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La face cachée du Che

La face cachée du CheQuel est le point commun y a t’il entre Thierry Henry, Diego Maradonna, Carlos Santana et Mike Tyson ? Tous ont affiché d’une façon ou d’une autre leur attachement à Che Guevara, de façon symbolique et vestimentaire le plus souvent, mais l’ancien champion du monde des poids lourds allant jusqu’à se faire tatouer le portrait du Che sur l’abdomen. Que savent exactement de Che Guevara les millions de personnes qui brandissent régulièrement son portrait dans les manifestations ? Pas grand chose en vérité, car l’histoire de celui que les Cubains ont surnommé “le petit boucher de la Cabana”, est longtemps restée un mystère.

“J’ai longtemps figuré parmi les admirateurs de Che Guevara” confesse Jacobo Machover dans une phrase d’introduction quasi proustienne de son dernier essai. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas le seul à avoir commis cette erreur de jeunesse. En effet qui n’a jamais eu son T shirt, ou son poster “Che” pour souligner son esprit de rébellion, où son attachement, même très théorique, aux idéaux révolutionnaires ? “La figure du Che est devenue oecuménique” poursuit Machover “elle a perdu tout sens. Elle reflète un mélange de modernité, d’idéalisme vers un futur plus attractif, et de nostalgie envers un temps qui n’est plus.”

Durant les premiers mois qui suivent la victoire de la révolution cubaine, le comandante Guevara se retrouve à la tête de la prison de la Cabana, une ancienne forteresse coloniale de La Havane. Sa mission : superviser les exécutions des anciens du régime de Batista, puis de révolutionnaires jugés trop timorés. Les tribunaux révolutionnaires siègent sans discontinuer dans toutes les casernes, sous les ordres de Raúl Castro, le frère de Fidel et à la Cabaña sous les ordres de Guevara. Dariel Alarcón Ramírez, dit « Benigno » ancien compagnon d’arme du Che recueille les témoignages des soldats qui décrivent Guevara observant les exécutions, en fumant un cigare sur le mur qui surplombe le fossé de la forteresse. « Pour ces soldats qui, jamais auparavant, n’avaient vu le Che, c’était quelque chose d’important. Cela leur donnait beaucoup de courage », raconte-t-il aujourd’hui.

Après un discours devant l’assemblée générale des Nations unies le 11 décembre 1964, Guevara est interrogé par les délégués de certains pays latino-américains et par celui des Etats-Unis sur la répression dans l’île. Il répond sans ambages : « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort. ». Curieusement, le monde a conservé du Che l’image d’un martyr idéaliste, alors que son autoritarisme et sa rigidité sur les principes étaient bien connue de ses proches.

À partir de 1960, Guevara est nommé gouverneur de la Banque centrale de Cuba : les billets de banque cubain, qui ne valent bientôt plus rien, portent désormais la signature du plus célèbre des révolutionnaires latino-américains. Devenu ministre de l’Industrie en 1961, le Che s’engage totalement en faveur d’un modèle économique soviétique hyper centralisé et bureaucratique dont l’efficacité, jamais démontrée, reposait sur l’étatisation et la destruction de la propriété privée. Le 26 juin 1961, le Che affirme que « les travailleurs cubains doivent petit à petit s’habituer à un régime de collectivisme. En aucune manière les travailleurs n’ont le droit de faire grève. »

Le Che est partout, mais il n’est nulle part dans ce qui reste du socialisme cubain dont il avait lui-même posé les bases. Pas un jour sans que la propagande officielle ne célèbre un des faits d’armes de l’autre Comandante, ou ne rappelle une de ses citations pour tenter de démontrer laborieusement la fidélité du régime castriste aux idéaux du Che. Granma a beau insister lourdement sur son goût pour le travail volontaire et ressasser ses efforts pour augmenter la productivité et l’émulation, il ne reste pas grand-chose dans le Cuba d’aujourd’hui de « l’homme nouveau » que la révolution devait engendrer selon le Che. “Le Che mort deviendrait le meilleur ambassadeur planétaire de la révolution cubaine, ce qu’il n’avait pas été de don vivant” résume Machover.

La face cachée du Che de Jacobo Machover est publié aux éditions Buchet Chastel.

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Cuba la faillite d’une utopie

Dans cette nouvelle édition entièrement remise à jour, l’auteur continue de tordre le cou aux grands mythes de la révolution cubaine. Histoire, économie, société, culture, politique étrangère et embargo américain : les principales donnée de l’équation cubaine sont examinées.
Cet ouvrage comprend également de nombreux articles de journalistes du Monde consacrés à Cuba, en particulier de Paulo Paranagua, le spécialiste de l’Amérique Latine au Monde. On pourra lire notamment des interviews récents de Manuel Cuesta Morua (opposition social démocrate) ou de Marifeli Perez-Stable (dialogue inter américain).

présentation de l’éditeur

Cet ouvrage est une référence par la qualité de son information comme par sa mise à distance de l’histoire officielle, quelle soit castriste ou anticastriste.

Après une perspective historique critique (« De l’indépendance à la révolution » ; « Le socialisme des Caraïbes »), Olivier Languepin nous conduit dans le vif du sujet : « L’économie dans la tourmente » ; « Société : la fin des certitudes » ; « Le peuple : tensions et réconciliations » ; enfin, question longtemps tenue pour un tabou mais désormais ouvertement posée : « Quelle transition pour Cuba ? ». À l’heure d’une percée diplomatique rendue possible par le basculement de l’Amérique latine vers la gauche, social-démocrate ou populiste, le régime balance entre ouverture et raidissement répressif contre ses opposants, devinant combien l’alternative démocratique demeure aujourd’hui encore à construire.

extrait

Cuba sans Fidel Castro ? Depuis un certain temps toutes les interrogations et les prévisions semblent se concentrer autour d’un seul événement : la disparition de celui qui a personnalisé la révolution cubaine pendant près d’un demi siècle. La mort de Castro serait la clé de l’évolution, ou de la disparition, d’un système collectiviste et autoritaire qui régente l’île depuis 1959. Avec le cadavre du « comandante », on enterrerait ainsi paisiblement et sans remords, une sorte d’accident dans la chronologie cubaine. En vérité cette perspective ne semble pas très réaliste : il sera sans doute malaisé de rayer d’un trait de plume une expérience aussi radicale, ne serait ce que parce que Cuba a accumulé un retard économique considérable pendant cette période.

Aujourd’hui encore Cuba n’a probablement pas retrouvé son niveau de vie de 1989, lorsque l’Union Soviétique subventionnait généreusement sa tête de pont dans le golfe du Mexique. Les années 1990 ont été une décennie perdue pour l’économie cubaine qui a fait un bond en arrière de dix ans. L’effondrement de la production suite à l’arrêt des subventions en provenance d’Union soviétique a amputé le revenu des Cubains d’au moins 40 %.

L’ex-danseuse de l’Union soviétique n’en finit pas de payer son alignement sur Moscou : son mécène s’est évanoui et a laissé en héritage un appareil de production vieillot et inefficace. Privée des subsides du grand frère soviétique, le délabrement de l’économie cubaine est apparu au grand jour . Les réformes nécessaires n’ont pas eu lieu, et jusqu’au bout le caudillo vieillissant s’est accroché au modèle hyper centralisé et planificateur qui a fait la ruine de son pays. Dans sa volonté de tout régenter, de tout contrôler, Fidel Castro a tardivement accepté une timide ouverture vers le tourisme et les capitaux étrangers pour sauver son pays de la banqueroute. La « période spéciale » a réduit le quotidien des Cubains à une pénible survie au jour le jour avec comme seule perspective la fuite vers l’étranger.

Pour commencer le troisième millénaire, Cuba s’est trouvé un nouvel et providentiel allié, un autre « comandante » en la personne d’Hugo Chavez. La phraséologie tropicalo communiste laisse place à la rhétorique « bolivarienne » du nouveau bienfaiteur de Castro : le Venezuela, dont la manne pétrolière arrive à point nommé pour sortir Cuba de son ataxie.

Au prix de multiples contorsions idéologiques, le dogme reste intact, du moins en apparence, car les nécessités de la « lutte » au quotidien ont réduit le socialisme à un décor de pacotille.

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L’éternité de l’instant, de Zoé Valdés

Zoé Valdés revient en grande forme avec ce roman qui retrace l’épopée sur plusieurs générations d’une famille chinoise immigrée à Cuba au début du siècle. Le personnage principal est inspiré du propre grand père (maternel) de l’auteur.

Dans cette longue histoire d’exil et de séparation, une histoire déjà bien cubaine, Zoé Valdés part à la recherche de ses origines et s’empare de la mythologie chinoise pour en faire une nouvelle source d’inspiration.

C’est peut-être aussi pour elle une manière de conjurer le sort qui la relie pour toujours à son île maudite : retrouver une partie de son passé dans un pays lointain.

Cette nouvelle escapade qui passe par les caravanes de contrebandiers des déserts chinois, un trafficant d’esclaves pour le compte d’une hacienda mexicaine avant de se terminer à La Havane, resitue Zoé Valdés dans ce qu’elle a de meilleur.

Présentation de l’éditeur

Lola est la petite-fille préférée de Maximiliano Megia, et c’est uniquement pour elle qu’il accepte de rompre le silence dans lequel il s’est réfugié depuis que sa femme a quitté Cuba, le laissant seul avec ses cinq enfants. Son histoire débute en Chine : né de l’union très heureuse d’un célèbre chanteur d’opéra traditionnel, Li Ying, et de Mei, une jeune calligraphe, Maximiliano – Mo Ying de son vrai nom – est doté d’une intelligence et d’une sensibilité rares. Mais lorsque sa famille reste sans nouvelles de son père, parti à l’étranger comme des milliers de Chinois au début du XXe siècle pour échapper à la misère, Mo Ying s’exile à son tour pour essayer de le retrouver. Après bien des péripéties, devenu Maximiliano Megia au Mexique, il débarque à Cuba…

L’éternité de l’instant constitue une nouvelle preuve éclatante du talent romanesque de Zoé Valdés. Dans une foisonnante mosaïque d’histoires et d’aventures, son pouvoir d’évocation est mis au service d’une émouvante quête d’identité et de sens.
Zoé Valdés revient en grande forme avec ce roman qui retrace l’épopée sur plusieurs générations d’une famille chinoise immigrée à Cuba au début du siècle. Le personnage principal est inspiré du propre grand père (maternel) de l’auteur.

Poète, romancière et scénariste, Zoé Valdés est née en 1959 à La Havane. Interdite de séjour à Cuba depuis 1995, elle vit à Paris. Elle a reçu les plus importantes distinctions littéraires en Espagne et ses livres sont traduits dans de nombreux pays. L’éternité de l’instant est son sixième livre aux Éditions Gallimard.

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Gabriel Garcia Marquez, 80 ans de solitude

Les journaux, radios et télévisions se sont joints à l’hommage en consacrant d’innombrables émissions à l’écrivain. La radio privée “Radio Cadena Nacional” a lu des passages de “Cent ans de solitude” dans une vingtaine de langues.

Le président colombien, Alvaro Uribe a adressé un message au romancier pour le remercier pour tout ce qu’il a apporté à son pays. “Merci maître, écrit-il, pour votre amour pour la Colombie, pour votre engagement de vrai démocrate, pour votre lutte inlassable en faveur des droits de l’homme et pour votre travail en tant que journaliste et chroniqueur de notre réalité”.

Garcia Marquez, qui vit au Mexique, s’est excusé de ne pas pouvoir assister aux cérémonies en son honneur en Colombie. L’hommage au plus célèbre des écrivains vivants de langue espagnole atteindra son paroxysme le 26 mars à Cartagena (nord-ouest) avec la publication par les Académies de la langue d’un million d’exemplaires de “Cent ans de solitude”.

Gabriel Garcia Marquez est aussi connu pour son indéfectible soutien au dictateur communiste cubain Fidel Castro. Ironiquement, certains passage d’une de ses oeuvres majeures, “L’automne du patriarche”, semblent avoir été écris pour décrire la situation actuelle de Castro.

Nous nous trouvions inertes devant cette évidence, face à un corps pestilentiel que nous étions incapables de remplacer dans le monde car il s’était refusé dans ses instances séniles à prendre aucune décision sur le destin de la patrie après lui, il avait résisté avec l’entêtement invincible de la vieillesse à toutes les suggestions qui lui furent proposées…

Gabriel Garcia Marquez, ami personnel de Fidel Castro, n’a évidemment pas écrit ce texte en pensant à Castro, mais plutôt aux vieux caudillos latinos américains du style Trujillo. Mais de fait, le texte semble ironiquement avoir été écrit précisément pour décrire la fin de règne de Fidel. Dans son édition de janvier/février 2007, le magazine américain Foreign Policy donne la parole à Carlos Alberto Montaner, journaliste cubain exilé en Espagne. Lui aussi pense que Castro appartient à la même catégorie que l’ex président dictateur Dominicain.

« Le pouvoir de Fidel Castro n’est pas transférable. Il a beau être communiste, il appartient au même stock anthropologique que Francisco Franco ou Rafael Trujillo : le militaire autocratique. Ce type d’autorité basée sur un mélange de respect et de peur ne peut pas être transférée. » prédit Carlos Alberto Montaner.

Gabriel García Márquez, auteur colombien, journaliste et activiste politique est né le 6 mars 1928 à Aracataca, petit village du nord de la Colombie. Il vit actuellement à Mexico où il se bat contre le cancer.

García Márquez a débuté sa carrière comme journaliste pour le quotidien colombien El Espectador. Par la suite, il a été correspondant à Paris, Rome, Barcelone, Caracas et à New York.

C’est en 1982 que Gabriel García Márquez reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre. Son chef d’œuvre est Cent ans de solitude, le récit d’une famille sur plusieurs générations vivant dans une ville imaginaire. Ses autres œuvres célèbres incluent Chronique d’une mort annoncée et L’amour aux temps du choléra.

En 2002, García Márquez a publié “Vivre pour la raconter”, le premier volume de ses mémoires (qui devraient en compter trois), livre qui a connu un succès immense dans les pays hispanophones.

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L’automne du patriarche à Cuba

« … Le peu de journaux qui se publiaient encore étaient dédiés à proclamer son éternité et à falsifier sa splendeur avec des images d’archives, ils nous le montraient jour après jour dans ce temps statique de la une, vêtu de l’uniforme tenace des cinq soleils tristes du temps de sa gloire, avec plus d’autorité, d’agilité, de santé que jamais, même si depuis des années nous avions perdu le compte de ses années à lui, il inaugurait à nouveau des monuments connus et des installations de service public que personne ne connaissait dans la vie réelle, il présidait des réunions solennelles que l’on disait d’hier et qui en réalité dataient du siècle dernier…
… nous nous trouvions inertes devant cette évidence, face à un corps pestilentiel que nous étions incapables de remplacer dans le monde car il s’était refusé dans ses instances séniles à prendre aucune décision sur le destin de la patrie après lui, il avait résisté avec l’entêtement invincible de la vieillesse à toutes les suggestions qui lui furent proposées… il était si lucide et si têtu que nous n’avions obtenu de lui que des réponses évasives et des délais chaque fois que nous abordions l’urgence d’organiser son héritage, car il disait que penser le monde après soi était quelque chose qui portait autant malheur que la mort elle-même, au diable, si de toute façon après ma mort les politiciens reviendront pour se répartir ce fourreau, vous verrez, disait-il, ils se répartiront à nouveau tout entre les curés, les gringos et les riches, et rien pour les pauvres…»

L’automne du patriarche, Gabriel Garcia Marquez, 1975.

voir http://fragmentsdile.blogspot.com/ pour la citation complète

Gabriel Garcia Marquez, ami personnel de Fidel Castro, n’a évidemment pas écrit ce texte en pensant à Castro, mais plutôt aux vieux caudillos latinos américains du style Trujillo. Mais de fait, le texte semble ironiquement avoir été écrit précisément pour décrire la fin de règne de Fidel. Dans sa dernière édition (janvier/février 2007) le magazine américain Foreign Policy donne la parole à Carlos Alberto Montaner, journaliste cubain exilé en Espagne. Lui aussi pense que Castro appartient à la même catégorie que l’ex président dictateur Dominicain.

« Le pouvoir de Fidel Castro n’est pas transférable. Il a beau être communiste, il appartient au même stock anthropologique que Francisco Franco ou Rafael Trujillo : le militaire autocratique. Ce type d’autorité basée sur un mélange de respect et de peur ne peut pas être transférée. » prédit Carlos Alberto Montaner.

En revanche, force est de constater que l’effacement de Castro, n’a pas provoqué de troubles majeurs à Cuba. Les ennemis de Fidel Castro en exil prédisent depuis longtemps que la fin de son règne à Cuba provoquera des scènes de liesse dans les rues de l’île communiste, un exode massif et une transition rapide vers une démocratie de type américaine ainsi qu’une économie de marché. Pourtant, six mois après le transfert du pouvoir au frère du Lider Maximo, la vie n’a guère changé sur l’île.

Tandis que le vieux dirigeant se remet de l’opération aux intestins qui l’a forcé à transmettre le pouvoir exécutif à son frère Raul le 31 juillet 2006, les Cubains vaquent à leurs occupations.Les autorités ne parlent plus de son retour au pouvoir. On ne voit pas d’exode massif ni de signe de changement politique imminent. De toute façon, les responsables cubains ont déjà fait ce que leurs ennemis considéraient comme impossible: ils ont construit un système communiste post-castriste. Finalement, la seule chose différente à Cuba aujourd’hui, c’est que son gouvernement, au lieu d’être dirigé par une seule personne, est conduit par sept hommes, Raul Castro à leur tête.

Six mois après que Fidel Castro a délégué “à titre provisoire” ses pouvoirs à son frère Raul, des signes timides d’ouverture se font jour à Cuba. Depuis octobre, les médias, contrôlés par l’Etat, diffusent des articles concernant des détournements et des vols au sein d’entreprises publiques et d’autres déficiences de l’économie cubaine dont la mention était naguère impensable.

Dans des déclarations publiques inhabituelles, des intellectuels cubains ont dénoncé pour leur part la réapparition des censeurs responsables il y a trente ans des listes noires d’écrivains et d’homosexuels. Le gouvernement a reconnu avoir commis une erreur et autorisé quelque 400 écrivains et artistes à participer mardi à une réunion sans précédent consacrée aux purges culturelles des années 1970.

Pour les spécialistes du régime, Raul, s’il n’a pas le charisme de son frère, tient fermement le pouvoir et gouverne sur un mode très différent, partageant les responsabilités et déléguant à d’autres dirigeants la représentation de Cuba lors de manifestations internationales.

“Ce qu’il y a de bien avec Raul, c’est qu’il a une capacité d’écoute”, relève sous le couvert de l’anonymat un autre économiste cubain qui souligne que le dirigeant intérimaire a commandé des études sur les moyens de relancer l’économie ou d’accroître la production alimentaire sans exclure la propriété privée des outils de production.

Raul a surpris les Cubains en les incitant à plus de discussions sur les politiques du gouvernement et en appelant à une gestion plus transparente de l’Etat. Le pays, a-t-il dit, est fatigué des excuses et des retards, par exemple dans le paiement des agriculteurs indépendants qui fournissent 60% de sa production.

“Raul s’est attaché à abandonner la quête de boucs émissaires que pratiquait Fidel. Au contraire, il admet que les problèmes de la révolution sont sérieux et d’origine interne”, estime Brian Latell, ancien analyste de la CIA et auteur d’”After Fidel”, un ouvrage consacré à la succession du leader cubain.

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Cuba : la révolution trahie

Contrairement à bon nombre d’autres ouvrages, parfois beaucoup plus volumineux, la question des droits de l’homme et de la dissidence est abordée sans détours et avec justesse, de même que la nature dictatoriale et totalitaire du régime cubain.

Seul le chapitre dénommé “l’embargo, arme fatale” est assez peu explicite, comme son titre d’ailleurs. Pour qui l’embargo est il une arme fatale : certainement pas pour les Etats Unis, puisqu’en près d’un demi siècle, il a au contraire démontré sa complète absence d’efficacité.
Peut-être pour Fidel Castro alors, car l’embargo (dénommé abusivement blocus par le gouvernement cubain) sert effectivement d’arme propagandiste pour expliquer les échecs économiques à répétition du socialisme cubain.

Ce titre mériterait en tous cas une explication, de même que le sous titre de l’ouvrage “la révolution trahie”…. Par qui et pourquoi ? Par Castro car il avait promis un retour aux élections et à la démocratie ? Par Castro car sa révolution a connu une dérive totalitaire et bureaucratique (comme toutes les révolutions d’ailleurs), alors dans ce cas la référence au titre utilisé par Trotski dans sa critique de la révolution bolchevique est pertinente. Toujours est-il que ce titre en forme d’admonestation n’est pas expliqué par l’auteur.

Ceci ne retire rien a cet ouvrage basique, et à ses 25 mini chapitres de deux pages, qui satisferont les étudiants et les voyageur curieux, lassés de la prose approximative et répétitive des guides de voyage.

présentation de l’éditeur

Comprendre les questions les plus diverses présentées par les meilleurs spécialistes. Des textes clairs, fiables et précis qui vont à l’essentiel. Une iconographie Une présentation agréable pour faciliter la lecture. appropriée permettant de compléter l’information. Une présentation agréable pour faciliter la lecture. Les Essentiels Milan, une collection accessible à tous. Peu de pays suscitent à la fois autant d’attraction et d’hostilité, de fantasmes et d’espoirs. Cuba, l’île du cigare, du rhum et de la salsa, est aussi un régime – instauré par Fidel Castro – qui déchaîne les passions depuis la révolution de 1959. Jouissant d’un niveau d’instruction et d’un système de santé inégalés en Amérique latine, Cuba est aussi un État autoritaire, sans liberté d’expression et pratiquant la censure. Soumise à un embargo de la part des États-Unis depuis 40 ans, et après 10 ans de crise profonde consécutive à la fin du bloc soviétique, l’économie cubaine se rétablit peu à peu grâce au tourisme et à de nouveaux partenariats. Ce livre revient sur l’histoire chaotique du pays et présente les scénarios et les enjeux de la transition politique à venir.

biographies de l’auteur

Loïc Abrassart, diplômé d’histoire de l’Amérique latine et de sciences politiques, est journaliste.

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Les brumes du passé

Mais c’est bien connu, quand on a été flic on le reste toute sa vie. Mario Conde a beau avoir officiellement quitté la police, il se retrouve bientôt mêlé à une affaire de meurtre.

Au détour d’une de ses recherches il tombe sur une sorte de caverne d’Ali Baba du bibliophile : une ancienne demeure du Vedado conservée par un couple de vieillards qui ont conservée intacte une bibliothèques qui regorge d’édition originales et d’incunables de grande valeur. Leur situation est celle de beaucoup de Cubains âgés qui n’ont que leur retraite pour vivre ( environ 120 pesos par mois, soit 5 euros) et elle se résume en une phrase lâchée à contre coeur par la maîtresse des lieux “Ou nous vendons les livres, ou nous mourrons de faim à petit feu”.

Car au delà du genre policier, chaque roman de Leonardo Padura est aussi l’occasion de se plonger dans les difficultés quotidiennes qu’imposent la survie dans la société cubaine des années 1990 et 2000, celles de la période spéciale. Leonardo Padura habite à Cuba et entend bien y rester et par conséquent son propos est exempt de toutes critiques sociales ou politiques, mais le regard désabusé que porte Mario Conde sur Cuba en dit long sur la décomposition de la société cubaine. On retrouve d’ailleurs les habituels complices de ses précédentes aventures : l’inusable Flaco Carlos, devenu obèse sur son fauteuil roulant après avoir perdu l’usage de ses jambes en Angola, le lieutenant Manolo qui a pris la relève de Conde dans la police et Tamara son éternelle amour de jeunesse rencontrée dans la classe de terminale (pre universitario).

Toujours est-il qu’en feuilletant un de ses livres anciens, Mario Conde tombe sur une coupure de presse datant de 1960 et relatant la retraite anticipée d’une chanteuse de boléro connue sous le nom de Violeta del Rio. Persuadé que ce personnage mystérieux est relié à l’histoire de sa famille, Mario Conde se lance sur les traces de l’énigmatique artiste de la nuit havanaise. L’occasion de se replonger dans un passé par si lointain “A cette époque là, à La Havane il y avait plus de soixante clubs et cabarets avec deux et même trois spectacles par nuits…. Pour la vie nocturne il n’y avait pas mieux qu’ici. C’est vrai qu’il y avait les putes, la drogue, la mafia, mais les gens s’amusaient et le nuit commençait à six heures du soir et ne finissait pas.” témoigne un des interlocuteurs de Mario Conde.

Rien à voir donc avec la sinistre ruine qu’est devenue la capitale cubaine : on y trouve aujourd’hui qu’une poignée d’établissements dont la fréquentation est réservée aux touristes et aux proxénètes et prostituées en quête de devises. Le Conde a beau avoir des principes, il ne peut constater l’effondrement des valeurs qui lui ont été enseignées pendant toute sa jeunesse.

“La sensation de dégradation qui flottait dans l’air inquiéta l’ex policier qui ressentit sur sa peau un tremblement trop semblable à la peur…/…. Trop de gens sans rien à perdre ou à faire. Trop de gens sans rêves ni espoirs. Trop de feu sous la cocotte qui , tôt ou tard exploserait sous l’effet des pressions accumulées.”

D’ailleurs la curiosité maladive du Conde le pousse à commettre des imprudences et à s’aventurer dans les quartiers sauvages de La Havane où il se fait copieusement tabasser. Pour retrouver un de ses ex indics, le Conde se retrouve même un bordel clandestin ou en train de fumer un joint sur le toit d’une maison : tout fout le camp. Comme Hammett ou Chandler, Leonardo Padura se fait à travers le genre policier un fidèle témoin de la société qui l’entoure, et surtout de ses aspects les moins connus et parfois les plus sordides.

présentation de l’éditeur

Mario Conde a quitté la police. Il gagne sa vie en achetant et en vendant des livres anciens, puisque beaucoup de Cubains sont contraints de vendre leurs bibliothèques pour pouvoir manger. Le Conde a toujours suivi ses intuitions et, ce jour d’été 2003, en entrant dans cette extraordinaire bibliothèque oubliée depuis quarante ans, ce ne sont pas des trésors de bibliophilie ou des perspectives financières alléchantes pour lui et ses amis de toujours qu’il va découvrir mais une mystérieuse voix de femme qui l’envoûtera par-delà les années et l’amènera à découvrir les bas-fonds actuels de La Havane ainsi que le passé cruel que cachent les livres. Leonardo Padura nous parle ici de ce qu’est devenue Cuba, des désillusions des gens de sa génération, “des Martiens” pour les plus jeunes mieux adaptés à l’envahissement du marché en dollars, aux combines et à la débrouille. Au-delà du roman noir et de l’enquête de Morio Conde, Leonardo Padura écrit un beau roman mélancolique sur la perte des illusions, l’amour des livres, de la culture, et de la poésie si populaire des boléros. On reste longtemps marqué par l’atmosphère de ces brumes cubaines.

biographies de Léonardo Padura

Leonardo Padura est né à La Havane en 1955. Il est l’auteur d’Adios Hemingway, du Palmier et l’Etoile, de Electre à La Havane, L’Automne à Cuba, Passé parfait, Mort d’un Chinois à La Havane et de Vents de carême. Il a reçu les prix Hammett et Café Gijdn.

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Huit ans de torture et d’humiliation dans les prisons de Castro

« Le gouvernement de Cuba m’a torturé pendant 8 années. Il m’a torturé en essayant de me rendre mentalement malade et, grâce à Dieu, j’ai pu maintenir ma raison, mais en réalité, il continue à me torturer en me laissant vivre dans une caisse sans fenêtre, sans illumination naturelle, sans eau… avec un matelas dur comme de la pierre, sans aucun confort… au milieu de prisonniers de droits communs délinquants très dangereux et sous la menace, comme cela s’est passée à d’autres occasions, d’une possible attaque du gouvernement en utilisant d’autres prisonniers. »

« Je pense que le gouvernement me torture pour m’humilier et que je cesse de combattre pour la liberté de mon peuple mais, grâce à Dieu, j’ai pu suivre cette attitude et pense continuer à le faire avec l’aide de Dieu… »

« Le peuple cubain doit faire tout ce qui est possible pour combattre et conquérir sa liberté et obtenir l’appui international de tous les pays démocrates et libres. J’espère que le peuple cubain montre sa dignité, comme il a fait à d’autres occasions, et nous pourrons atteindre la liberté. »

Le Dr. Oscar Elías Biscet, médecin généraliste, noir, agé de 45 ans, est président de la Fondation Lawton de Droits de l’homme, organisation humanitaire établie au Cuba qui promeut les droits de l’homme à travers la lutte civique non violente. Il a été sorti de prison en décembre 2002, après avoir accompli trois années de prison dans une prison de rigueur maximale à 700 kilomètres de son logement. Il a été arrêté 36 jours plus tard et détenu sans jugement jusqu’à son procès en mars 2003 où il est accusé d’être « mercenaire au service d’un état étranger » pendant une vague répressive du régime cubain en mars-avril 2003.

Il accomplit actuellement une condamnation de 25 années dans la prison de « Combiné de l’Est » à La Havane. Le régime carcéral violent dont il a souffert pendant huit ans et souffre actuellement a profondément détérioré sa santé physique.

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Huber Matos : la vérité sur le goulag cubain

Huber Matos : la vérité sur le goulag cubain

Car tel était bien le projet initial qui regroupait des hommes venus souvent d’horizons très différents : or comme l’immense majorité des membres de la guerilla, Huber Matos n’est pas communiste.


Cela ne l’empêche pas d’obéir loyalement aux ordres de Castro, (qui s’est toujours déclaré farouchement anti communiste à cette époque), dont il critique parfois ouvertement le coté autocrate et désordonné. On apprend d’ailleurs dans le récit de Matos, que la drogue, plus précisément la culture de marijuana servait déjà à financer Castro alors qu’il était encore dans la Sierra Maestra. On apprend aussi que Fidel Castro est un trouillard maladif et que ses faits d’armes sont tout simplement inexistants : il se débrouille toujours pour être très loin des tirs et des affrontements, toujours parce que “ses camarades l’ont supplié de ne pas prendre de risques”.

Après la fuite de Batista et l’entrée de l’armée rebelle à La Havane en janvier 1959, Huber Matos assiste impuissant à l’infiltration progressive du mouvement par les communistes, alliés de Raul Castro, qui pour la plupart n’ont d’ailleurs jamais participé aux combats dans la Sierre Maestra. Beaucoup d’opportunistes médiocres affidés des bureaucrates du PC débarquent alors de La Havane pour donner des ordres à ceux qui ont combattu pour la liberté, et pas pour passer d’une dictature à une autre. C’est pourtant ce qui va se passer.
Les exécutions sommaires avec ou sans “jugement” se multiplient dans tout le pays et en particulier à la prison de la Cabana à La Havane sous la direction de Che Guevara.

Commandant de la région de Camaguey, Huber Matos commence à prendre ses distances avec Fidel Castro qui esquive ses questions sur la dérive communiste de la Révolution. Lassé de ne pas être entendu, il remet sa lettre de démission à Castro, qui est publiée en annexe de son livre. Ce sera d’ailleurs son seul crime. Une trahison inacceptable pour Castro qui le fait condamner à 20 ans de prison au cours d’un “procès”, monté de toutes pièces, et qui ne sera pas le dernier de la sinistre histoire judiciaire de la révolution cubaine.

Le témoignage d’ Huber Matos montre bien que dès le départ la révolution cubaine a été un régime parfaitement stalinien avec ses purges, ces procès truqués et ses camps de prisonniers. Ce témoignage capital est en fait l’équivalent des premiers témoignages sur le Goulag en Union Soviétique dans les années 50 : ignoré aujourd’hui, il sera un jour certainement redécouvert lorsque l’histoire des crimes du castrisme sera enfin clairement établie.

Car la torture est pratiquée massivement dans le Cuba de Fidel Castro, non pas de manière brutale et sanglante comme dans les dictatures militaires d’Amérique Latine, mais avec le raffinement appris dans les écoles d’Allemagne de l’Est ou d’Union soviétique. A Cuba on a des principes : on assassine pas purement et simplement les opposants comme un vulgaire Pinochet. On les laisse pourrir dans un cachot humide sans fenêtres, éclairé en permanence, sans sommeil et en compagnie des rats et des cafards; pendant 10, 20 et parfois 30 ans. Parfois un simple cube de béton de 3 mètres sur 3, où le détenu dort à même le sol ou dans ses excréments afin de l’humilier le plus possible, suffit à pousser les récalcitrants vers la folie et le suicide.

Harcelés, humiliés, interrogés au milieu de la nuit, puis emmenés au milieu de nulle part pour un simulacre d’exécution, jusqu’à l’épuisement, la démence, ou la rééducation, quand celle-ci fait éventuellement partie du programme. Car c’est toute la différence entre le bourreau communiste et le bourreau nazi : le bourreau communiste n’est pas une vulgaire brute avide de sang. Il veut le rachat de l’opposant qui n’a rien compris à toutes les merveilles du système, en un mot il rééduque. Nuance.

Avec cette particularité du castrisme qu’est son exceptionnelle longévité. C’est ce qui permet d’infliger aux opposants des peines de 20 à 30 ans (Mario Chanes de Armas), que la plupart de ces prisonniers, tout comme Huber Matos, effectueront souvent jusqu’au dernier jour. Bon nombre de prisonniers politiques, verront aussi leur peine prolongée d’un ou deux ans(comme Angle de Fana) à l’issue de leur condamnation de 20 ans, pour achever de les briser psychologiquement.

Lorsqu’on demande à Huber Matos de porter l’uniforme des détenus de droit commun, il refuse. On lui confisque ses vêtements et il reste plus d’une année en caleçon dans sa cellule où les murs suintent l’humidité. Pour récupérer son uniforme il entame une grève de la faim : on le frappe et l’alimente de force avec un tuyau dans lesquels on verse de la soupe bouillante.
Au bout de six mois de ce traitement , il pèse 55 kg et est à moitié sourd. Alors qu’il est en train de mourir , un “médecin” du G2 (la police politique cubaine) est chargé de le “soigner”. Pour s’assurer qu’il est encore en vie il lui enfonce régulièrement le talon de sa chaussure dans l’estomac, ou lui casse quelques cotes pour voir s’il a encore la force de crier. On lui arrache une dent en mauvaise état sans anesthésie, et autres traitement médical “de faveur”. A la suite d’un des nombreux tabassages dont il est victime, son bras est à moitié paralysé : on commence à le soigner au bout d’un an.

Toutes ces souffrances interviennent bien entendu dans l’isolement le plus total : la famille proche de Matos(sa femme et ses enfants) exilée au Costa Rica pense qu’il a été exécuté comme beaucoup d’autres opposants morts “accidentellement” ou de “maladie” à Cuba.
La mère de Matos meurt pendant sa détention, mais il n’est pas autorisé à se rendre aux funérailles. Tout est prétexte aux humiliations et aux brimades et pressions psychologiques : plusieurs fois on le prépare à des visites de sa famille, qui n’auront jamais lieu, annulées au dernier moment. Sa cousine Tina et son père, très âgé, tous deux restés à Cuba se déplacent parfois de l’autre bout de l’île pour le voir : quand ils sont là , le G2 fait chanter Matos. “Signe ta confession et tu pourras voir ton père”. Résultat, Huber Matos ne vois pas sa famille pendant sept années de suite.

Une autre méthode bien connue du G2 et qui ne sera pas épargnée à Matos : l’organisation d’un nouveau procès, juste avant la fin de sa peine. On le rejuge pour “conspiration” dans la prison et le menace de le recondamner à une nouvelle peine après ses vingt ans de prison. Cette petite “blague” a déjà réussi à pousser au suicide plusieurs compagnons de cellule de Matos, mais lui refuse de se prêter au jeu de ses tortionnaires.

Quand aux intellectuels européens, ils sont trop occupés à encenser les bienfaits du castrisme (éducation, santé etc..) et ils conspuent ces contre révolutionnaires qui font le jeu de l’impérialisme américain. Certains n’ont d’ailleurs aujourd’hui pas beaucoup changé et préfèrent passer des centaines d’heures à jouir des privilèges, et de la compagnie de Fidel Castro, plutôt que d’entendre les cris de souffrances en provenance des cachots bondés du “paradis socialiste”.

Leur argument est toujours le même : la répression est justifiée à Cuba à cause de l’embargo américain. Et puis c’est bien connu à Cuba les pauvres sont soignés et éduqués, ce qui n’est évidemment pas les cas aux Etats Unis. D’ailleurs c’est bien connu, chaque année, des milliers de pauvres américains tentent de gagner clandestinement Cuba en radeau pour se faire soigner correctement et apprendre à lire et à écrire à leurs enfants analphabètes.

La vérité c’est que Cuba est un pays ruiné, que même la perfusion de pétrodollars de Chavez ne réussit plus à maintenir à flots. Après 47 années de dictature aux mains d’un mégalomane, tortionnaire méthodique de tous ses opposants et bourreau de son peuple (selon l’organisation cubaarchive.org, le régime castriste est directement responsable de la mort et de la noyade d’au moins 9240 Cubains), Cuba n’est plus qu’une ruine à reconstruire, un champ de bataille livré à la folie d’un homme seul, le “comandante”, que les Cubains ont renommé el “coma andante” (le coma qui marche).
Quand a Fidel Castro, sa fonction de chef d’Etat le met pour le moment à l’abri des poursuites judiciaires, contrairement à Pinochet, qui fait pourtant figure d’amateur avec ses quinze années de dictature et ses 3000 disparus.

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Pour le romancier Leonardo Padura,”Cuba a beaucoup changé”

Pour le romancier Leonardo Padura,”Cuba a beaucoup changé”

Votre dernier roman, Les Brumes du passé, évoque les changements qui ont marqué Cuba ces dernières années.

Leonardo Padura : Le plus grand changement a été d’ordre économique. Avec la perte du soutien de l’ex-URSS, les Cubains ont dû trouver d’autres moyens de survivre et de faire du commerce. Les gens ont été obligés de se tourner vers l’extérieur. Cela leur a donné une plus grande liberté d’action et de mouvement. Cependant, ces évolutions débutées dans les années 1990 sont actuellement en phase de régression. La Chine et le Venezuela jouent aujourd’hui pour Cuba – dans un contexte différent, bien sûr – le rôle que remplissait l’Union soviétique autrefois. Cette aide permet en fait au gouvernement de refermer la porte aux mesures de libéralisation économique auxquelles il avait dû se résoudre en temps de misère extrême, comme celles concernant le développement de l’industrie touristique, par exemple.

Comment les Cubains ont-ils vécu ces changements ?


La crise économique des années 1990 n’a pas été uniquement matérielle. Elle s’est accompagnée d’un vrai désastre sur le plan idéologique. En ce sens, je pense que les changements engagés sont profonds et irréversibles. La confiance monolithique et absolue que nous avions dans le socialisme et les mensonges dont nous avons été abreuvés pendant trente ans se sont écroulés avec le mur de Berlin. Nous avons découvert le vrai visage du socialisme européen. Les gens se sont détournés d’un régime qui, au nom de l’égalité pour tous et d’un avenir meilleur, a engendré des génocides à grande échelle. Tout cela a laissé la place au désespoir, à la frustration et au sentiment d’avoir été abusé. C’est comme si nous avions tout à coup perdu la “foi”. La perte de confiance a conduit les gens à rechercher d’autres formes de croyances, comme la religion, par exemple. Elle les a également poussés à rechercher des solutions individuelles pour améliorer leur vie, comme l’émigration. La perte des illusions peut néanmoins conduire à une sorte d’hérésie. Je sens que beaucoup de Cubains aujourd’hui ne croient plus en rien. Ils se limitent à vivre au jour le jour, à survivre jusqu’au lendemain, sans grandes considérations philosophiques, religieuses ou même morales. C’est cette désillusion que je raconte dans mes romans. Je décris le désespoir des gens de la génération de mes parents qui doivent continuer à se battre malgré leur âge. J’écris sur la frustration des gens de ma génération auxquels on avait promis un avenir meilleur qui n’est jamais venu. Et sur l’incertitude, et la désorientation qui envahissent les plus jeunes.

Les jeunes Cubains sont-ils impliqués politiquement ? A quoi rêvent-ils ?

On ne peut pas généraliser, car, comme dans toutes les sociétés humaines, il y a de tout à Cuba : des jeunes qui pensent et vivent comme des ouvriers soviétiques modèles des années 1930, mais aussi des hippies tropicaux uniquement intéressés par le sexe, l’alcool et la drogue. Tout le monde cohabite dans un même espace. Mais j’observe actuellement chez les jeunes une tendance beaucoup plus inquiétante. Ils ne s’investissent dans rien. Ils n’attendent rien de la vie. Ils vivent dans l’instant, sans foi ni perspectives. Certains jeunes sont d’excellents étudiants, de chics types, mais ils ne sont pas naïfs non plus. Ils pensent désormais à construire leur vie de façon individuelle, parfois en émigrant. Malgré tout, je pense que la jeunesse cubaine est beaucoup plus saine que ce à quoi on aurait pu s’attendre après tant d’années de sacrifices, de manquements et de promesses non tenues.

…/…

Comment se déroule votre vie d’écrivain à Cuba ?

Depuis quelques années, elle est très satisfaisante. Je peux me consacrer à plein temps à mon travail d’écriture. J’écris aussi avec une grande liberté – pas une liberté totale, mais une grande liberté tout de même. Je traite pourtant de problèmes sociaux épineux dans mes livres. Je ne fais pas de politique, ni dans le cadre de ma vie sociale, ni dans ma vie littéraire. Principalement parce que cela ne m’intéresse pas et parce que je refuse d’être un “argument” pour tel ou tel bord politique. Vivre ainsi comporte des risques, bien sûr : qu’un livre déterminé ne soit pas publié, par exemple. Cela ne m’est encore jamais arrivé. Tous mes livres ont été publiés à Cuba sans que la censure touche à un seul mot. Mais le fait est que l’on en parle à peine dans la presse cubaine. Autre inconvénient : les droits d’auteur que je touche à Cuba sont totalement insuffisants pour vivre.
Je reconnais aussi que je réfléchis à deux fois avant d’écrire sur certains sujets ou avant de répondre à une de vos questions, car ce que j’écris peut toujours être considéré comme “inapproprié” pour la bureaucratie au pouvoir. Mais, même dans ces conditions, je préfère vivre à Cuba. Partager les incertitudes, les carences, les restrictions du peuple cubain. Au milieu des gens qui sont la source de mon inspiration littéraire et humaine. J’aime entendre battre le cœur de la vie cubaine et avoir les mêmes désirs ou les mêmes frustrations que mes concitoyens. Qu’ils m’offrent leurs souffrances et leurs espoirs pour que j’en fasse ma littérature.

Note biographique
Leonardo Padura est né à La Havane en 1955 et vit à Cuba. Il est romancier, essayiste et auteur de scénarios pour le cinéma. Ses romans sont publiés au Mexique, à Cuba, en Espagne, en Allemagne et en Italie. En France, il a publié : Le Palmier et l’Etoile, Electre à La Havane, L’Automne à Cuba, Passé parfait, Mort d’un Chinois à La Havane, Vents de carême et Adios Hemingway, tous parus aux éditions Métailié. Il a reçu le prix Hammett (1998 et 1999), le prix Café Gijon (1997) et le prix des Amériques insulaires (2002). Son dernier roman, Les Brumes du passé, sortira dans les librairies françaises le 24 août (éditions Métailié).

Les Brumes du passé
La Havane, été 2003. Il y a quatorze ans que l’inspecteur Mario Conde a quitté la police. Pendant cette période, Cuba a beaucoup changé : l’économie et les mentalités ont été bouleversées. Conde gagne désormais sa vie en vendant des ouvrages anciens, comme beaucoup de Cubains, obligés de se défaire de leurs livres pour subsister. Soudain, il tombe sur la page d’une revue, ornée de la photo de Violeta del Rio, une chanteuse de boléro des années 1950. Totalement séduit par la beauté et le mystère de cette femme, il se lance dans une enquête personnelle qui va l’emmener jusque dans les bas-fonds de Cuba qu’il n’a pas vu évoluer. Leonardo Padura évoque dans ce livre les changements qui ont marqué Cuba ces dernières années et les désillusions des gens de sa génération. Ces Cubains devenus presque des “étrangers” pour les plus jeunes, mieux adaptés à la circulation du dollar, aux combines et à la débrouille. Plus qu’un roman noir, Les Brumes du passé parle de l’amour des livres, de la culture, et de la poésie si populaire des boléros.

Extraits d’un interview recueilli par Christine Lévêque pour Courrier International.

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