Cuba : les galériens de Fidel Castro

A l’hôtel Sevilla, un des établissements les plus renommés de La Havane, et géré par le groupe français Accor, on a choisi de ne pas renier son passé.
Au contraire, les murs du superbe salon du rez de chaussée décorés d’azulejos à la Sévillane, sont ornés des clichés représentant les célébrités qui ont fréquentés l’établissement du temps de sa splendeur, c’est-à-dire avant 1959.

Certains ont un casier judiciaire plus ou moins chargé. Al Capone et Santos Traficante sont là en compagnie de Graham Greene, Perez Prado, Gloria Swanson, Errol Flynn et Josephine Baker.

A l’époque le cours du peso Cubain était aligné sur celui du dollar américain et les deux circulaient à parité. Aujourd’hui ce n’est plus le cas : il faut 26 pesos cubains pour avoir un dollar. A l’époque le Sevilla appartenait à Don Almeto Battisti, un mafioso notoire qui tenait aussi entre ses mains la très lucrative « bolita » (jeu de loterie) : pour espérer travailler au Sevilla, mieux valait être en bons termes avec l’organisation.



Aujourd’hui, tout ça c’est du passé : la mafia italo-américaine à déserté les lieux et le Sevilla a été « nationalisé » par l’Etat Cubain qui en a confié la gestion au groupe hôtelier français Accor. Mais curieusement ce n’est pas Accor qui gère directement le personnel de l’hôtel, et pour espérer travailler dans un hôtel géré par une société étrangère, mieux vaut être en bon terme avec les cadres du parti qui examinent les candidatures.



En effet, pour embaucher du personnel cubain, les entreprises étrangères doivent passer par une société cubaine (ACOREC, Agencia de contrataciones a representaciones comerciales) qui détient le monopole de la sous traitance pour toutes les sociétés étrangère opérant à Cuba.


Barbarita, est serveuse à l’Hôtel Sevilla de La Havane, pourtant elle ne travaille pas officiellement pour Accor, son employeur de fait, mais pour ACOREC qui lui verse chaque mois un salaire de 210 pesos cubains (soit 8 dollars par mois).
Pour le groupe français Accor, le salaire versé pour employer Barbarita est très supérieur : Accor doit régler chaque mois le salaire de son employée à ACOREC…. En dollars, augmenté d’un coefficient de 2,1 correspondant aux charges sociales, soit 441 dollars.

En résumé, le sous traitant cubain touche 441 dollars et en reverse 8 au travailleur cubain : le reste soit 98% des sommes versées par Accor, part dans la poche de l’Etat Cubain.



Un carambar et les remerciements du Parti, voilà à quoi se résume le « salaire » horaire d’un Cubain en 2005, « année de l’alternative bolivarienne pour les Amériques », selon la phraséologie en vigueur.



Un système plus proche de la spoliation que de la sous-traitance, qui prend la forme d’une redevance versée par les investisseurs européens à l’Etat cubain pour avoir le droit de disposer de « sa » main d’œuvre, qui au bout du compte touche un salaire dont ne voudrait pas entendre parler un journalier du Gujarat.

(En Inde le salaire horaire d’un travailleur non qualifié est de 0,5 dollar, 1 dollar pour un employé d’un centre d’appel. Sur la base de 140 heures par mois, le salaire moyen horaire d’un Cubain est de 6 cents de dollars, soit environ 5 centimes d’euros ).


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