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  • « Nous avons l’intention de nous réunir le 20 mai prochain pour organiser une réunion générale de notre coalition », explique le mouvement dans une lettre adressée à Fidel Castro précisant que la réunion ne s’effectuera pas dans un lieu public.

    Cette association qui, selon ses responsables, regroupe 343 organisations, est dirigée par Marta Beatriz Roque, 58 ans. Elle avait été incarcérée en mars 2003 après avoir été arrêtée en même temps que 73 autres dissidents par les autorités cubaines, puis libérée en juillet dernier pour des raisons de santé.

    Marta Beatriz Roque est la seule femme parmi les 75 dissidents et journalistes condamnés au cours de la vague de répression de mars 2003. Elle aussi la seule à avoir été emprisonnée deux fois par le gouvernement de Fidel Castro (elle a fait trois années de prison entre 1997 et 1999 avant d’être à nouveau arrêté en mars 2003).

    Le gouvernement cubain ne reconnait pas les groupes d’opposition dans l’île et les qualifie de mercenaires au service de puissances étrangères.

    Selon le secrétaire du mouvement, l’avocat Rene Gomez Manzano, il est peu probable que cette demande soit satisfaite par les autorités. En cas de refus, « nous leur ferons payer le coût politique d’une telle décision au niveau international », a averti M. Gomez Manzano.

  • J’avais droit à vingt-cinq minutes de téléphone par semaine, et Blanca Reyes, ma femme, me faisait des synthèses de ce qui se passait. Et, tous les trois mois, pendant les deux heures de visite auxquelles nous avions droit, elle m’informait aussi, me disait que telle personne avait écrit tel article. Tout cela m’aidait à garder ma sérénité mentale. Car la première année a été très dure en prison : j’étais dans une cellule d’isolement, dans des conditions humiliantes. Je passais quatre heures à écrire, et autant à lire : comme une journée de travail. C’est ce que je m’étais fixé. Mais parfois, vu les conditions difficiles, ce rythme était bouleversé. Par exemple, il n’y avait de l’eau que quinze minutes par jour. Il fallait alors vite remplir les bouteilles, se laver rapidement. On nous sortait aussi quarante-cinq minutes au soleil, menottés, dans une cellule de mêmes dimensions (6 m2) mais sans toit. L’insomnie aussi pouvait influer sur ce programme : il y avait dans la cellule des grenouilles qui me sautaient dessus au milieu de la nuit et me réveillaient en sursaut, des grillons qui s’installaient dans un coin et m’empêchaient de dormir.

    Il faut se constituer une sorte de forteresse spirituelle pour s’en sortir. Ces nouvelles que me transmettait Blanca étaient très importantes. Savoir qu’un ami en Espagne avait écrit un article, que Gallimard avait publié un de mes livres (je mourais d’envie de voir la couverture ! C’est le genre de choses importantes pour un écrivain…). Savoir qu’il y avait des personnes que j’aime beaucoup, et qui ont été très impliquées, comme Zoé Valdés, et d’autres que j’admire sans les connaître. Je ne m’attendais pas à une telle réaction, de la même façon que le gouvernement cubain ne s’y attendait pas.

    Aviez-vous accès à des livres, à des journaux ?

    Ma femme pouvait m’apporter des livres, et j’avais aussi un petit poste de radio, qui transmettait les informations cubaines. Mais pas de télévision, et, seulement de façon sporadique, Granma (quotidien officiel du Parti communiste cubain, ndlr), rien de plus. Mais j’ai pu recevoir des livres de poésie, des romans, un dictionnaire de la langue espagnole, qui m’a aidé pour écrire mes poésies. La poésie a été un refuge ; j’ai même écrit un livre de poèmes en prison.

    C’était plus compliqué pour sortir les textes de la prison. La police avait fixé un thème : ce ne devait être que des poèmes d’amour. Alors je les donnais à un officier de la police politique et les poèmes «approuvés» étaient transmis à mon épouse. Ce livre, qui est donc passé par les yeux attentifs de la police, va bientôt sortir en Espagne. Ceux qui n’étaient pas approuvés m’étaient rendus, et il y en avait d’autres que je ne soumettais pas à la lecture, parce qu’ils touchaient à d’autres thèmes : l’expérience en prison, les histoires de détenus, des petits événements. Par exemple, un jour, un papillon est passé devant la fenêtre grillagée de la cellule, et j’ai passé toute la journée à attendre qu’il repasse. Il n’est pas revenu, alors je l’ai imaginé et j’ai écrit un texte.

    Dans une cellule d’isolement, la vie s’arrête, on reste seul avec ses souvenirs. ça a été une étape très sombre, j’avais une condamnation très lourde (vingt ans de prison, ndlr), j’avais déjà 57 ans au moment de mon arrestation, je ne savais pas quand j’allais sortir de là… parfois je me sentais étouffé, par l’éloignement de ma famille, de ma mère, très âgée, de mes filles.

    extrait d’une ITV de Jean Baret pour Libération

  • Trente et un députés français parrainant des prisonniers politiques cubains ont recommandé aux autorités espagnoles « une extrême vigilance » et « la plus grande fermeté » dans leurs relations avec le gouvernement cubain pour obtenir de nouvelles libérations, a-t-on appris lundi auprès du député du Bas-Rhin Yves Bur (UMP), à l’origine de l’initiative.

    Les élus français s’inquiètent de rester « sans nouvelles des prisonniers qu’ils parrainent » après la libération de 13 des 75 dissidents condamnés en avril 2003 à de lourdes peines de prison. « Ayant eu connaissance de l’implication de l’Espagne quant à ces récentes libérations, le groupe de parlementaires souhaite donc connaître la position exacte du gouvernement espagnol », a indiqué lundi un communiqué des députés.

    Dans ce but, ils ont adressé un courrier à M. Francisco Villar y Ortiz de Urbina, ambassadeur d’Espagne en France dans lequel ils s’affirment « certains que la poursuite du dialogue engagé avec les autorités cubaines pourrait déboucher sur de nouvelles libérations » tout en recommandant « une extrême vigilance doublée de la plus grande fermeté ». « Toujours mobilisés, les trente et un députés continueront à poursuivre leur engagement en faveur de leurs +filleuls+ jusqu’à leur libération », conclut le communiqué. Les parlementaires signataires sont associés à la campagne de parrainage lancée par le Collectif Solidarité Cuba Libre après une vague de répression sans précédent au printemps 2003 contre la dissidence cubaine, marquée par la condamnation de 75 opposants à des peines pouvant aller jusqu’à 28 ans de prison.

  • Jorge Olivera Castillo, qui travaillait avant sa détention pour le magazine « De Cuba » et collaborait avec des agences de presse étrangères, souffre du colon. Il a été libéré après avoir subi un examen médical complet.

    Agé de 43 ans, il avait été condamné à 18 ans de prison à la suite d’un vaste coup de filet dans les milieux dissidents, qui avait conduit à l’arrestation de 75 personnes en mars 2003. L’ensemble de ces opposants ont été accusé d’intelligence avec les Etats-Unis dans le but de faire tomber le régime de Fidel Castro.

    Dans un entretien avec des journalistes à son domicile, peu après sa libération, Olivera a réaffirmé son opposition politique au régime castriste et a confié qu’il envisageait de s’exiler aux Etats-Unis, un visa lui ayant été accordé avant son arrestation.

    « La dissidence ne devrait pas être considérée comme un acte criminel », a-t-il fait valoir, tout en se disant convaincu que d’autres libérations devraient suivre prochainement. « J’ai le sentiment que le gouvernement réfléchit au bien-être du pays », a-t-il commenté.

    A la surprise générale, Cuba avait remis en liberté la semaine dernière six des 75 activistes appréhendés l’an dernier. Trois avaient été libérés lundi dernier pour motifs médicaux, deux autres le lendemain, dont l’écrivain Raul Rivero, puis le journaliste indépendant Edel Jose Garcia Diaz vendredi. Avec la libération de Jorge Olivera Castillo, le total des dissidents du groupe de 75 relâchés par le régime cubain depuis cet été s’élève à 14, tous ayant retrouvé la liberté pour raisons médicales. Bon nombre des 61 autres ont été transférés à La Havane pour y subir des examens médicaux avant d’être renvoyés dans leurs prisons de province. AP

  • Ces libérations interviennent au moment où le régime cubain semble avoir accepté un début de normalisation avec l’Espagne, qui, au sein de l’Union européenne (UE), demande un assouplissement des sanctions contre La Havane en échange de « gestes » du régime castriste.
    Le plus connu parmi les six dissidents libérés est l’économiste Oscar Espinosa Chepe, 64 ans, condamné l’an dernier à 20 ans de prison, qui a annoncé lui-même au téléphone à l’AFP sa libération.

    Les cinq autres dissidents sont Margarito Broche, condamné à 25 ans de prison, membre de l’Association nationale des Balseros, Paix, Démocratie et Liberté, Marcelo Lopez, 15 ans de prison, membre de la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN, illégale), Pedro Argüelles Moran, condamné à 20 ans, directeur de la Coopérative des journalistes indépendants de la province de Ciego de Avila, Pablo Pacheco, condamné à 20 ans, journaliste de l’agence indépendante Patria, et Jesus Mustafa Felipe, condamné à 25 ans, membre du Mouvement chrétien de libération (MCL, illégal).

    Selon Elizardo Sanchez Santa Cruz, président de la CCDHRN, qui a annoncé ces libérations, « dans certains cas, (les dissidents libérés) sont rentrés directement chez eux en province en autobus ».

    Ils ont bénéficié de la liberté conditionnelle, a-t-il ajouté.

    Ces libérations portent à 13 le nombre de dissidents du groupe des 75 libérés depuis le début de l’année.

    Le régime cubain avait lancé en mars l’an dernier la plus lourde vague de répression depuis des années en arrêtant 75 dissidents, dont 28 journalistes indépendants, parmi lesquels l’écrivain Raul Rivero, toujours emprisonné. Ils avaient été condamnés en avril à des peines de six à 28 ans de prison.

    Commentant au téléphone sa libération, l’économiste Oscar Espinosa Chepe a estimé qu’elle était due au fait qu’ »il y a des personnes très malades en prison ».

    « La situation est intenable. La pression internationale est également très forte, la presse a joué un rôle très important », a-t-il déclaré.

    « Réellement, le gouvernement a commis une très grande erreur avec nous, qui sommes des personnes totalement pacifiques et qui ne voulons que la réconciliation de la société cubaine », a-t-il estimé.

    L’économiste souffre de multiples problèmes de santé, à l’origine de son transfèrement de la prison de la province de Guantanamo (sud) à celle de Santiago de Cuba (sud) et dernièrement à l’hôpital militaire de La Havane.

    Dimanche, le président de la CCDHRN avait annoncé le transfert d’au moins 18 dissidents, détenus dans plusieurs prisons de l’île communiste, vers des centres de santé pénitentiaire à La Havane.

    Selon plusieurs sources, les transferts ont démarré vendredi, au lendemain de la rencontre à La Havane entre le ministre cubain des Relations extérieures, Felipe Perez Roque, et l’ambassadeur d’Espagne à Cuba, Carlos Alonzo Zaldivar, première rencontre officielle entre un haut responsable du gouvernement cubain et un représentant d’un pays européen depuis l’adoption en juin 2003 par l’UE de sanctions contre l’île communiste en raison de la vague de répression contre les dissidents.

    L’Espagne, ancienne puissance coloniale à Cuba, milite au sein de l’UE en faveur d’une reprise du dialogue avec les autorités cubaines.

    « Ce sont des pas en avant des deux côtés, cela donne cette impression, même s’il est encore très tôt pour tirer des conclusions », a estimé Elizardo Sanchez.