuellement, ce qui est un de nos principaux objectifs. Cet album raconte
une histoire, celle d'Omar et de son rapport au jazz, à la spiritualité et aux rythmes afro-cubains, au piano et à
l'esprit de libre expression."

Biographie de l'éditeur

Né à Cuba, à Camagüey, le 10 avril 1965, dans une famille de la petite bourgeoisie locale (son père est professeur d’histoire et de philosophie et sa mère, télé-opératrice) Omar commence d’étudier la musique à l’âge de huit ans au conservatoire municipal. Il s’initie notamment aux percussions (et plus précisément encore aux marimbas) et, après avoir brillamment obtenus ses diplômes, décide de poursuivre son apprentissage suivant le cursus ordinaire : Ecole Nationale de Musique de La Havane et enfin Institut Supérieur d'Art de La Havane. Parcours sans faute. Là il approfondit son étude des percussions dans une perspective toute classique et suit en parallèle une formation très académique de composition, d'harmonie, d'instrumentation, qui lui assure aujourd’hui des bases solides en matière d'écriture, ainsi qu'une bonne connaissance globale du vocabulaire et de la syntaxe de la musique occidentale au cours des siècles.

Fort de cette assise théorique, Omar s'intéresse alors au piano, et en fait très vite son instrument de prédilection. Même s’il ne l’étudie pas dans un cadre officiel, l'instrument le fascine pour son aspect à la fois orchestral et percussif. Il s’y consacre alors en priorité, mais son approche totalement autodidacte restera à jamais influencée par sa pratique des percussions. C’est ce style personnel, d’une grande audace rythmique, qui aujourd'hui fait sa singularité.

Omar commence alors à jouer dans des contextes très variés. Il faut dire que ses goûts sont on ne peut plus éclectiques. Totalement imprégné de culture cubaine depuis son enfance (depuis Irakere ou Paquito De Riveira en passant par Orquesta Aragon, Benny More, Chucho Valdes jusqu'aux groupes locaux les plus obscurs...), Omar, l’oreille collée à une toute petite radio sur laquelle il parvient parfois à capter des émissions venues des Etats-Unis, découvre dans une sorte d'exaltation liée à la transgression d'un interdit, le jazz, la pop, le funk... C’est l’époque également où des musiciens qui avaient émigré aux USA commencent à rentrer à Cuba en rapportant des cassettes, des disques d'autres formes de musique. Le pays s’entrouvre sur l'extérieur — Omar profite de ce courant d'air frais.

Pourtant, dés ce moment, ce qui fascine vraiment le jeune pianiste, au-delà des modes, c'est le jazz. Il pressent que cette musique basée sur la spontanéité et l’improvisation est une philosophie de vie, une école de la liberté. Il se procure les disques des grands pianistes (Oscar Peterson, Herbie Hancock, Chick Corea, Keith Jarrett) mais s’imprègne également des harmonies bop de Charlie Parker, des mélopées spiritualistes de John Coltrane et surtout découvre Thelonious Monk dont le style abrupt et dissonant devient sa référence. Il comprend alors que d'une manière ou d’une autre le jazz sera l’un des idiomes majeurs de sa musique à venir.

A la fin des années 80, riche de tous ces apports, Omar commence de travailler comme directeur musical auprès de chanteurs pop cubains (Vicente Feliu et Xiomara Laugart), puis en 1993 émigre en Equateur, à Quito, pour un voyage qui s’avérera décisif. Là, dans une petite enclave située sur la côte ouest du pays, il découvre une expression musicale folklorique originale, fortement attachée à ses racines africaines et commence de concevoir de façon précise une musique puissamment syncrétique qui saurait cristalliser toute la diversité d'expressions générée par la diasopra africaine. Il comprend que le swing, la danse, le rapport au corps, à la sensualité sont autant de qualités essentielles que l'on retrouve dans le jazz, les musiques portoricaine, caribéennes, cubaine, toutes ces expressions qui, au-delà de leurs différences stylistiques nés de métissages culturels toujours singuliers, ont toutes une origine commune : l'Afrique confisquée des esclaves.

Dès lors Omar a trouvé sa voie. Il crée un premier groupe d’inspiration « jazz fusion », Entrenoz, passe quelque temps en Espagne, à Palma de Majorque puis émigre fin 95 à San Francisco où il ne tarde pas à se faire un nom au sein d’une scène latine où son jeu explosif et ses conceptions avant-gardistes détonnent et séduisent.

Quelques mois après son arrivée, en 1996, il fait paraître son premier disque US sur la marque Ota Records, un enregistrement de piano solo intitulé Omar, Omar, suivi dans la foulée en 1997 par l’extraordinaire Free Roots, premier opus programmatique de ce qui s’avérera une trilogie majeure de la world music de cette fin de siècle (Free Roots, Spirits of the Roots (1998) et Bembon (2000)). Là, explose pour la première fois l’extraordinaire exubérance baroque d’une musique authentiquement futuriste progressant par accumulation, prolifération, répétitions. Des grooves rythmiques afro-cubains lancinants se métamorphosent soudain en pulsations urbaines complexes à la manière M’Base de Steve Coleman ; des traditions orales multiples s’enchevêtrent et se superposent, du slam (tchache hybride entre rap et poésie) aux mélopées yoruba ; des arrangements de cuivres épicés réinventent le latin jazz moribond… Sosa ose tout et d’un coup trouve son style. Le résultat est éblouissant d’inventivité.

Passant dès lors son temps entre l’Europe et les USA où sa musique rencontre soudain un vif intérêt, Sosa multiplie les projets dans les formats les plus variés : il enregistre en duo avec le percussionniste John Santos (Njumbe) ; fait paraître en 1999 un second disque solo intitulé Inside, magnifique dérive contemplative et impressionniste, mais surtout continue ses expérimentations orchestrales ne cessant de confronter son univers aux traditions musicales du monde entier. Avec Prietos (2001) et surtout Sentir (2002), deux oeuvres majeures, le pianiste ouvre alors son univers aux rythmes et fragrances du monde arabe. Avec un grand raffinement d’écriture, Sosa y fait s’entrechoquer les cultures (musiques gnawa, cubaine, jazz, traditions occidentales…), entremêle les langues (Arabe, Anglais, Portugais, Espagnol, Yoruba), marrie les traditions instrumentales (gembri, balafon, oud, djembe) et signe un authentique petit chef-d’?uvre d’intelligence musicale, récompensé un peu partout dans le monde par les plus hautes distinctions.

Stéphane Ollivier, août 2004

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