Fidel Castro, la clé du système

Dès le départ Fidel Castro a su mettre en scène ses moindres faits d’armes pour en faire des batailles légendaires, jusqu’à la prise du pouvoir en 1959, sorte d’apothéose extatique qui donne à l’épopée castriste un caractère quasi messianique.
« Expert dans l’art de transformer ses déconvenues en victoire, le premier des barbudos a su recouvrir l’extrême violence de son régime du voile du romantisme révolutionnaire. » (Jacobo Machover).

« Fidel Castro Ruz, président du conseil d’État, président du conseil des ministres, chef suprême des armées et secrétaire général du parti communiste de Cuba. » Ces titres ronflants et hautes responsabilités à tiroir qui apparaissent aux détours des documents officiels sont parfaitement ignorés des Cubains pour qui Castro est simplement « Fidel ».

Fidel Castro fait partie de la poignée de dictateurs que son peuple tutoie et ne désigne que par son prénom ou par un de ses nombreux surnoms : « le comandante » est le plus fréquent, mais aussi « el caballo » ou « el numero uno ».

Ses ennemis n’ont d’autres ressources pour se défouler que les nombreuses, et parfois très irrespectueuses, « chistes » (histoires drôles) qui circulent sur son compte. En dehors de cet humour noir, toléré dans certaines limites, il est malvenu de critiquer « le commandant en chef » en public, comme en privé d’ailleurs, car on ne sait jamais vraiment à qui on s’adresse. En cas de doute mieux vaut adopter un signe discret pour désigner Castro (se toucher le menton pour désigner la barbe) ou à la rigueur l’expression en apparence neutre mais connotée « este hombre » (« cet homme » employé sans autre précision). Le culte de la personnalité présente une caractéristique bien spécifique à Cuba : une apparente discrétion, voire une certaine modestie.

Castro n’est pas de ces dictateurs qui s’abaissent à placarder son effigie à tous les coins de rues comme un vulgaire Kadhafi ou Saddam Hussein : ce serait d’ailleurs parfaitement inutile et déplacé car « il » est toujours le seul et unique sujet de conversation lorsqu’il s’agit de débattre du passé, présent et avenir de Cuba. Même ceux qui le détestent doivent en convenir, Fidel est bien plus qu’un caudillo au bout du rouleau : il est Cuba.

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