Mois : mars 2005

  • Dans les recommandations de son rapport, Christine Chanet a demandé au
    gouvernement de La Havane de « mette en liberté les personnes
    détenues qui n’ont commis aucune violence contre des personnes ou
    des biens « .

    Elle a aussi réclamé que  »Cuba promeuve le pluralisme dans le domaine
    des associations, syndicats, des moyens de communication et des
    partis politiques  »et que le gouvernement cubain « autorise l’entrée à Cuba des
    organisations non gouvernementales (ONG)  ».

    Chanet, juriste française, a conseillé, en outre, que  » on
    maintienne sans exception le moratoire de la peine de mort
    institué en 2000, en vue de l’abolir ».

    Elle a aussi plaidé pour une réforme  »de la procédure pénale
    pour qu’elle soit adaptée aux articles de la Déclaration Universelle
    des Droits de l’Homme, sur les droits des prisonniers à comparaître
    devant un tribunal indépendant et impartial et à disposer de
    garanties de procédures et de la présomption d’innocence.

    La rapporteuse de la Commission de Droits de l’homme de l’ONU a plaidé pour l’arret des procédures à l’encontre des citoyens qui exercent des droits garantis par la
    Déclaration de principes de l’ONU relatifs aux libertés d’opinion et
    d’expression, entre autres.

  • Monsieur le Commissaire européen,

    Vous allez effectuer une visite à Cuba du 24 au 27 mars. Vous serez reçu par le vice-président, Carlos Lage Davila, par le ministre des Relations extérieures, Felipe Pérez Roque, par la ministre de l’Investissement extérieur et de la Coopération, Marta Lomas Morales et par le président de l’Assemblée nationale, Ricardo Alarcon. Vous rencontrerez également le cardinal Jaime Ortega, archevêque de La Havane.

    Reporters sans frontières voudrait, à cette occasion, attirer votre attention sur le sort des 21 journalistes encore emprisonnés à Cuba depuis la vague répressive de mars 2003. Il est indispensable que l’Union européenne rappelle, chaque fois que possible, sa ferme volonté de voir l’ensemble des détenus politiques cubains libérés au plus vite.

    Les journalistes s’appellent Víctor Rolando Arroyo Carmona, Pedro Argüelles Morán, Mijail Barzaga Lugo, Adolfo Fernández Saínz, Alfredo Felipe Fuentes, Miguel Galvan Gutiérrez, Julio César Gálvez Rodríguez, José Luis García Paneque, Ricardo González Alfonso, Alejandro González Raga, Ivan Hernández Carrillo, Normando Hernández González, Juan Carlos Herrera Acosta, Marío Enrique Mayo Hernández, José Ubaldo Izquíerdo Hernández, Héctor Maseda Gutiérrez, Pablo Pacheco Ávila, Fabio Prieto Llorente, Alfredo Manuel Pulido López, Omar Rodríguez Saludes et Omar Moisés Ruiz Hernández. Tous ont été condamnés en août 2004, à l’issue de parodies de procès, à des peines allant de 14 à 27 ans de prison.

    Leur crime ? Exercer la profession de journaliste hors des médias autorisés par le pouvoir de La Havane.

    Cellules insalubres, eau non potable, privations de visites, mauvais traitements, absence de soins médicaux alors que la santé de la plupart d’entre eux se dégrade de jour en jourŠ Voilà le prix quotidien que doivent payer 21 hommes « coupables » d’avoir voulu informer librement et de penser autrement que le pouvoir. Ces 21 journalistes, Monsieur le Commissaire européen, courent un grave danger s’ils sont maintenus plus longtemps en détention.

    En marge d’une visite au Parlement européen le 8 mars, Felipe Pérez Roque avait affirmé que son pays était prêt à faire des « gestes clairs », si l’Union européenne s’abstenait de condamner Cuba lors du prochain vote de la Commission des droits de l’homme à Genève.

    Nous vous prions, Monsieur le Commissaire européen, de mettre M. Pérez Roque face à ses responsabilités et lui rappeler à quels « gestes clairs » l’engage une telle demande : la libération immédiate et sans condition de tous les dissidents cubains et en particulier des 21 journalistes injustement emprisonnés.

    La liberté de la presse fait partie intégrante de ces libertés publiques que l’Union européenne se fait fort d’incarner, de protéger et de défendre. Cuba n’a rien à exiger de l’Union européenne sans ce préalable fondamental : cesser d’être la deuxième plus grande prison du monde pour les journalistes.

    Dans l’attente de ce « geste fort » de votre part en direction des autorités cubaines, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Commissaire européen, l’expression de notre haute considération.

    Robert Ménard
    Secrétaire général

    Fernando Castello
    Président

  • Les « Dames en blanc » se préparent à commémorer, entre aujourd’hui et le 20, le second anniversaire des arrestations du printemps 2003, qui ont abouti à des condamnations de 14 à 28 années pour 75 dissidents, accusés de conspirer avec les USA, d’attenter à l’indépendance de l’État, et de miner les principes de la révolution.

    Fait inhabituel à Cuba, des conjoints et des mères des opposants emprisonnés ont commencé s’unir pour effectuer des actes pacifiques demandant la libération des prisonniers : envoi de lettres au gouvernement, défilés dans les rues de La Havane.

    Ces femmes, qui ont choisi d’habiller de blanc pour défiler dans la rue, pensent que leur mobilisation a servi au moins autant que la pression internationale à obtenir l’élargissement de 14 dissidents pour motifs de santé, en décembre dernier.

    Durant ces deux années  »notre vie a radicalement changé, nous nous sommes unies, nous avons acquis une certaine expérience et nous somes devenues les voix de nos conjoints » explique Laura Pollán, qui était femme au foyer, avant que son mari, Héctor Maseda, journaliste indépendant membre du Groupe de Travail Decoro, soit arrêté et condamné à 20 années de prison.

    La stratégie  »de désobéissance civile pacifique  »qu’elles ont pratiqué
    pendant ces deux années a donné de bons résultats, juge Laura, qui
    signale que les Dames en Blanc sont prêtes « à poursuivre sa lutte
    jusqu’à obtenir la libération du dernier dissident dans les prisons de Cuba ‘.

    Elle n’écarte pas de nouvelles libérations sous licences
     »extrapenales  » (régime de liberté provisoire pour raisons de santé, utilisé en décembre 2004 pour libérer un premier groupe de dissidents et journalistes, dont Raul Rivero et Jorge Olivera Castillo) dans les prochaines semaines, bien qu’elle ne soit pas trop optimiste parce que  »le gouvernement utilise les prisonniers
    comme monnaie d’échange ».

    « Pour nous c’est plus difficile maintenant car on s’est focalisée sur Rivero et les autre sont anonymes. On entendait toujours Rivero et les autres : maintenant il va falloir sortir les autres de l’anonymat. Nous les Dames en Blanc nous n’arreterons jamais, meme si nous devons occuper et camper sur la place de la revolution. » nous a déclaré Laura Pollan, épouse d’Hector Maseda.

  • « Bonjour, mon nom est Rodriguez et voici le camarade Segura : nous venons installer les microphones ».
    C’est en prononcant cette phrase, plutôt surprenante que se présentent les deux fonctionnaires de la Sécurité de l’État qui frappent à la porte de Nicanor ÓDonell (Luis Alberto Garcia).

    Pendant 15 minutes, Nicanor essayera de comprendre la nouvelle politique dans laquelle on lui demande que continuer à dire du mal du gouvernement, mais dorénavant dans la chambre dans laquelle va installer les microphones.

    Tout ceci assaisonné avec beaucoup de la « cotidianidad cubana », depuis les jerricans d’essence volée qui trainent chez Nicanor, jusqu’à l’offre de l’un des agents de la Sécurité de lui vendre en douce une antenne parabolique (installation interdite à Cuba).

    « Notre mission est d’installer des microphones dans ta maison pour écouter directement tes commentaires antigouvernementaux », explique un des agents à Nicanor ÓDonell qui au début, n’en croit pas ses oreilles.

    Nicanor passe de la surprise à l’indignation, en affirmant à propos des agents de la Sécurité « ils ne prennent même plus la peine de se cacher » .
    Ce à quoi l’agent répond de façon très professionnelle et un peu à la manière d’un fonctionnaire dépité « Les clients, personne de les comprend : avant ils se plaignaient de ne jamais nous voir en face ».

    Un des fonctionnaires lui demande sur un ton très professionnel « Où vous parlez généralement mal du gouvernement, dans quelle partie de la maison? » et Nicanor répond « dans toutes les parties, ici, dans la chambre, dans la cuisine, dans la cuisine! ».

    Les agents racontent à Nicanor qu’il a été choisi parce que ses critiques sont « réellement sagaces » et en outre parce que sa maison est près de leurs bureaux et qu’ils n’avaient pas d’automobile disponible.

    Le court métrage bascule ensuite dans l’absurde, au moment ou Nicanor se scandalise de n’avoir droit qu’à deux microphones, sur le mode des Cubains qui se plaignent sans arret des pénuries incessantes.

    Comme tous les Cubains, il proteste contre le manque de moyens de l’Etat….. même quand il s’agit de l’espionner à des fins politiques : une façon de montrer que cette attitude ne choque plus personne à Cuba, ou le respect de a vie privée n’existe pas.
    Les deux agents expliquent qu’il doit s’estimer content, « Vous vivez seul et l’État vous assigne deux microphones » dit le fonctionnaire Rodriguez et il ajoute qu’il y a des familles de dix personnes qui n’ont eu droit à aucun microphone.

    Quand ils lui demanderont de faire un essai de son, le fonctionnaire Segura lui suggère qu’il dise « quelque chose de subversif, pour s’echauffer » et ÓDonell crie : « J’adorerais avoir une antenne parabolique ».

    À la fin un des agents lui offre de lui vendre une de ces antennes de télévision satellitaire interdites à Cuba « mais ca reste entre nousmoi reste entre nous parce que ce type est un peu borné », ajoute t-il, en se référant à l’autre policier.

    Ce court métrage parcourt Cuba sous forme de CD-ROM et est vu sur des ordinateurs particuliers, la plupart d’entre eux clandestins aussi, puisqu’à Cuba la vente de PC est interdite aux particuliers.

    télécharger « Monte Rouge » au format Windoows Media Player

  • L’année dernière, la production de sucre avait atteint les 2.5 millions de tonnes, selon des estimations officielles.

    Il est possible que l’actuelle récolte sucrière  »n’arrive pas à 1.7, peut-être 1.5 million de tonnes », a déclaré Fidel Castro, en se référant dans son discours le plus récent à l’impact de la sécheresse dans l’agriculture sucrière.

    Cette situation, indiquent les experts, pourrait compliquer les engagements contractuels de Cuba, dont la production doit garantir une consommation nationale de 700.000 tonnes et une quantité additionnelle pour remplir ses engagements avec l’extérieur, dont la quantité n’est pas publiquement connue.

    Cuba doit faire face aux effets accumulés de 10 années consécutives de sécheresse persistante, avec une recrudescence spéciale en 2003-2004 avec des pertes prévues officiellement de $834 millions, dans l’ensemble du secteur agricole.

    la sécheresse n’affecte pas seulement Cuba, mais d’autres pays
    sucriers comme l’Inde, la Thaïlande, l’Australie et l’Afrique du Sud
    qui enregistreront cette année des diminutions sensibles dans leurs
    productions par le manque de pluies.

    Des maisons de courtage internationales prévoient que pour la première fois
    depuis de nombreuses années la production mondiale restera sous la
    consommation, ce qui provoque déjà une hausse des prix
    du sucre, en dépit des grandes réserves existantes.

    Le Cuba, qui jusqu’en 1990 a été un grand exportateur de sucre, cherche maintenant à devenir un producteur efficace,
    avec des coûts rabaissés.

    Cuba a commencé en 2002 une restructuration de son industrie
    sucrière. Des 155 usines existantes alors, quelques 70 ont été démantelées et 62% de
    la terre consacrée à cette culture est passée à d’autres cultures,
    comme la production agro-alimentaire et forestière.

    Quelque 120.000 travailleurs du secteur ont été reclassés dans
    d’autres secteurs de l’agriculture ou ont été envoyés à des cours
    de requalification, sans perdre leur droit au salaire.

  • Le président vénézuélien est convaincu que les Américains veulent l’éliminer à tout prix : «S’il m’arrive quelque chose, on saura qui est le responsable : le président des Etats-Unis, dont le gouvernement a démontré à quel point il était dénué de scrupules. Si George W. Bush parvenait à ses fins, il s’en repentirait aussi vite car le cours du pétrole dépasserait alors les 100 dollars», a-t-il prévenu hier.

    Voici le compte rendu de sa « conférence de presse » par Jacobo Machover, écrivain et journaliste cubain en exil.

    Il est arrivé avec une heure et demie de retard, sans s’excuser (l’exactitude n’est plus la politesse des rois, mais celle des tyrans), entouré d’un nombre invraisemblable de gardes de sécurité, la plupart cubains, membres des services secrets castristes, qui trônaient à leurs aises sur la scène du studio 104 de la Maison de la Radio, avec leurs petites valises, contenant une mitraillette ou un bouclier pare-balles, bien en vue.

    Tout autour des quelques dizaines de journalistes convoqués (oui, oui, convoqués, dixit la responsable de presse) pour l’occasion, autant de sbires, sinon plus, tous bien visibles, prêts à sortir manu militari l’impudent qui aurait osé poser une question gênante pour le « citoyen-président ».

    Mais il y avait peu de chances que cela n’arrive. En effet, seules cinq questions étaient permises. Selon les dires de la responsable, les médias avaient été tirés au sort. Parmi les heureux élus (quel hasard !), il y avait tout de même le journaliste de L’Humanité.

    Drôle de conférence de presse, qui tenait davantage du meeting, avec applaudissements « spontanés » de la claque installée aux premiers rangs. Dehors, des sympathisants chavistas s’évertuaient à soutenir leur leader et le mentor de celui-ci, Castro, avec force drapeaux cubains. Plus loin, relégués hors de la vue du soudard en costume-cravate, quelques contre-manifestants (insuffisamment), qui sauvaient tout de même l’honneur de l’opposition à cette visite en France, qui tenait à la fois de la propagande et du business, avec une forte odeur de pétrole.

    À l’intérieur de la salle, un groupe de journalistes, pour la plupart vénézuéliens et d’autres nationalités latino-américaines, avaient rédigé un communiqué protestant contre les conditions de toute évidence anti-démocratiques de cette conférence de presse inédite dans sa forme. Mais ils ne purent le lire, dissuadés par les menaces à peine voilées du service d’ordre castro-chavista. La seule chose qu’ils purent faire, ce fut de se lever et de quitter ostensiblement la salle (seule réaction démocratique encore possible) à la fin de la première intervention, interminable, de l’ancien putschiste, qui accusait, sans la moindre preuve, Bush de vouloir le tuer, ce qui était destiné sans doute à justifier son imposant appareil de protection et, surtout, d’intimidation.

    Toujours est-il que la peur est là. On peut la toucher du doigt, comme à Cuba. Le Venezuela est désormais (pour combien de temps ? : espérons que ce ne soit pas pour l’éternité) sous coupe réglée, sous la domination d’un caudillo ridicule mais redoutable, qui agitait un petit livre bleu contenant sa Constitution « bolivarienne », comme autrefois les Chinois, contraints et forcés, brandissaient le Petit livre rouge du président Mao. Hugo Chávez n’a rien d’un Libertador, il est l’exemple même de l’apprenti-dictateur.

    Jacobo Machover

  • Contrairement à d’autres régimes qui ont utilisé la force pour contrôler leurs citoyens, le gouvernement de Cuba utilise la peur et les punitions — depuis l’ostracisme jusqu’à l’emprisonnement — pour maintenir l’ordre, a déclaré Payá.

     »Ce régime gouverne à travers la peur des gens, c’est une culture de peur. C’est comme un système de paralysie anticipée, dans lequel la personne n’est pas capable de s’exprimer, ou d’avoir une attitude contestataire » a expliqué Paya a un journaliste du Nuevo Herald.

    « Ceux qui osent parler contre le gouvernement peuvent perdre leurs emplois, ou terminer en prison » a soutenu Payá. « Leurs enfants peuvent faire face à l’exclusion et à la discrimination dans les écoles, et ensuite, dans leur travail »

    Beaucoup des militants qui ont pris part au Projet Varela de Payá — une pétition pour demander des réformes démocratiques et qui a engendré une reconnaissance internationale pour Paya (prix Sakharov de la liberté) — sont maintenant emprisonnés.

    Payá soutient qu’environ 50 des 75 dissidents arrêtés et condamnés à de longues peines de prison en mars 2003 étaient des responsables du Projet Varela. Les autorités ont libéré 15 de ces 75 pour motifs de santé, mais seulement deux d’entre eux ont pris part au projet, il a précisé Paya.

    Le gouvernement cubain prétend que les personnes comme Payá sont
     »contre revolutionaires », et insiste sur le fait que le système permet d’exprimer les voix dissidentes pourvu qu’elles n’attaquent pas directement la révolution socialiste de l’île ou ses dirigeants.

  • Reporters sans frontières a décidé de dire haut et fort que la libération de cinq journalistes, pour calmer les esprits critiques et rassurer la communauté internationale, ne la satisfait pas et que l’organisation continuera à dénoncer ce qui se passe à Cuba. Aujourd’hui, toute expression critique à l’égard du régime de Fidel Castro est considérée comme criminelle.

    C’est pourquoi nous nous mobilisons en lançant une grande campagne au cinéma, à la radio, en affichage grâce au réseau Insert à partir du 21 mars prochain, et en presse écrite .

    La campagne cinéma, un film de 30 secondes réalisé par l’agence Saatchi et Saatchi, montre les deux visages de l’île : une destination touristique prisée et une prison politique. Cette campagne sera diffusée gracieusement pendant trois semaines à partir du 16 mars grâce au réseau Médiavision et Screenvision.

    Nous sollicitons actuellement les radios afin qu’elles acceptent de diffuser un spot de 30 secondes qui rappelle qu’il y a « une voix que le régime cubain sait parfaitement étouffer : celle des 21 journalistes actuellement emprisonnés pour avoir voulu faire leur métier ».

    La campagne presse et cartes postales est construite sur le principe du jeu pour enfant « Où est Charlie ? » qui consiste à chercher un personnage au maillot rayé rouge et blanc au milieu d’une foule de personnages affairés, dans un décor coloré.

    Le visuel montre une scène de la vie quotidienne à la Havane et pose la question : « Où sont les journalistes ? » La réponse est en bas de l’annonce, inscrite à l’envers : « Ne cherchez pas, à Cuba, ils sont en prison ».