RSF publie un texte de Zoé Valdés sur la liberté de la presse

Parmi les auteurs sollicités par l’organisation que dirige Robert Menard, on trouve entre autres Henri Amouroux, Fernando Arrabal, Didier Daeninckx, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Jean Lacouture, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Eduardo Manet, Erik Orsenna, André Comte-Sponville, Zoé Valdès ou encore Raoul Vaneigem.

Nous avons choisi de reproduire ici le texte de Zoé Valdés, qui fait référence à la situation des Cubains en matière de liberté d’expression.

Survivre bâillonné

Pour moi, la liberté d’expression fait partie inhérente de la liberté et de la condition humaine. La liberté d’expression c’est faire confiance à la pensée, et exprimer cette confiance par la parole c’est réaliser une des principales fonctions de l’être humain : la communication à travers la raison et l’entendement, mais aussi à travers la polémique, la poésie, en comprenant la réalité et ses concepts en leurs multiples variations. Quand l’homme commence à redouter sa propre pensée, à se défiler et à fuir ses propres mots, par crainte de la censure, alors là il a perdu sa liberté.

Donner libre cours à l’imagination, à l’analyse, au raisonnement est aussi naturel que d’apprendre à parler, à jouer, à ordonner ses sentiments. La liberté d’expression naît dans l’esprit, à l’instant même où une personne relie un mot à un autre, autrement dit, dès l’enfance. Et c’est terrible quand, depuis tout petit, tu es obligé de vivre dans la double morale, et qu’on t’impose de camoufler ou de dissimuler tes opinions.

Quand tu es né et as poussé en voyant fouler aux pieds la liberté, comme c’est le cas pour nous qui sommes nés et avons poussé dans cet horrible méli-mélo créé par Castro – le facho-castro-communisme -, nous débarrasser de ce casque de fer qui emprisonne notre esprit se révèle très difficile et douloureux. Le blocage mental peut durer toute la vie.

Car vivre sans pouvoir exprimer ses opinions constitue une des pires tortures psychologiques, et s’il est déplorable de grandir dans une société où l’on censure toutes les libertés, il est plus triste encore de découvrir un jour qu’on y a vécu complètement adapté.

Et si la censure nous traque et nous tue à petit feu, c’est pire encore de sentir que l’autocensure s’est installée dans notre cerveau en faisant de nous des robots, des cadavres.
Le pire c’est de vivre dans l’ignorance totale du droit à la liberté d’expression, dans la méconnaissance de toute espèce de liberté. C’est tout simplement pathétique.

Ce qui est terrible c’est quand les dictatures totalitaires parviennent à te convaincre que la vie est normale de cette façon, sans avoir droit à rien qui ne soit le paternalisme et l’obéissance aveugle. Alors tu survis bâillonné, en te croyant heureux. Il n’est pas normal qu’encore aujourd’hui, en plein XXIe siècle, il y ait des personnes qui doivent parler à voix basse chez elles, au milieu de leur famille, par crainte d’être écoutées. Et qu’à la seule énonciation d’un mot, on imagine déjà le châtiment du bourreau.

Le grand poète José Martí a écrit que « l’homme vit de se donner ». Et dans ce don humain et infini, ce qui a le plus de prix, sans aucun doute, c’est la pensée, la valeur de pouvoir l’exprimer, et d’échanger librement ses idées avec les autres.

On m’a demandé, en maintes occasions, quels sont mes héros, et je réponds toujours que mes héros ce sont mes amis : les poètes et les journalistes emprisonnés à Cuba et dans le monde. Mes amis, ce sont aussi les journalistes de Reporters sans frontières qui, comme je l’ai dit auparavant, sont mes héros, parce qu’ils luttent inlassablement pour la liberté d’expression. C’est avec eux que j’ai appris à connaître le sens véritable du mot liberté, qui est vie.

Zoé Valdés
(trad.A.Bensoussan)

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