La jeunesse cubaine cherche des repères

Dans les années 80 le simple fait d’adresser la parole à un touriste était un motif d’interpellation. Recevoir chez soi un étranger c’était la certitude de s’exposer au minimum à une enquête de moralité de la part du CDR local. Les plages touristiques étaient elles aussi étroitement surveillées pour limiter les contacts entre cubains et touristes. Aujourd’ hui ce niveau de prophylaxie est impossible à maintenir avec plus de 2,2 million de touristes par an qui défilent sur l’île.

Les jeunes cubains peuvent se forger leur propre opinion à travers la réalité qu’ils perçoivent dans leurs contacts avec les étrangers. Ils se rendent bien compte de l’indigence matérielle, culturelle et sociale que maintient le régime castriste sous le prétexte de ne pas livrer la culture cubaine à l’impérialisme américain. L’absence de perpective, l’aspect bureaucratique et politique de l’enseignement, les distractions de plus en plus rares et la répression ont transformé une bonne partie de la jeunesse en opposants larvés. Fidel Castro souvent surnommé par les jeunes « el loco » (le fou) est pour beaucoup une relique du passé, un ancien combattant dont le verbiage lancinant est en total décalage avec la réalité: quels que soient ses mérites passés, il doit maintenant s’en aller.

Les jeunes ressentent comme un affront l’ouverture de luxueuses discothèques payables uniquement en dollars, alors qu’eux doivent de contenter des boites de nuit glauques en pesos et des fêtes de patronage de l’UJC. Dans sa volonté de tout contrôler, de tout réglementer, le pouvoir pond chaque jour des interdictions et des contrôles qui créent autant de catégories de délinquants que la police n’a plus les moyens de contrôler efficacement. L’arsenal répressif permet de toute façon d’imposer des mesures de coercition à tous ceux qui montrent une « conduite antisociale ».

La loi sur « l’état dangereux » (estado peligroso, art 72 du code pénal) autorise l’application de « mesures rééducatives comme l’internement dans un établissement spécialisé de travail et d’études » dans le cas où un individu se trouve en « état dangereux ». La définition de cet état est suffisamment vague pour donner à cette loi un champ d’application quasi illimité puisque « l’état dangereux » est notamment  » une conduite en contradiction manifeste avec les normes de la morale socialiste » ou « une conduite antisociale, c’est à dire vivre comme un parasite social, ou du travail d’autrui, ou pratiquer des vices socialement répréhensibles ».

En vérité les neuf dixièmes de la population se retrouveraient à l’ombre si un policier zélé s’avisait d’appliquer à la lettre ce texte aux contours juridiques des plus flous. Depuis une dizaine d’années le travail a perdu sa fonction d’insertion dans la société, car incapable d’offrir en contrepartie un salaire digne de ce nom. Le travail est généralement supporté comme une obligation dont il faut bien s’acquitter pour ne pas tomber dans la catégorie des marginaux ou parasites sociaux. Mais la vraie vie économique commence après le travail dans ce que les cubains appellent « el inventar », c’est à dire les multiples combinaisons qui permettent de se procurer ce que le salaire ne permet plus d’ acheter depuis longtemps.

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