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ricardo gonzalez Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.
2086 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane
Rivero: rester à Cuba pour le raconter ( extraits)

Libéré le 30 novembre, le poète et journaliste indépendant Raúl Rivero raconte la prison, son parcours politique, son refus de l'exil.


Par Jean BARET


J'avais droit à vingt-cinq minutes de téléphone par semaine, et Blanca Reyes, ma femme, me faisait des synthèses de ce qui se passait. Et, tous les trois mois, pendant les deux heures de visite auxquelles nous avions droit, elle m'informait aussi, me disait que telle personne avait écrit tel article. Tout cela m'aidait à garder ma sérénité mentale. Car la première année a été très dure en prison : j'étais dans une cellule d'isolement, dans des conditions humiliantes. Je passais quatre heures à écrire, et autant à lire : comme une journée de travail. C'est ce que je m'étais fixé. Mais parfois, vu les conditions difficiles, ce rythme était bouleversé. Par exemple, il n'y avait de l'eau que quinze minutes par jour. Il fallait alors vite remplir les bouteilles, se laver rapidement. On nous sortait aussi quarante-cinq minutes au soleil, menottés, dans une cellule de mêmes dimensions (6 m2) mais sans toit. L'insomnie aussi pouvait influer sur ce programme : il y avait dans la cellule des grenouilles qui me sautaient dessus au milieu de la nuit et me réveillaient en sursaut, des grillons qui s'installaient dans un coin et m'empêchaient de dormir.

Il faut se constituer une sorte de forteresse spirituelle pour s'en sortir. Ces nouvelles que me transmettait Blanca étaient très importantes. Savoir qu'un ami en Espagne avait écrit un article, que Gallimard avait publié un de mes livres (je mourais d'envie de voir la couverture ! C'est le genre de choses importantes pour un écrivain...). Savoir qu'il y avait des personnes que j'aime beaucoup, et qui ont été très impliquées, comme Zoé Valdés, et d'autres que j'admire sans les connaître. Je ne m'attendais pas à une telle réaction, de la même façon que le gouvernement cubain ne s'y attendait pas.

Aviez-vous accès à des livres, à des journaux ?

Ma femme pouvait m'apporter des livres, et j'avais aussi un petit poste de radio, qui transmettait les informations cubaines. Mais pas de télévision, et, seulement de façon sporadique, Granma (quotidien officiel du Parti communiste cubain, ndlr), rien de plus. Mais j'ai pu recevoir des livres de poésie, des romans, un dictionnaire de la langue espagnole, qui m'a aidé pour écrire mes poésies. La poésie a été un refuge ; j'ai même écrit un livre de poèmes en prison.

C'était plus compliqué pour sortir les textes de la prison. La police avait fixé un thème : ce ne devait être que des poèmes d'amour. Alors je les donnais à un officier de la police politique et les poèmes «approuvés» étaient transmis à mon épouse. Ce livre, qui est donc passé par les yeux attentifs de la police, va bientôt sortir en Espagne. Ceux qui n'étaient pas approuvés m'étaient rendus, et il y en avait d'autres que je ne soumettais pas à la lecture, parce qu'ils touchaient à d'autres thèmes : l'expérience en prison, les histoires de détenus, des petits événements. Par exemple, un jour, un papillon est passé devant la fenêtre grillagée de la cellule, et j'ai passé toute la journée à attendre qu'il repasse. Il n'est pas revenu, alors je l'ai imaginé et j'ai écrit un texte. Dans une cellule d'isolement, la vie s'arrête, on reste seul avec ses souvenirs. ça a été une étape très sombre, j'avais une condamnation très lourde (vingt ans de prison, ndlr), j'avais déjà 57 ans au moment de mon arrestation, je ne savais pas quand j'allais sortir de là... parfois je me sentais étouffé, par l'éloignement de ma famille, de ma mère, très âgée, de mes filles.

Après un an dans cette cellule, les autorités vous ont transféré dans un autre bâtiment. Les conditions de détention ont-elles changé ?

On m'a transféré dans un bâtiment avec 140 prisonniers de droit commun. Là, je partageais ma cellule avec deux autres prisonniers. Il y avait de l'eau que l'on pouvait stocker, plus de facilités pour se laver. Je pouvais marcher, à des heures fixes, dans un couloir ; je pouvais discuter avec d'autres détenus, jouer aux dominos ou aux échecs, et regarder la télévision. Les prisonniers de droit commun m'appelaient «le politique», «le vieux». La population carcérale cubaine est très jeune, 20-30 ans, pour eux j'étais un vieillard. Je ne parlais de politique avec aucun de mes codétenus, je savais qu'ils en avaient déjà assez avec leurs propres problèmes. Mais j'ai eu des relations réellement amicales avec certaines personnes, qui ont été solidaires avec moi dans des moments très difficiles.

.../...


Les articles de votre agence de presse n'étaient pas publiés à Cuba même ?

On nous a accusés de publier aux Etats-Unis. C'est simple : si les exilés cubains étaient allés vivre à Haïti au lieu de la Floride, j'aurais écrit mes papiers en créole ! Mais ils vivent à Miami ! C'est là qu'il y a de l'intérêt pour ce qui se passe à Cuba. Et puis il y a eu une distorsion : comme, à Cuba, tous les journaux appartiennent au gouvernement, quand tu dis ici que tu travailles pour un journal américain, on croit que tu travailles pour le gouvernement américain. Moi je travaillais pour El Nuevo Herald, un journal de Miami qui ne se prive pas d'attaquer quand il le faut le gouvernement américain. J'ai dit et répété que, si l'on me donnait dix minutes quotidiennes sur une radio ici à Cuba, je n'écrirais plus pour être lu à l'étranger : ce n'est pas ce qui m'intéresse. Cuba n'est pas la propriété privée de qui que ce soit, c'est mon pays à moi aussi, c'est aussi ma patrie, où sont nés mes arrière-grands-parents... Tout ce que je fais, c'est d'écrire avec honnêteté ce qui se passe dans mon pays : il ne s'agit pas de faire de la propagande contre le gouvernement.

Propos recueilli par Jean Baret à la Havane

02 décembre 2008
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