Hugo Chavez sur les traces de Fidel Castro

Le président vénézuélien est convaincu que les Américains veulent l’éliminer à tout prix : «S’il m’arrive quelque chose, on saura qui est le responsable : le président des Etats-Unis, dont le gouvernement a démontré à quel point il était dénué de scrupules. Si George W. Bush parvenait à ses fins, il s’en repentirait aussi vite car le cours du pétrole dépasserait alors les 100 dollars», a-t-il prévenu hier.

Voici le compte rendu de sa « conférence de presse » par Jacobo Machover, écrivain et journaliste cubain en exil.

Il est arrivé avec une heure et demie de retard, sans s’excuser (l’exactitude n’est plus la politesse des rois, mais celle des tyrans), entouré d’un nombre invraisemblable de gardes de sécurité, la plupart cubains, membres des services secrets castristes, qui trônaient à leurs aises sur la scène du studio 104 de la Maison de la Radio, avec leurs petites valises, contenant une mitraillette ou un bouclier pare-balles, bien en vue.

Tout autour des quelques dizaines de journalistes convoqués (oui, oui, convoqués, dixit la responsable de presse) pour l’occasion, autant de sbires, sinon plus, tous bien visibles, prêts à sortir manu militari l’impudent qui aurait osé poser une question gênante pour le « citoyen-président ».

Mais il y avait peu de chances que cela n’arrive. En effet, seules cinq questions étaient permises. Selon les dires de la responsable, les médias avaient été tirés au sort. Parmi les heureux élus (quel hasard !), il y avait tout de même le journaliste de L’Humanité.

Drôle de conférence de presse, qui tenait davantage du meeting, avec applaudissements « spontanés » de la claque installée aux premiers rangs. Dehors, des sympathisants chavistas s’évertuaient à soutenir leur leader et le mentor de celui-ci, Castro, avec force drapeaux cubains. Plus loin, relégués hors de la vue du soudard en costume-cravate, quelques contre-manifestants (insuffisamment), qui sauvaient tout de même l’honneur de l’opposition à cette visite en France, qui tenait à la fois de la propagande et du business, avec une forte odeur de pétrole.

À l’intérieur de la salle, un groupe de journalistes, pour la plupart vénézuéliens et d’autres nationalités latino-américaines, avaient rédigé un communiqué protestant contre les conditions de toute évidence anti-démocratiques de cette conférence de presse inédite dans sa forme. Mais ils ne purent le lire, dissuadés par les menaces à peine voilées du service d’ordre castro-chavista. La seule chose qu’ils purent faire, ce fut de se lever et de quitter ostensiblement la salle (seule réaction démocratique encore possible) à la fin de la première intervention, interminable, de l’ancien putschiste, qui accusait, sans la moindre preuve, Bush de vouloir le tuer, ce qui était destiné sans doute à justifier son imposant appareil de protection et, surtout, d’intimidation.

Toujours est-il que la peur est là. On peut la toucher du doigt, comme à Cuba. Le Venezuela est désormais (pour combien de temps ? : espérons que ce ne soit pas pour l’éternité) sous coupe réglée, sous la domination d’un caudillo ridicule mais redoutable, qui agitait un petit livre bleu contenant sa Constitution « bolivarienne », comme autrefois les Chinois, contraints et forcés, brandissaient le Petit livre rouge du président Mao. Hugo Chávez n’a rien d’un Libertador, il est l’exemple même de l’apprenti-dictateur.

Jacobo Machover

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.