Les Cubains malades de Cuba

La jeunesse cubaine donne toujours cette image bon enfant peaufinée par le régime : une jeunesse propre et alphabétisée à 100% qui fait la queue pour manger des glaces et s’entasser dans les cinémas du centre ville à deux pesos.

Mais ce vernis socialiste si agréable à regarder pour le voyageur de passage se craquelle de partout. La gravité de la crise économique a déchiré un tissu social dont la cohésion et la solidité avaient jusque ici servi de rempart au développement des tares qui frappent si durement les pays sous développés : criminalité, prostitution, incivisme ont fait une apparition brutale à la Havane, même s’ils restent encore dans des proportions bien mois importantes que dans le reste de l’Amérique latine. Une jeunesse déboussolée cherche son identité au milieu d’un désastre économique qui a transformé en quelques années le « paradis tropical » en enfer de la disette. Élevée dans l’espoir de jours meilleurs et habituée à être maternée par un pouvoir omniprésent qui a réduit la société civile à néant, la société cubaine est menacée d’éclatement par la crise du socialisme.

Pendant ce temps le pouvoir continue son monologue populiste et démagogique, singeant une phraséologie autrefois révolutionnaire et aujourd’hui vide de sens.

Selon le sociologue Vincent Bloch (cite par Le Monde)
« La population vit dans l’obsession de ne pas se faire remarquer. L’insuffisance des revenus et des services publics, l’impossibilité de respecter à la lettre toutes les règles concernant le logement, les transports ou les loisirs, l’irrationalité des normes de travail et de production, l’invraisemblance des lois, obligent à un viol systématique de la légalité, poursuit-il. Tout citoyen devient ainsi un coupable potentiel, devant se méfier des voisins, des collègues et des proches, sans parler des étrangers, dont la fréquentation est déconseillée. »

En outre, « les Cubains sont plongés dans un univers de délation et d’endoctrinement depuis presque un demi-siècle. Cela pousse à adopter un comportement ambigu, dissimulé derrière la langue de bois et la participation aux manifestations officielles. On répond aux sollicitations pour éviter les sanctions, mais aussi par ambition, car seule l’adhésion ostensible à la révolution autorise l’ascension sociale. Les Cubains ont donc pris pour habitude de manier faux semblants et doubles registres. Personne ne vit de son seul salaire, personne ne croit à ce qu’on dit. »

Une opinion que partage un autre specialiste de Cuba :
Dans un paragraphe intitulé « Approche d’une schizophrénie quotidienne », Philippe Létrilliart expose très simplement les mécanismes de base qui régissent l’attitude des cubains au quotidien, et qui ne sont pas toujours bien compris par les visiteurs de l’île. « Parler d’une seule voix, présenter un front uni, telles sont les constantes demandes du régime à la population…./….C’est pourquoi le mensonge – ou le mensonge par omission – constitue l’un des traits les plus permanents du comportement social dans l’île…/… Cette attitude, la « double morale » des Cubains, touche l’ensemble de la société ou presque. »