Salaires et prix en hausse à Cuba

Trois décrets divulgués dans les medias officiels ont annoncé des hausses échelonnées dans les tarifs électriques pour sanctionner ceux qui consomment plus de 100 kilowatts/heure, ainsi que des augmentations des pensions et salaires –le minimum est de $9 dollars et la moyenne de $15– selon les catégories de diplômes.

Adressées aux professionnels, les hausses salariales paraissent conçues pour pallier le fossé croissant dans la société cubaine entre ceux qui perçoivent des pesos cubains (secteur étatique) et ceux qui gagnent des dollars (secteur privé et marché noir). On cite souvent l’exemple des médecins ou des professeurs d’université qui délaissent souvent leur emploi officiel, pour en faire d’autres plus lucratifs comme chauffeur de taxi.

Fidel Castro, a justifié les nouveaux tarifs par le prix élevé du pétrole, le gaspillage, et les augmentations salaires et des pensions par la nécessité de lutter contre la fracture sociale ouverte par la crise économique de 1991 provoquée par la chute de l’Union Soviétique.

 »Il existe de grandes inégalités de revenus entre ceux qui reçoivent des pensions et des salaires relativement faibles (de l’Etat) et ceux qui profitent de la spéculation, des détournement de ressources et autres formes d’enrichissement illicite », a souligné le document signé par Fidel Castro.

Les mesures étaient attendues depuis que jeudi dernier, dans un discours de presque six heures, Castro a tracé une nouvelle direction pour la révolution socialiste qu’il dirige depuis 46 ans, avec comme base une « bataille morale » et une plus grande centralisation de l’économie étatique.

Sa cible est désormais les « nouveaux riches » (agriculteurs privés, commerçants, propriétaires de restaurants privés (paladares), loueurs de chambres à des étrangers) autorisés au début des années 90 pour palier les effets de la crise économique.

Les augmentations salariales, qui s’ajoutent à celles de mai et juillet, entraineront un accroissement moyen mensuel de 43 pesos cubains ($1.80) à partir de décembre pour 2.2 millions de travailleurs.

Les pensions de retraite minimales passeront de 150 pesos cubains par mois ($6.25) à 164 ($6.80), –ce qui profitera à plus de 1.2 million de retraités–, tandis que les prestations de l’assistance sociale minimale resteront dans 122 pesos ($5).

Une chose est sûre : le Cubain devra toujours se contenter d’un salaire mensuel médian de 250 pesos (soit 9 euros). Une rémunération misérable dont ne voudrait pas un journalier de l’Uttar Pradesh (en Inde le salaire horaire d’un travailleur non qualifié est de 0,5 dollar, 1 dollar pour un employé d’un centre d’appel). Le résultat édifiant de 47 ans de « socialisme héroïque au service du peuple combattant », auxquel s’ajoutent les menus inconvénients propres au système socialiste réputé sans classe, donc sans conflit : un syndicat unique au service du parti unique, et l’interdiction de faire grève.

Devant la chute brutale de l’économie cubaine après la disparition du bloc soviétique, le gouvernement cubain avait légalisé l’utilisation du dollar en 1993, permis les envois de devises de l’extérieur, autorisé le travail d’indépendant pour une centaine de profession artisanales, et tolérés quelques services privés tout en donnant la priorité au tourisme.

« Nous ne sommes pas néo-libéraux », a tenu à préciser Castro. D’autres mesures restent à venir, comme la disparition du carnet de rationnement, et la limitation des taxis collectifs privés.

Castro a aussi suggéré une future réévaluation de la monnaie locale face à la devise convertible ($0.80 par un pesos convertible ou CUC), ce qui pénaliserait ceux qui reçoivent des devises en provenance de l’étranger.

L’économiste dissident Oscar Espinosa Chepe a affirmé que la corruption est  » un cancer en augmentation  », et le dirigeant dissident Manuel Cuesta a demandé des « réformes en profondeur  ».

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