Cuba et la mémoire du Che

A Cuba tous les écoliers commencent leur journée par prêter serment d’allégeance à Che Guevara « pionniers, pour le communisme, nous serons comme le Che »

Aujourd’hui le plus célèbre des guérilleros de la Sierra Maestra est devenu un produit touristique du régime cubain au même titre que le rhum et les cigares. Le Che est partout : sur les badges, les tee shirts, les porte clés, les montres, les posters, les cartes postales vendues dans les boutiques d’État.

Triste fin pour un héros de la révolution : voir sa propre effigie délaissée au profit du dollar, le plus méprisable des symboles de l’impérialisme américain. Les gamins de La Havane ont flairé la bonne affaire : ils essaient de vendre aux touristes les pièces de trois pesos à l’effigie du Che, pour trois dollars. Bénéfice escompté : près de 60 pesos (un demi SMIC cubain) puisqu’aux dernières nouvelles, le dollar s’échangeait à 26 pesos. Même les boutiques d’État dans les hôtels pour touristes se livrent à ce trafic peu glorieux : vendre billets et pièces à l’effigie du Che pour leur valeur en dollar.

Le Che est partout, mais il n’est nulle part dans ce qui reste du socialisme cubain dont il avait lui même posé les bases. Pourtant jamais un cadavre n’aura été aussi bavard. Pas un jour sans que la propagande officielle ne célèbre un des faits d’armes du « comandante » ou ne rappelle une de ses citations pour tenter de démontrer laborieusement la fidélité du régime castriste aux idéaux du Che.

Granma a beau insister lourdement sur le goût du « comandante » pour le travail volontaire et ressasser ses efforts pour augmenter la productivité et l’émulation, il ne reste pas grand chose dans le Cuba d’aujourd’hui de « l’homme nouveau » que la révolution devait engendrer selon le Che. Ce qui n’empêche pas le régime castriste de chercher désespérément à recueillir un peu de l’immense popularité qu’a conservé le Che dans sa patrie adoptive.

Aujourd’hui l’image du Che ne colle plus avec la réalité telle qu’elle apparait à travers plusieurs témoignages : le Che savait à l’occasion se montrer très cruel avec ses compagnons, et d’une inflexibilité qui confinait à la maniaquerie. Au moment de la crise des fusées en 1962, il se déclare pret à affronter le feu nucléaire pour sauver la révolution, faisant preuve d’un jusque boutisme inquiétant.

Le héros révolutionnaire, a conservé cette image humaniste et romantique de toute une génération de militants et d’intellectuels contestataires dont le mythe perdure encore aujourd’hui avec des millions de T-shirts et autres produits à son effigie. Mais selon l’écrivain et journaliste cubain en exil en France, Jacobo Machover, dans un ouvrage intitulé « La face cachée du Che », Ernesto Guevara est un bourreau fanatique, imperméable à tout sentiment, se délectant, un cigare à la bouche, devant l’exécution sommaire d’opposants, un personnage brutal et sanguinaire.