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Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.2124 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane |
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Comment fait on pour être publié à Cuba ? On s'adresse à une des maisons d'éditions : toutes appartiennent à l'État et pratiquent plus ou moins la même politique. S' il s'agit d'un livre dont le contenu ne pose aucun problème politique, le directeur de la maison d'édition décide seul. Sinon il demande une médiation de l'UNEAC qui peut réclamer des modifications. Cela vous est arrivé ? Oui, j'ai remis mon premier roman à Abel Prieto (actuel ministre de la culture et ex président de l'UNEAC) en 1991 mais il a été publié sans que l'on change un seul mot. Grâce au genre policier j'ai réussi à accentuer le coté critique sociale en restant dans les limites du possible. Certains pensent que je suis au delà des limites car mes romans parlent ouvertement de meurtres, de viols, de commerce clandestin et de corruption de fonctionnaires. Il y a dix ans cela aurait été impossible. Ce n'est que depuis le début des années 90 que la littérature cubaine a commencé à introduire une vision plus critique de la société comme avec le roman de Senel Paz qui a été adapté au cinéma sous le titre "Fresa y chocolate". Y a t'il un avenir pour un écrivain à Cuba ? Le système ne fonctionne pas ici selon les règles du marché : par exemple les droits d'auteurs sont payés une fois pour toutes en fonction du nombre de pages, indépendamment du tirage. Un roman m'est payé l'équivalent de 800 francs par le gouvernement. C'est pourquoi tout le monde cherche à se faire publier à l'étranger. La plupart des écrivains cubains sont inconnus dans leur pays : c'est un système paternaliste qui privilégie la poésie et les contes alors que les gens préfèrent les romans. Il se publie en moyenne une vingtaine de romans par an (tirage moyen de 4000 exemplaires) à cause des limitations dues à la pénurie de papier. Mon premier roman (pasado perfecto) a été publié à Mexico en 1992 et seulement en 1995 à Cuba. Avez vous déjà pensé à l'exil comme beaucoup d'autres ? Je ne crois pas à l'exil en ce qui me concerne. L'identité et la réalité cubaine d'aujourd'hui m'obsèdent : je veux rester à Cuba absolument car je ne pourrais pas vivre ailleurs. Il y a ici une ambiance très particulière dans la façon qu'ont les gens de se comporter , de vivre et d'entrer en contact. C'est un autre rythme de vie qui me convient en tant qu'écrivain. La période spéciale a t'elle changé votre point de vue ? Cela a été une tragédie, un choc terrible pour les gens de ma génération qui ont été élevé pendant 35 ans en pensant que le socialisme était un processus ascendant et inéluctable. La période spéciale a tué tous les rêves du socialisme : il y a une incertitude énorme sur le futur, les gens vivent au jour le jour. Mais pour un romancier ce chaos est une source d'inspiration irremplaçable. Votre dernier roman a pour titre "mascaras" (masques), est ce que tout le monde porte un masque à Cuba ? D'une certaine façon beaucoup de gens y sont contraints par le système : c'est ce qu'on appelle ici la double, triple ou quadruple morale. Les personne se comportent en fonction de la situation pour ne pas courir de risques. Le catholique, l'homosexuel, le non communiste ont appris à se dissimuler pour survivre. Mais la crise actuelle a desserré l'emprise de l'État : il a perdu le contrôle qu'il avait sur tous les aspects de la vie quotidienne, il n'est plus capable de subvenir à tous les besoins comme auparavant. C'est la fin d'une époque et des milliers de cubains doivent survivre par leurs propres moyens. Extrait de "Cuba, la faillite d'une utopie". Copyright © 1999 Olivier Languepin / Éditions Gallimard. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'auteur. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'auteur. |
