RSF rend hommage aux journalistes victimes de Pinochet

Le décès de ce dernier, le 10 décembre 2006, empêche de fait que justice soit totalement rendue aux victimes et à leurs familles. Mais la mort du dictateur ne doit pas signifier pour autant l’impunité.

« Nous regrettons, comme beaucoup, que le général Pinochet soit mort sans jamais avoir comparu devant un tribunal. Son décès suscite, à juste titre, de lourdes frustrations qui ne pourront s’apaiser, à défaut de disparaître, que si la justice chilienne s’engage résolument à juger et à condamner les responsables des violations de droits de l’homme commises entre 1973 et 1986. Nous rendons hommage aux victimes de ce régime sanglant, qui a bénéficié de la scandaleuse complaisance des puissances occidentales et du soutien des Etats-Unis. Nos pensées vont en particulier aux 68 professionnels des médias et à leurs familles, pour qui la mort du dictateur ne doit pas rimer avec l’impunité », a déclaré Reporters sans frontières.

Du coup d’Etat du 11 septembre 1973 à 1986, quatre ans avant le retour du pouvoir civil, la dictature du général Augusto Pinochet a causé la mort ou la disparition de 68 professionnels des médias, dont 21 rédacteurs, 20 photographes, cameramen ou techniciens et 27 ouvriers de presse. La plupart ont été arrêtés, torturés et assassinés dans les semaines qui ont suivi le coup d’Etat, mais une loi promulguée par la junte en 1978 a amnistié tous les crimes commis antérieurement. Le 21 mars 2006, treize militaires ont été inculpés par la justice pour leur participation à la « Caravane de la mort », un commando itinérant chargé d’éliminer les opposants, qui a sévi en octobre et novembre 1973. Leur procès n’a toujours pas commencé. La « Caravane de la mort » a exécuté au moins 75 prisonniers politiques, dont le directeur de la station Radio Loa, Carlos Berger Guralnik, le 19 octobre 1973.

Dans les années 1980, d’autres journalistes ont été tués lors de la répression par le pouvoir des vagues de protestations précédant le référendum de 1988, prélude à la fin de la dictature. Le 2 juillet 1986, le photographe indépendant Rodrigo Rojas est mort après avoir été brûlé vif par une patrouille de l’armée. Le responsable direct de l’assassinat, le lieutenant Pedro Fernández Dittus, a été condamné à une peine de prison. Le 8 septembre 1986, au lendemain d’un attentat manqué contre le général Pinochet, le directeur de l’hebdomadaire Análisis (aujourd’hui disparu) José Carrasco Tapia a été tué à la mitraillette avec trois autres opposants. Quatorze anciens agents de la police politique ont été inculpés, le 26 octobre 2005, mais leur supérieur hiérarchique, le général Humberto Gordon, est décédé en 2000 d’un cancer, alors qu’il bénéficiait d’une liberté conditionnelle.

José Carrasco Tapia est le dernier journaliste assassiné sous la dictature. A l’endroit où son corps a été retrouvé, un monument à la mémoire des journalistes tués et disparus sous le régime de Pinochet a été inauguré le 8 septembre 1999.

Fin du communiqué de RSF

La question se pose maintenant pour Fidel Castro, dont le bilan n’a rien à envier à Pinochet
De très nombreux témoignages ont permis d’établir que la torture a été pratiquée massivement à Cuba, et continue de l’être. Selon l’organisation CubaArchive.org, le castrisme aurait fait 9.240 victimes à Cuba.

María C. Werlau et le directeur de recherches de cette organisation, Armando Lago, économiste, estiment que jusqu’à 77.000 Cubains peuvent avoir perdu la vie en tentant de s’échapper de l’île.

María C. Werlau, qui a vécu au Chili pendant la dictature de Pinochet, a personnellement vu comment la conscience internationale des atrocités en matière de droits de l’homme a aidé le Chili à reconstituer sa démocratie. « Le régime de Castro a exécuté davantage de gens durant seulement ses trois premières années, que le régime de Pinochet a fait de tués ou « disparus » durant toutes ses 17 années de pouvoir » précise Werlau.

« Mais les victimes de Castro qui sont souvent plus nombreuses– et qu’incluent non seulement des adversaires politiques mais aussi des familles complètes assassinées pour avoir essayé de s’enfuir — sont encore inconnues, ignorées ou oubliées. »