Mois : février 2005

  • « Messieurs, je dois le dire en toute honnêteté, Cuba n’a pas besoin des Etats-Unis, Cuba n’a pas besoin de l’Europe. C’est tellement agréable de pouvoir le dire, (Cuba) a appris à se passer d’eux », a déclaré le chef de l’Etat cubain mardi soir dans un discours de cinq heures au Congrès mondial d’alphabétisation à La Havane.

    Les pays de l’UE « vont nous pardonner, mais quel crime, quel péché? », s’est demandé Fidel Castro, vêtu de son uniforme militaire vert olive.

    « Maintenant certains veulent nous pardonner pendant quelques petits mois, jusqu’en juin », a-t-il ajouté, en référence à l’annonce la veille à Bruxelles de la suspension pour six mois des sanctions européennes adoptées en juin 2003 dans la foulée de la vague de répression de la dissidence.

    Le régime cubain avait fait condamner en avril, au terme de procès sommaires, 75 opposants, dont une trentaine de journalistes indépendants, à des peines de six à 28 ans de prison, et fait exécuter trois Cubains qui cherchaient à fuir aux Etats-Unis.

    Quatorze de ces dissidents ont été remis en liberté conditionnelle l’an dernier, la plupart pour des raisons de santé.

    L’UE, qui a depuis 1996 une position commune sur Cuba, consistant à demander des changements démocratiques et une amélioration de la situation des droits de l’homme, décidera avant juillet de proroger ou non la suspension des sanctions.

    « Je dois me taire parce que je ne veux pas aider les « gusanos » (ndlr: vers de terre, nom péjoratif donnés aux exilés anticastristes), à l’heure où ils disent que l’Europe a trahi, que l’Europe a abandonné les combattants de la liberté, que l’Europe fait le jeu, s’est vendue et s’est rendue au tyran Castro », a ajouté le chef de l’Etat.

    « Il n’y a pas de doute que certains en Europe ont agi de bonne foi, mais dans quel monde vivons-nous, où, pour effectuer de petits pas en avant et rectifier de grandes erreurs, il faille maintenir au purgatoire un pays et lui pardonner ? », s’est interrogé Fidel Castro.

    Réagissant au discours du chef de l’Etat, une source proche de l’exécutif européen a déclaré mercredi à Bruxelles qu’avec la suspension des sanctions européennes, « il ne s’agit pas de pardonner, mais de dialoguer » avec les autorités cubaines sur « les progrès dans les domaines de l’économie, de la politique et des droits de l’homme ».

    Le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn, dont le pays préside l’UE, a souligné mardi que « si Cuba ne saisissait pas la perche que nous lui tendons, nous avons l’obligation de revenir » à la situation antérieure.

    Le chef de l’Etat cubain n’a pas fait référence à la décision de l’UE, parallèlement à la suspension des sanctions, d’ »intensifier » les contacts avec la dissidence.

    Fidel Castro, qui se remet d’une chute accidentelle en octobre ayant provoqué une fracture de son genoux droit, a parlé assis pendant deux heures et demie avant de se lever et de poursuivre debout son discours, sans note, jusqu’à la fin.

  • Paradoxalement, cette distinction de la ville de Strasbourg tombe en même temps que la levée des sanctions diplomatiques de l’UE contre Cuba.
    Raul Rivero avait été placé sous la protection de la ville de Strasbourg jusqu’à sa libération conditionnelle le 30 novembre dernier. La ville de Strasbourg a décidé de parrainer désormais Ricardo Gonzalez Alfonso, un autre journaliste dissident emprisonné à Cuba, a indiqué lundi soir le président de la communauté urbaine, Robert Grossmann, à l’occasion de la remise du prix. L’universitaire cubain exilé Jacobo Machover, auteur d’un essai intitulé « Cuba, totalitarisme tropical » , a reçu le prix du Club de la presse de Strasbourg au nom de Raul Rivero, dont il est le traducteur en français d’un recueil de poèmes (« mandat de perquisition » aux editions al Dante). Après avoir lu un message écrit spécialement par le dissident cubain, Jacobo Machover a stigmatisé la suspension le même jour des sanctions de l’Union européenne contre le régime castriste, à l’instigation du gouvernement socialiste espagnol, la taxant de « lâcheté ». « Ce n’est pas (le président du gouvernement espagnol) José Luis Rodriguez Zapatero qui a fait libérer Raul Rivero, c’est vous tous en faisant pression sur les autorités cubaines… C’est encore vous, et vous seuls qui pouvez obtenir la libération des autres prisonniers politiques cubains », a martelé M. Machover.

    Raúl Rivero est né en 1945. Après des études de journalisme à l’université de La Havane, il se met au service de la révolution de Fidel Castro, et entre à l’agence de presse officielle Prensa Latina. Sa rupture avec le régime castriste date de la fin des années 80 : en 1989, il quitte l’Union des écrivains et artistes cubains, et signe en 1991  » La lettre des 10 « , pétition demandant à Fidel Castro des élections libres et la libération des prisonniers politiques. En 1995, il fonde l’agence indépendante Cuba Press. Il est aujourd’hui le seul cosignataire de  » La lettre des 10  » à demeurer à Cuba, en dépit des pressions, des menaces et des arrestations :  » dans l’espace qui existe entre partir et revenir, il faut fonder la permanence, parce que rester sera toujours un antidote contre le désenchantement et un venin contre l’oubli « .

    Sa liberté de circuler a été restreinte, il a été séquestré et menacé à plusieurs reprises, sa famille intimidée et ses documents confisqués. Depuis le mois de mai 2000, il faisait partie de la Société de Journalistes  » Manuel Marquez Sterling « , qui s’est donné pour mission la promotion de la liberté d’expression et d’information, ainsi que la formation professionnelle de journalistes cubains.