Mois : octobre 2006

  • Contre toute attente, M. Noboa, 56 ans, l’homme le plus riche d’Equateur, est arrivé en tête avec 26,7% des suffrages contre 22,5% pour M. Correa, 43 ans.

    Aucun des deux candidats n’ayant rempli les conditions pour l’emporter dès le premier round (majorité absolue ou 40% des suffrages et 10 points d’avance sur le deuxième), les deux hommes se retrouveront le 26 novembre pour le second tour.
    M. Correa a contesté lundi ces résultats, affirmant avoir remporté le premier tour. Il a estimé que le système informatique brésilien E-Vote, utilisé pour le dépouillement, avait « échoué » dans ses calculs et pouvait l’avoir privé d’un suffrage sur trois.

    Pendant les jours précédant le scrutin, il avait déjà dénoncé une fraude électorale organisée, selon lui, avec la complicité tacite de l’Organisation des Etats américains (OEA) et de ses 150 observateurs dans le pays.

    Il y a moins d’une semaine, les sondages le donnaient encore largement vainqueur dès le premier tour, avec une avance de dix points sur M. Noboa.

    Le président sortant Alfredo Palacio et le chef de la mission de l’OEA, l’Argentin Rafael Bielsa, ont rejeté tout soupçon de fraude.

    Pour El Comercio, l’avantage de M. Noboa s’explique aussi par un discours plus pragmatique que celui de son rival.

    Le candidat de la droite a pour sa part estimé que l’amitié de son adversaire « avec Cuba et le président du Venezuela Hugo Chavez » était à l’origine de sa déroute.

    Une dure confrontation gauche-droite est attendue pour la campagne du second tour dans ce pays très instable, dirigé par sept présidents en dix ans, dont trois destitués avant la fin de leur mandat. Le dernier en date, Lucio Gutierrez, avait vu son mandat abrogé par le parlement en avril 2005 et il avait été remplacé par M. Palacio, son vice-président.

    M. Correa avait décidé de ne pas présenter de candidats aux législatives car il compte, s’il est élu président, convoquer une assemblée constituante pour réformer la Constitution et réduire le pouvoir du Congrès qu’il considère comme la cause de l’instabilité chronique du pays.

    Sur le plan international, un gouvernement de Correa, consoliderait les relations avec Cuba, le Venezuela et la Bolivie, et renforcerait le bloc latino-américain de gouvernements de gauche. Pour Alan García au Pérou, cela peut impliquer à moyen terme plusieurs problèmes.

    Si la politique de Correa consiste en la renégociation avec les entreprises pétrolières et l’application d’une politique anti libérale, cela donnerait plus de force aux mouvements d’opposition au Pérou et pourrait remettre en question les politiques économiques qui sont en train d’être suivies.

    Avec la Colombie, la situation est déjà tendue à cause du refus de l’Equateur de participer au Plan Colombie, et des incursions des militaires colombiens sur le sol équatorien pour combattre la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), en plus des dizaines de milliers de réfugiés qui ont fui en Equateur à cause du conflit interne du voisin du Nord.

  • Mais c’est bien connu, quand on a été flic on le reste toute sa vie. Mario Conde a beau avoir officiellement quitté la police, il se retrouve bientôt mêlé à une affaire de meurtre.

    Au détour d’une de ses recherches il tombe sur une sorte de caverne d’Ali Baba du bibliophile : une ancienne demeure du Vedado conservée par un couple de vieillards qui ont conservée intacte une bibliothèques qui regorge d’édition originales et d’incunables de grande valeur. Leur situation est celle de beaucoup de Cubains âgés qui n’ont que leur retraite pour vivre ( environ 120 pesos par mois, soit 5 euros) et elle se résume en une phrase lâchée à contre coeur par la maîtresse des lieux « Ou nous vendons les livres, ou nous mourrons de faim à petit feu ».

    Car au delà du genre policier, chaque roman de Leonardo Padura est aussi l’occasion de se plonger dans les difficultés quotidiennes qu’imposent la survie dans la société cubaine des années 1990 et 2000, celles de la période spéciale. Leonardo Padura habite à Cuba et entend bien y rester et par conséquent son propos est exempt de toutes critiques sociales ou politiques, mais le regard désabusé que porte Mario Conde sur Cuba en dit long sur la décomposition de la société cubaine. On retrouve d’ailleurs les habituels complices de ses précédentes aventures : l’inusable Flaco Carlos, devenu obèse sur son fauteuil roulant après avoir perdu l’usage de ses jambes en Angola, le lieutenant Manolo qui a pris la relève de Conde dans la police et Tamara son éternelle amour de jeunesse rencontrée dans la classe de terminale (pre universitario).

    Toujours est-il qu’en feuilletant un de ses livres anciens, Mario Conde tombe sur une coupure de presse datant de 1960 et relatant la retraite anticipée d’une chanteuse de boléro connue sous le nom de Violeta del Rio. Persuadé que ce personnage mystérieux est relié à l’histoire de sa famille, Mario Conde se lance sur les traces de l’énigmatique artiste de la nuit havanaise. L’occasion de se replonger dans un passé par si lointain « A cette époque là, à La Havane il y avait plus de soixante clubs et cabarets avec deux et même trois spectacles par nuits…. Pour la vie nocturne il n’y avait pas mieux qu’ici. C’est vrai qu’il y avait les putes, la drogue, la mafia, mais les gens s’amusaient et le nuit commençait à six heures du soir et ne finissait pas. » témoigne un des interlocuteurs de Mario Conde.

    Rien à voir donc avec la sinistre ruine qu’est devenue la capitale cubaine : on y trouve aujourd’hui qu’une poignée d’établissements dont la fréquentation est réservée aux touristes et aux proxénètes et prostituées en quête de devises. Le Conde a beau avoir des principes, il ne peut constater l’effondrement des valeurs qui lui ont été enseignées pendant toute sa jeunesse.

    « La sensation de dégradation qui flottait dans l’air inquiéta l’ex policier qui ressentit sur sa peau un tremblement trop semblable à la peur…/…. Trop de gens sans rien à perdre ou à faire. Trop de gens sans rêves ni espoirs. Trop de feu sous la cocotte qui , tôt ou tard exploserait sous l’effet des pressions accumulées. »

    D’ailleurs la curiosité maladive du Conde le pousse à commettre des imprudences et à s’aventurer dans les quartiers sauvages de La Havane où il se fait copieusement tabasser. Pour retrouver un de ses ex indics, le Conde se retrouve même un bordel clandestin ou en train de fumer un joint sur le toit d’une maison : tout fout le camp. Comme Hammett ou Chandler, Leonardo Padura se fait à travers le genre policier un fidèle témoin de la société qui l’entoure, et surtout de ses aspects les moins connus et parfois les plus sordides.

    présentation de l’éditeur

    Mario Conde a quitté la police. Il gagne sa vie en achetant et en vendant des livres anciens, puisque beaucoup de Cubains sont contraints de vendre leurs bibliothèques pour pouvoir manger. Le Conde a toujours suivi ses intuitions et, ce jour d’été 2003, en entrant dans cette extraordinaire bibliothèque oubliée depuis quarante ans, ce ne sont pas des trésors de bibliophilie ou des perspectives financières alléchantes pour lui et ses amis de toujours qu’il va découvrir mais une mystérieuse voix de femme qui l’envoûtera par-delà les années et l’amènera à découvrir les bas-fonds actuels de La Havane ainsi que le passé cruel que cachent les livres. Leonardo Padura nous parle ici de ce qu’est devenue Cuba, des désillusions des gens de sa génération, « des Martiens » pour les plus jeunes mieux adaptés à l’envahissement du marché en dollars, aux combines et à la débrouille. Au-delà du roman noir et de l’enquête de Morio Conde, Leonardo Padura écrit un beau roman mélancolique sur la perte des illusions, l’amour des livres, de la culture, et de la poésie si populaire des boléros. On reste longtemps marqué par l’atmosphère de ces brumes cubaines.

    biographies de Léonardo Padura

    Leonardo Padura est né à La Havane en 1955. Il est l’auteur d’Adios Hemingway, du Palmier et l’Etoile, de Electre à La Havane, L’Automne à Cuba, Passé parfait, Mort d’un Chinois à La Havane et de Vents de carême. Il a reçu les prix Hammett et Café Gijdn.

  • La nouvelle a été rendue publique à Miami par Alexander Acosta, procureur fédéral du district. Il a affirmé en conférence de presse que cette initiative avait pour objectif d’« isoler » économiquement le gouvernement cubain.

    Nous avons établi un «groupe de travail spécifique», avec d’autres agences gouvernementales, dans le but de faire respecter le programme de sanctions contre Cuba» et de «poursuivre» ceux qui les violent, a dit Acosta aux journalistes.

    Le groupe en question, dénommé «Groupe de travail pour l’exécution des sanctions contre Cuba» est formé par le FBI, le Service d’immigration et de douanes (ICE), le département du Commerce, la Garde côtière, le Bureau pour le contrôle des biens étrangers (OFAC) et le Bureau des douanes et de la protection des frontières (CBP).

    L’embargo, quel embargo ?

    Depuis le début de la Révolution, l’embargo américain a toujours été le principal argument du régime de Castro, et de ses partisans, pour justifier son économie de pénurie et sa quasi faillite financière.
    Cette position est-elle encore crédible alors que Cuba commerce librement avec plus de 120 pays dans le monde, et a reçu en 2004 quelque 2 millions de touristes (dont 170 000 cubano-américains et près de 60 000 citoyens américains) ?

    On sait aussi que la population cubaine survit principalement grâce aux « remesas », ces transferts d’argent en provenance de la communauté exilée, qui représentent près d’un milliard de dollars par an.

    Depuis 2001, date du premier assouplissement de l’embargo permettant à Cuba d’importer des produits alimentaires et des médicaments en provenance des Etats Unis, Cuba est devenu un très bon client des entreprises américaines : en 2004, les Etats-Unis sont le premier fournisseur de Cuba pour les importations agroalimentaires pour un montant de 400 millions de dollars. En réalité cette mesure anachronique, et sans doute contre productive tant elle sert les intérêts de Castro, est davantage une disposition de politique interne, qu’un outil destiné à déstabiliser le dictateur.

    L’embargo est un gage donné au million d’électeurs cubano-américains de Floride qui a toujours condamné tout assouplissement des sanctions contre Cuba. La famille Bush leur doit beaucoup : ils ont assuré l’élection de Jeb Bush, (le frère de Georges Bush) au poste de gouverneur de Floride et joué un rôle décisif pour l’élection et la réélection, de George Bush.

  • Le président cubain, Fidel Castro, éloigné du pouvoir depuis près de huit mois pour des raisons de santé, pourrait reprendre ses fonctions le 28 avril, a affirmé le président de Bolivie Evo Morales.

    Selon M. Morales, le retour au premier plan de M. Castro à Cuba, 80 ans, devrait avoir lieu à l’occasion du troisième anniversaire de la création de l’Alternative bolivarienne des Amériques (ALBA) et pour célébrer la première année écoulée depuis la signature à La Havane du Traité de commerce des peuples (Bolivie, Cuba et Venezuela). La commémoration des deux événements «sera l’occasion d’assister au retour de notre frère Fidel à la présidence de Cuba.», a affirmé M. Morales.

    Une annonce qui coincide avec le triste anniversaire du printemps noir de Cuba. Quatre ans après la vague répressive de mars 2003, Cuba compte toujours 270 prisonniers d’opinion dont 25 journalistes, ce qui fait de l’île la deuxième prison du monde pour la presse après la Chine.

    La situation des droits de l’homme dans l’île n’a connu aucune amélioration, depuis que Fidel Castro a officiellement cédé les rênes de l’État à son frère Raúl, le 31 juillet 2006. La répression s’est même accentuée depuis l’automne dernier, avec une multiplication d’agressions, de perquisitions et de gardes à vue contre des journalistes indépendants.

    Voici quelques extraits de témoignages de prisonniers politiques à Cuba :

    « La cellule s’inonde tous les jours avec les eaux résiduelles du couloir. Tension artérielle élevée. Ils m’emmènent à l’hôpital avec des fers aux pieds et des menottes aux mains. Matelas sale, déchiré, vieux, dur. Il pleut très fort. Je découvre des fuites sur le plafond de la cellule. Abondantes. Je reste en cellule d’isolement. Ils me tondent la tête et le visage. Ensuite je me rase. La nourriture, comme tous les jours, indescriptible. »

    Manuel Vázquez Portal (libéré pour raisons de santé)

    « Les conditions de détentions étaient infra humaine, l’eau était contaminée et la nourriture souvent pourrie. La nourriture se résumait à une mixture de farine de mais, de haricots écrasés avec de la farine de blé et mélangée avec de l’eau : cela avait pour nom « pâte alimentaire ». Deux fois par mois, nous avions droit à un morceau de poulet. On me sortait une heure par jour, seul dans une cour, et selon l’heure il pouvait y avoir ou de ne pas avoir de soleil. Je n’étais pas correctement soigné et le stress et la mauvaise nourriture ont compliqué mes symptômes. J’ai aussi attrapé des parasites à cette époque, et je n’ai pas été correctement soigné dans l’hôpital de la prison»

    Jorge Olivera

    Fidel Castro avait cédé tous ses pouvoirs le 31 juillet à son cadet Raul, officiellement à titre provisoire, après une opération en urgence suite à d’importants saignements aux intestins le 27 juillet. C’était la première fois qu’il quittait ses fonctions en près d’un demi-siècle de régime communiste à Cuba.

    Les informations sur sa maladie couverte par le secret d’État sont diffusées au compte-goutte, mais pas celles sur sa récupération, qui font l’objet d’une large et volontariste diffusion.

    Parmi les invités de marque de Fidel Castro convalescent, le dernier en date a été l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez qui a décrit un Castro fort bavard, de bonne humeur et ayant envie de parler de tout.

  • L’Amérique latine a changé de cap, dit-on. En fait, les Chávez et autres Morales ne sont pas de gauche.
    A eux tous, ces pays comptabilisent plus des trois quarts de la population et de la richesse de la région. En ce sens, on pourrait dire que l’Amérique latine vire majoritairement à gauche. Mais cette affirmation est exagérée et superficielle. Ce qu’on voit se former n’est ni un nouveau bloc ni une entité de gauche au sens traditionnel du terme. Aucune des différentes gauches latino-américaines ne ressemble à celle du Cuba de Fidel Castro.

    Mais elles ne ressemblent pas non plus à celles de Salvador Allende [socialiste élu président du Chili le 4 novembre 1970, renversé par le coup d’Etat militaire du 11 septembre 1973] ou du premier gouvernement de Daniel Ortega [sandiniste, président du Nicaragua de 1985 à 1990]. L’effervescence politique que l’on observe dans la région correspond à un rejet calme et partiel de l’ordre établi par le “consensus de Washington” dans les années 1980 et 1990.

    Cet ordre – ou plutôt ce système – résulte de l’intégration de l’Amérique latine dans le processus de la mondialisation ; une mondialisation qui, certes, a créé beaucoup de richesses (quoique mal réparties) dans la région, mais qui a aussi engendré un fort mécontentement parmi les majorités populaires.

    Les mesures prescrites par le consensus de Washington ont laissé des traces : ouverture commerciale et financière des pays, acquisitions massives de banques et d’entreprises de services et d’énergie par des acheteurs étrangers. Ces acquisitions ont eu pour conséquence une augmentation considérable de la présence des multinationales dans la région. Cependant, la réaction de la population ne traduit pas une volonté d’implanter le socialisme – ni dans sa version plus dure, le communisme, ni sous sa forme plus douce, la social-démocratie.

    Les gens acceptent l’économie de marché avec la même neutralité – ou la même résignation – que celle qu’ils affichent face à la démocratie parlementaire. L’agitation politique du moment ressemble plus à une lutte, quelque peu spontanée et désorganisée, pour une meilleure répartition des avantages de la mondialisation, un désir qu’exprime la devise : “Une autre mondialisation est possible”.

    Agir dans le cadre de la démocratie parlementaire

    Dire que des mouvements populaires comme ceux des sans-terre, des producteurs de coca ou d’ethnies longuement ignorées, dirigés par des caudillos qui se croient élus non pas par les citoyens mais par la Providence, dépourvus de toute conception d’ensemble cohérente de la société qu’ils veulent créer, dire que de tels mouvements sont “de gauche” revient à dire que le soulèvement de Spartacus [révolte des esclaves contre l’Empire romain, 71-73 av. J.-C.], la révolte des paysans allemands à l’époque de Luther ou encore la révolte des Sioux étaient “de gauche”. Etre de gauche ne signifie pas monter les pauvres contre les riches et les impuissants contre les puissants, pas plus que cela ne signifie semer la haine et le désordre dans la société.

    En politique, être de gauche repose sur le respect de la dignité humaine, sur une conception de l’Etat solidaire, et sur la priorité accordée par les dirigeants à l’égalité de tous devant la loi et à la juste répartition des biens et valeurs créés par le travail et le capital. Et même si, dans la pratique, la défense de ces principes implique la limitation des privilèges des riches et des puissants, la gauche moderne doit agir dans le cadre de la démocratie parlementaire, c’est-à-dire en respectant les autres partis politiques qui lui disputent le pouvoir et en condamnant avantages, manœuvres politiques et abus.

    Par définition, les caudillos ne sont pas de gauche. La gauche latino-américaine a appris pendant la “décennie perdue” des années 1980 que la stabilité économique, sans inflation galopante, assortie d’une monnaie crédible au niveau international, d’un équilibre budgétaire raisonnable et d’un environnement favorable aux échanges commerciaux est une condition sine qua non d

  • Voici donc un journaliste cubain « officiel », parmi les meilleurs : Manuel David Orrio, que j’ai rencontré plusieurs fois lorsqu’il travaillait pour la police politique cubaine, déguisé en journaliste. Son « témoignage » a permis d’envoyer en prison pour 20 ans des intellectuels, de vrais journalistes et poètes mondialement reconnus comme Raul Rivero. Bien sur, après son « témoignage », M.Orrio a du se reconvertir. Devinez en quoi ? En journaliste : quelle déchéance pour un flic qui avait quand même le grade de capitaine de « seguridad del Estado ».

    Cuba, son économie, la CIA

    par Manuel David Orrio

    Décidément, Cuba est un étrange pays. Un curieux pays qui a vécu plus de 40 ans victime de mesures économiques unilatérales imposées par les Etats-Unis lesquelles, selon des économistes cubains, ont dores et déjà causé à l’économie de l’île des préjudices d’un montant total de plus de 86,1 milliards de dollars et de 4 milliards rien que pour l’année 2005. Peu importe qu’à l’O N U désormais cela soit devenu une routine que de condamner une telle politique ; peu importe que Jean Paul II ait qualifié cette même politique d’« éthiquement inacceptable » et, apparemment, il importe encore moins qu’ici et là on avance des considérations sur le développement économique de Cuba qui prennent très peu en compte cette donnée incontournable ou qui, tout simplement, n’en font qu’une boule de papier tout juste bonne pour la corbeille.

    Le rapport présenté au Président Bush le 20 juillet dernier par la Commission pour l’Aide à une Cuba Libre est un exemple parfait d’une telle désinvolture. Ce rapport assène avec une tranquillité qui laisse pantois :

    « Le potentiel économique du peuple cubain a été trop longtemps étouffé, otage qu’il est d’un système économique qui a échoué, lequel soutient le régime mais ne fait rien pour apporter la prospérité au peuple cubain. Un Gouvernement Cubain de Transition devra faire face à des situations critiques, depuis stabiliser les conditions macroéconomiques jusqu’à créer une structure microéconomique qui permettra la croissance des entreprises privées. Seulement 62% de la population cubaine a un accès suffisant à l’eau potable ».

    Cuba est loin d’être une société parfaite, le journaliste que je suis vous le répète pour la énième fois. Mais il y a loin de là à affirmer que l’économie cubaine est un échec et qu’elle est incapable de garantir au peuple cubain une croissance stable et équitable pour tous. Même des économistes pas forcément bienveillants envers Cuba, reconnaissent que durant ces cinq dernières années un des plus importants succès de l’économie cubaine a été, précisément, le fait d’avoir pu créer des conditions « macro-économiques » capables d’établir des bases pour un développement soutenu, et cela en dépit même de ces dés pipés avec lesquels on joue cette partie que certains appellent « embargo » et d’autres « blocus ». Au passage, signalons que dans le Programme des Nations Unies pour le Développement il est dit que plus de 90% de la population cubaine a accès à l’eau potable.

    L’économie cubaine a terminé l’année 2005 avec une croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) de 11,8% si on s’en tient aux chiffres officiels qui sont encore l’objet d’une mise au point en raison de l’application d’une nouvelle méthode de calcul destinée à mieux prendre en compte la valeur ajoutée présente dans des services gratuits mis à la disposition de la population tels que l’éducation et la santé, méthode qui, à l’heure actuelle, n’a pas encore convaincu certains organismes comme la Commission Economique pour l’Amérique Latine (CEPAL) laquelle, pour cette raison, n’a pas inclus Cuba dans ses dernières statistiques.

    Dans la presse même de Cuba, certains auteurs semblent cautionner ces interrogations du moins dans un secteur aussi important, à Cuba, pour les dépenses publiques que la santé. Comme on peut le lire dans une dépêche de l’Agence Nationale d’Information datée du 26 mai 2006 : « Actuellement on progresse dans la caractérisation de la valeur de nombreux services sociaux et autres, réévaluation qui sera progressivement étendue à toutes les unités du secteur social de niveau primaire, secondaire et tertiaire, et qui entrera pleinement en vigueur en 2007 »

    Cela revient à dire d’une certaine façon qu’on n’a pas encore clairement défini la méthode statistique qui permettrait d’affirmer catégoriquement que, conformément à la nouvelle méthode de calcul, la croissance du PIB de Cuba est de tant ou de tant.

    Néanmoins des économistes cubains interviennent dans ce débat, pas tellement académique, et réfutent les rapports étatsuniens comme celui de la Commission pour l’Aide à une Cuba Libre en appliquant la méthode toute simple qui consiste à calculer le PIB en considérant, selon la bonne méthode classique, ces services gratuits à la population seulement comme des « dépenses du gouvernement ».

    C’est ainsi que l’académicien Juan Triana Cordoví, du Centre d’Etudes pour l’Economie de Cuba, a déclaré au cours d’une conférence que, sur cette base, la croissance du PIB de Cuba, en 2005, a été au moins de 5% .

    Bien entendu on peut accuser Triana Cordoví de partialité pro-gouvernementale. Mais, pour démontrer combien sont mensongères ses affirmations, s’il y a bien quelqu’un à qui on peut faire confiance, c’est bien à la Central Intelligence Agency des Etats-Unis.

    Or, la CIA, la CIA elle-même, a estimé que le PIB cubain s’est accru de 8% ! en 2005 ; elle relève que le taux de chômage a été inférieur à 2 % et que le taux de l’inflation a été de 7% environ. Elle a aussi calculé que les réserves financières de Cuba s’élevaient à plus de 2,618 milliards de dollars, soit approximativement 6,6% du montant du PIB estimé par la dite Agence pour l’année en question.

    Ce n’est pas seulement sur ces indicateurs que la très célèbre « Compagnie » offre une vision de Cuba très éloignée du discours que l’Administration Bush tient sur la patrie de José Martí et sur les soit disant échecs du gouvernement de Fidel Castro. Elle reconnaît avec la totale froideur qui sied à un Service de Renseignements le succès de Cuba dans toute une série d’objectifs économiques et sociaux, comme par exemple le fait d’avoir stoppé le développement d’un fléau tel que le sida ou le fait d’avoir réussi à rebâtir un réseau d’alliances géopolitiques bien nécessaires à la sécurité du pays dans tous les secteurs. C’est la CIA qui le dit, oui, la CIA[1]

    Assurément, un observateur instruit doit normalement se demander comment peuvent exister, à propos de la situation à Cuba, de telles contradictions entre le discours officiel nord-américain et les évaluations de son principal service d’espionnage : C’est très simple, la réponse est extrêmement simple : Cuba est un pays étrange.

  • Le président Fidel Castro se remet de son opération intestinale et n’est pas mourant, a assuré son frère Raul Castro, répliquant semble-t-il aux récentes informations selon lesquelles le numéro un cubain serait atteint d’un cancer en phase terminale.

    « Il n’est pas mourant, contrairement à ce qu’une certaine presse de Miami rapporte », a ajouté Raul, en précisant que les délégués étudiants tiendraient une session spéciale avec Fidel Castro en décembre.

    Raul a indiqué que lui et d’autres dirigeants avaient eu une longue réunion avec son frère au cours des dernières 48 heures, au cours de laquelle ils ont discuté de diverses « affaires de l’Etat » et Castro leur a donné des instructions.

    Le magazine Time écrivait ce week-end que pour les responsables gouvernementaux américains, Fidel Castro, qui est âgé de 80 ans, avait un cancer en phase terminale.

    Castro a publié un communiqué le 31 juillet affirmant qu’il cédait à titre temporaire le pouvoir à son frère cadet Raul, 75 ans, parce qu’il devait subir une opération après une hémorragie intestinale et qu’il lui faudrait des semaines pour se remettre.

    Depuis lors, les médias nationaux ont diffusé des reportages vidéo et des photos de Castro recevant dans sa chambre d’hôpital des amis et des dignitaires. La dernière fois remonte à plus de deux semaines, lorsqu’il a reçu le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et d’autres dignitaires présents à La Havane à l’occasion du sommet du Mouvement des non alignés.

  • Hugo Chavez, « représente une bouée de sauvetage qui a prolongé l’existence du régime, mais il ne pourra pas le sauver, car la situation à Cuba est terrible, tout est en train de s’effondrer », a-t-il affirmé lors d’un entretien avec l’AFP.

    La passation de pouvoir temporaire entre Fidel et son frère Raul, qui assume depuis fin juillet la présidence de Cuba, sonne « le début de la fin », « c’est une question de mois », a estimé le dissident cubain, en visite à San José.

    « Nous n’avons pas suffisamment d’éléments pour savoir si Fidel est condamné à mourir, mais il est mal en point, et je crois que son frère Raul n’est pas en mesure de lui succéder car c’est un incapable, c’est un éternel second », a-t-il affirmé.

    Par ailleurs, Huber Matos a regretté la division des groupes d’opposants cubains en exil, notamment à Miami, qui sont entrés dans un combat « à feu et à sang, au lieu d’unir leurs efforts pour être prêts lors de la chute du régime ».

    Le commandant Huber Matos a été un des principaux protagonistes de la révolution cubaine, aux cotés de Che Guevara, de Camilo Cienfuegos et de bien d’autres, qui ont lutté avec Fidel Castro pour jeter dehors Batista et rétablir la démocratie à Cuba. Car tel était bien le projet initial qui regroupait des hommes venus souvent d’horizons très différents : or comme l’immense majorité des membres de la guerilla, Huber Matos n’est pas communiste.

    Commandant de la région de Camaguey, Huber Matos commence à prendre ses distances avec Fidel Castro qui esquive ses questions sur la dérive communiste de la Révolution. Lassé de ne pas être entendu, il remet sa lettre de démission à Castro, qui est publiée en annexe de son livre. Ce sera d’ailleurs son seul crime. Une trahison inacceptable pour Castro qui le fait condamner à 20 ans de prison au cours d’un « procès », monté de toutes pièces, et qui ne sera pas le dernier de la sinistre histoire judiciaire de la révolution cubaine.

    Lorsqu’on demande à Huber Matos de porter l’uniforme des détenus de droit commun, il refuse. On lui confisque ses vêtements et il reste plus d’une année en caleçon dans sa cellule où les murs suintent l’humidité. Pour récupérer son uniforme il entame une grève de la faim : on le frappe et l’alimente de force avec un tuyau dans lesquels on verse de la soupe bouillante. Au bout de six mois de ce traitement , il pèse 55 kg et est à moitié sourd. Alors qu’il est en train de mourir , un « médecin » du G2 (la police politique cubaine) est chargé de le « soigner ». Pour s’assurer qu’il est encore en vie il lui enfonce régulièrement le talon de sa chaussure dans l’estomac, ou lui casse quelques cotes pour voir s’il a encore la force de crier. On lui arrache une dent en mauvaise état sans anesthésie, et autres traitement médical « de faveur ». A la suite d’un des nombreux tabassages dont il est victime, son bras est à moitié paralysé : on commence à le soigner au bout d’un an.

    Huber Matos a récemment publié ses mémoires dans un livre intitulé « Et la nuit est tombée » . Un livre bouleversant, par ce qu’il contient d’horreurs et d’espérances déçues ; il est aussi un document unique sur l’une des figures majeures de notre temps, Castro, dont Matos nous trace un portrait au quotidien, sans haine, et une exceptionnelle leçon de courage comment survivre au goulag cubain.