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Cuba : l’heure du bilan ?

Il n’y a pas si longtemps, évoquer Cuba c’était d’abord faire référence à un pays et une révolution mythique avec ses grandes figures romantiques : Che Guevara, Camillo Cienfuegos et bien sûr, l’inébranlable Fidel Castro. À ce dernier, on a beaucoup pardonné parce qu’il a au commencement incarné un épisode révolutionnaire bienvenu dans cette région, et surtout parce qu’il a su tenir tête aux Américains.

Le plus surprenant n’est pas que le communisme ait produit à Cuba, comme partout ailleurs en son temps, une société totalitaire et policière. Qui s’en étonnerait aujourd’hui ? Mais plutôt que Fidel Castro continue curieusement à bénéficier d’un traitement de faveur assez singulier pour un dictateur.

Difficile d’imaginer les touristes de l’époque se ruer dans la Roumanie de Ceausescu ou l’Albanie d’Enver Hodja pour y admirer les « conquêtes du socialisme », ou la « résistance héroïque » du peuple face à l’agression capitaliste ?
C’est pourtant ce qui se passe à Cuba avec la caution bienveillante d’une bonne partie de la « gauche » politique et intellectuelle qui n’arrive pas à enterrer sa jeunesse idéaliste et néo guévariste. Cuba serait devenu le dernier rempart contre la mondialisation et la pensée unique. Une sorte de potion miracle anti Bush, une expérience intéressante, un laboratoire qui mérite d’être conservé.

La vérité c’est que Fidel Castro laisse aujourd’hui en héritage un pays plus pauvre que celui qu’il a trouvé en 1959.

Une des premières tâches l’ère post castriste sera donc de renouer les fils de l’histoire coupés en 1959.

Fidel Castro a réécrit l’histoire du Cuba d’avant la Révolution pour en faire un repoussoir au service de sa propagande. Ce travail s’avère indispensable puisqu’il permet aussi de faire une sorte de bilan de presque un demi siècle de « socialisme héroïque ».

Le discours officiel fait habituellement référence au Cuba d’avant la révolution comme à un pays arriéré, gangrené par la prostitution et le gangstérisme, et peuplé d’habitants en majorité analphabètes et livrés à eux-mêmes.

Le milieu des gangsters américains est certes présent, prospérant du produit des jeux, de la drogue et de la prostitution, mais pour le reste il semble que l’on ait tendance à noircir un peu le tableau. En 1958, Cuba se situe au troisième rang des pays d’Amérique latine pour le PIB par habitant, et au quatrième rang pour l’espérance de vie, mais aussi pour l’instruction, la santé et la protection sociale.

Concernant la mortalité infantile, avec un taux de 32 pour mille, Cuba arrivait en 1957, en 13 e position devant l’Irlande et la France. En 1957, Cuba comptait parmi les pays d’Amérique Latine en pointe pour l’élevage du bovin et la consommation de viande (0,9 tête de bétail par habitant). Aujourd’hui la viande de bœuf a disparu de l’assiette des Cubains : il ne reste que 4 millions de tête de bétail pour une population de 11 millions d’habitants.

En 1958 Cuba affiche aussi une santé financière insolente : le peso cubain est aligné sur le dollar américain et avec des réserves de changes évaluées à 387 millions de dollars, Cuba dispose de la troisième cagnotte de la région, derrière le Vénézuela et le Brésil.

Pendant de nombreuses années, les résultats calamiteux de Cuba ont été camouflés par les généreuses subventions de l’URSS et des pays de l’Est. La rupture intervient en 1990 : la génération élevée à l’ombre des principes de la révolution réalise subitement que le socialisme cubain ne doit sa modeste prospérité qu’aux subsides des « camarades » du Bloc de l’Est. En 1993, le grand frère russe ferme le robinet et l’économie cubaine sombre brutalement : le PIB enregistre une chute vertigineuse de 40% dont le pays ne s’est pas encore complètement remis.

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