Mois : février 2007

  • Tout comme Fidel Castro, Chavez se présente comme un grand défenseur de la démocratie, avant de concentrer entre ses mains tous les pouvoirs. Une loi, votée par un Parlement qui lui est tout acquis depuis le boycottage des législatives de 2005 par l’opposition, permet désormais à Hugo Chavez de gouverner par simples décrets pendant 18 mois : Chavez se réclame souvent de Bolivar, mais là c’est plutôt Bonaparte qui est de retour.

    Les pouvoirs spéciaux, dont l’Assemblée nationale l’a doté couvrent la majeure partie des champs législatifs.
    Premières mesures : un vaste plan de nationalisation pour donner à l’État le contrôle de la production pétrolière, celui des compagnies d’électricité privatisées dans les années 1990 et la fin de l’autonomie de la banque centrale du Venezuela, jugée trop libérale.

    Plus inquiétant : un programme d’armement très consistant est à l’étude, avec l’achat de missiles à la Russie. Chavez a confirmé jeudi soir son intention d’acquérir prochainement des missiles russes de type TOR-MI, de courte portée. « Oui, nous allons acheter des missiles, des russes (…), les plus modernes, pour nous défendre, défendre les installations pétrolières, les installations stratégiques », a déclaré M. Chavez. Défendre contre quel envahisseur ? Hugo Chavez ne le précise pas. Comme son ami Fidel Castro, il pense peut être à un débarquement américain….

    Le Venezuela, cinquième exportateur mondial de brut, a acheté l’an passé à la Russie 24 avions de chasse Sukhoï 30, ainsi que 53 hélicoptères militaires MI-24 et un lot de 100.000 fusils Kalachnikov.

    Les Etats Unis vont certainement apprécier cette politique militariste à outrance, dont on ne voit pas très bien le but, sinon provoquer l’adversaire comme l’avait le mentor de Chavez en 1962 à Cuba, Fidel Castro. Certes les missiles en question ne sont pas des missilles nucléaires, mais Hugo Chavez a apporté son soutien au programme nucléaire du régime islamique iranien. Le Venezuela a annoncé en début de semaine une coopération avec Téhéran dans le domaine de l’aéronautique militaire. Les projets portent sur la fabrication d’appareils sans pilote et sur des avions de chasse F5 américains achetés avant l’arrivée de M. Chavez au pouvoir en 1999, et dont Washington refuse d’assurer la maintenance.

    Il y a un an, les États-Unis avaient interdit à l’Espagne de vendre au Venezuela des avions militaires comportant des composants électroniques américains. Caracas avait réagi en promettant de s’équiper auprès des pays partageant ses positions anti-américaines.

  • Fidel Castro n’était pas apparu à la télévision, ni en public depuis le 28 octobre, rendant possible toutes sortes d’hypothèses, dont celles d’un cancer en phase terminale.

    Une hypothèse finalement démentie par le docteur José Luis García Sabrido, qui affirme que Fidel Castro a souffert de nombreuses complications, suite à trois opérations successives des instestins.

    Les informations publiées par le quotidien espagnol El Pais révèlent les vicissitudes de la santé de Castro en citant des sources de l’Hôpital Public « Gregorio Marañón » de Madrid, où travaille comme chef de service en Chirurgie le docteur José Luis García Sabrido. En décembre dernier García Sabrido a spécialement voyagé à Cuba pour examiner Castro et a démenti les rumeurs insistantes de cancer. « Une infection grave dans l’intestin, au moins trois opérations ratées et plusieurs complications maintiennent le dictateur cubain, prostré avec un pronostic très grave », assure la version publié par El Pais.

    Depuis six mois, la présidence de Cuba est assumée par Raul Castro, et un petit nombre de hauts responsables du parti, assurant une certaine stabilité.
    Selon Brian Latell, ex-analyste de la CIA « Raul Castro dirige Cuba avec un leadership décisif, Il a été l’organisateur du régime. Il a agi, tiré les ficelles dans l’ombre. Sans lui, le leader de la révolution aurait été incapable de se maintenir au pouvoir. Si je devais prendre une métaphore cinématographique, je dirai que Fidel, le visionnaire narcissique, est le metteur en scène, et Raul le producteur. C’est lui qui a structuré l’armée, organisé les redoutables services de sécurité et développé des secteurs entiers de l’économie. »

    Le Parti communiste, plus encore qu’avant, est entre ses mains. Quant au reste des institutions, elles se trouvent sous la coupe des « raulistes ». Alors oui, Raul est capable de rester en place. Je ne peux pas dire combien de temps. Mais il a ses chances. Il continuera à oeuvrer en coulisse, s’entourera de personnalités comme le vice-président Carlos Lage qu’il pourrait, le cas échéant, nommer à la présidence. » (Voit l’interview complet dans le Monde du 31 janvier 2007).

  • Régulièrement, La Havane baigne dans une odeur tenace d’oeuf pourri, lorsque le vent pousse vers la capitale les fumées de la centrale électrique qui alimente, avec parcimonie, la capitale. Le pétrole cubain brulé dans ces centrales est riche en souffre : il sent mauvais et abime les turbines plus rapidement que le combustible de bonne qualité.

    Environ 95 pour cent de la production quotidienne cubaine de 85 000 barils de pétroles et de 3,4 millions de mètres cubes de gaz naturels viennent de la région près de la côte nord.

    Les autorités cubaines espèrent trouver des réserves encore plus importantes au large des côtes, et des entreprises étrangères participent déjà à l’exploration en partenariat avec le gouvernement cubain.

    Une étude géologique américaine a estimé que le nord de Cuba contient de 4,6 à 9,3 milliards de barils de brut et de 280 à 620 milliards de mètres cubes de gaz naturel.

    Depuis 2003, des entreprises de Norvège, d’Inde, de Malaisie, d’Espagne et du Venezuela ont réservé des blocs pour l’exploration pétrolière, doté d’accords de partage de la production avec Cuba.

    Au total, les compagnies étrangères ont investi 1,5 milliard de dollars dans l’exploration pétrolière à Cuba.

    Le potentiel du principal gisement du pays, celui de Varadero (terrestre), est estimé à 3,5 milliards de barils et un autre forage, au nord de La Havane, s’annonce prometteur.

    Jusqu’en 1990, Cuba recevait entre 10 et 13 millions de tonnes de pétrole par an de l’Union Soviétique, à des conditions très favorables, dont près de la moitié était revendue sur les marchés. La production nationale de Cuba est alors très faible (moins de 1 million de tonnes par an), et surtout d’assez mauvais qualité car très chargée en souffre.

    Plusieurs compagnies étrangères ont déjà passé des accords avec Cuba dont Repsol (Espagne), les compagnies canadiennes Sherritt International et Pebercan, auxquels s’ajoutent depuis cette année ONGC Videsh (Inde), Sinopec (Chine), la compagnie publique de Malaisie (Petroliam Nasional Berhad), et la norvégienne Norsk Hydro spécialisé dans les forages en eaux profondes.

    Les compagnies américaines sont interdites d’explorer à Cuba bien entendu, mais la possibilité de trouver du brut à seulement 150 kilomètres des États-Unis a encouragé des groupes de pression à demander un aménagement spécial de l’embargo.

  • Selon Roger Noriega, les Etats-Unis seront prêts à soutenir des réformes économiques et politiques d’importance à Cuba une fois que Fidel Castro ne sera plus au pouvoir, «afin d’assurer que les vestiges du régime disparaissent».
    Le responsable du département d’Etat a expliqué que la fragilité de l’état de santé de Fidel Castro, 78 ans, avait été démontrée par sa récente chute lors d’un discours à Cuba. Le chef d’Etat cubain s’était alors fracturé un genou et un bras. Les Cubains doivent d’ores et déjà réfléchir au fait que Fidel Castro est mortel et à leurs propres vies, selon Roger Noriega.
    «La transition est en grande partie en marche aujourd’hui», a-t-il assuré lors d’un rassemblement à Washington parrainé par le Centre d’études stratégiques et internationales.

    Roger Noriega a exhorté les pays européens à s’engager auprès du peuple cubain et pas aux côtés du régime de Fidel Castro. «Faire des concessions à un régime comme celui-là, c’est vraiment aller dans le mauvais sens», a-t-il estimé.
    Faisant référence aux récentes libérations de dissidents, il a ajouté qu’il était «cynique et vicieux» de la part du chef cubain de faire arrêter des personnes avant de les faire libérer en échanges de faveurs diplomatiques.
    Les plans de Washington concernant Cuba sont exposés dans un rapport publié en mai dernier et supervisé par le secrétaire d’Etat de l’époque Colin Powell, qui conditionne l’aide américaine aux preuves que Cuba est sur le chemin de la démocratie et qu’elle a réellement besoin de cette assistance. AP

  • « … Le peu de journaux qui se publiaient encore étaient dédiés à proclamer son éternité et à falsifier sa splendeur avec des images d’archives, ils nous le montraient jour après jour dans ce temps statique de la une, vêtu de l’uniforme tenace des cinq soleils tristes du temps de sa gloire, avec plus d’autorité, d’agilité, de santé que jamais, même si depuis des années nous avions perdu le compte de ses années à lui, il inaugurait à nouveau des monuments connus et des installations de service public que personne ne connaissait dans la vie réelle, il présidait des réunions solennelles que l’on disait d’hier et qui en réalité dataient du siècle dernier…
    … nous nous trouvions inertes devant cette évidence, face à un corps pestilentiel que nous étions incapables de remplacer dans le monde car il s’était refusé dans ses instances séniles à prendre aucune décision sur le destin de la patrie après lui, il avait résisté avec l’entêtement invincible de la vieillesse à toutes les suggestions qui lui furent proposées… il était si lucide et si têtu que nous n’avions obtenu de lui que des réponses évasives et des délais chaque fois que nous abordions l’urgence d’organiser son héritage, car il disait que penser le monde après soi était quelque chose qui portait autant malheur que la mort elle-même, au diable, si de toute façon après ma mort les politiciens reviendront pour se répartir ce fourreau, vous verrez, disait-il, ils se répartiront à nouveau tout entre les curés, les gringos et les riches, et rien pour les pauvres…»

    L’automne du patriarche, Gabriel Garcia Marquez, 1975.

    voir http://fragmentsdile.blogspot.com/ pour la citation complète

    Gabriel Garcia Marquez, ami personnel de Fidel Castro, n’a évidemment pas écrit ce texte en pensant à Castro, mais plutôt aux vieux caudillos latinos américains du style Trujillo. Mais de fait, le texte semble ironiquement avoir été écrit précisément pour décrire la fin de règne de Fidel. Dans sa dernière édition (janvier/février 2007) le magazine américain Foreign Policy donne la parole à Carlos Alberto Montaner, journaliste cubain exilé en Espagne. Lui aussi pense que Castro appartient à la même catégorie que l’ex président dictateur Dominicain.

    « Le pouvoir de Fidel Castro n’est pas transférable. Il a beau être communiste, il appartient au même stock anthropologique que Francisco Franco ou Rafael Trujillo : le militaire autocratique. Ce type d’autorité basée sur un mélange de respect et de peur ne peut pas être transférée. » prédit Carlos Alberto Montaner.

    En revanche, force est de constater que l’effacement de Castro, n’a pas provoqué de troubles majeurs à Cuba. Les ennemis de Fidel Castro en exil prédisent depuis longtemps que la fin de son règne à Cuba provoquera des scènes de liesse dans les rues de l’île communiste, un exode massif et une transition rapide vers une démocratie de type américaine ainsi qu’une économie de marché. Pourtant, six mois après le transfert du pouvoir au frère du Lider Maximo, la vie n’a guère changé sur l’île.

    Tandis que le vieux dirigeant se remet de l’opération aux intestins qui l’a forcé à transmettre le pouvoir exécutif à son frère Raul le 31 juillet 2006, les Cubains vaquent à leurs occupations.Les autorités ne parlent plus de son retour au pouvoir. On ne voit pas d’exode massif ni de signe de changement politique imminent. De toute façon, les responsables cubains ont déjà fait ce que leurs ennemis considéraient comme impossible: ils ont construit un système communiste post-castriste. Finalement, la seule chose différente à Cuba aujourd’hui, c’est que son gouvernement, au lieu d’être dirigé par une seule personne, est conduit par sept hommes, Raul Castro à leur tête.

    Six mois après que Fidel Castro a délégué « à titre provisoire » ses pouvoirs à son frère Raul, des signes timides d’ouverture se font jour à Cuba. Depuis octobre, les médias, contrôlés par l’Etat, diffusent des articles concernant des détournements et des vols au sein d’entreprises publiques et d’autres déficiences de l’économie cubaine dont la mention était naguère impensable.

    Dans des déclarations publiques inhabituelles, des intellectuels cubains ont dénoncé pour leur part la réapparition des censeurs responsables il y a trente ans des listes noires d’écrivains et d’homosexuels. Le gouvernement a reconnu avoir commis une erreur et autorisé quelque 400 écrivains et artistes à participer mardi à une réunion sans précédent consacrée aux purges culturelles des années 1970.

    Pour les spécialistes du régime, Raul, s’il n’a pas le charisme de son frère, tient fermement le pouvoir et gouverne sur un mode très différent, partageant les responsabilités et déléguant à d’autres dirigeants la représentation de Cuba lors de manifestations internationales.

    « Ce qu’il y a de bien avec Raul, c’est qu’il a une capacité d’écoute », relève sous le couvert de l’anonymat un autre économiste cubain qui souligne que le dirigeant intérimaire a commandé des études sur les moyens de relancer l’économie ou d’accroître la production alimentaire sans exclure la propriété privée des outils de production.

    Raul a surpris les Cubains en les incitant à plus de discussions sur les politiques du gouvernement et en appelant à une gestion plus transparente de l’Etat. Le pays, a-t-il dit, est fatigué des excuses et des retards, par exemple dans le paiement des agriculteurs indépendants qui fournissent 60% de sa production.

    « Raul s’est attaché à abandonner la quête de boucs émissaires que pratiquait Fidel. Au contraire, il admet que les problèmes de la révolution sont sérieux et d’origine interne », estime Brian Latell, ancien analyste de la CIA et auteur d’ »After Fidel », un ouvrage consacré à la succession du leader cubain.

  • Le Lider maximo cubain est gravement malade et la municipalité de Miami est déjà en train d’organiser la grande fête qu’elle compte faire quand Fidel Castro mourra…

    Au début du mois, une commission a été mise sur pied, officiellement chargée de « discuter d’une cérémonie à l’Orange Bowl en cas de survenue d’événements attendus à Cuba ».

    Cela fait certes fort longtemps que la ville des anticastristes se prépare à la mort de Castro, mais les préparatifs se sont accélérés depuis que le maître de La Havane est tombé malade l’été dernier et a cédé, certes provisoirement, les commandes à son frère Raul.

    Par ailleurs, Castro ou sa famille pourrait être tenté par un exil au Chili, en cas de changement brutal de la situation. Le journal chilien El Mercurio, se référant à des propos tenus par Delfin Fernandez, ancien agent des services secrets cubains connu sous le nom d’Otto, écrit que la famille de Castro pourrait envisager un exil au Chili en cas de changement politique. Selon Delfin Fernandez, l’évacuation de la famille Castro se préparerait en secret.

    « Depuis six ans, a-t-il précisé, les services secrets cubains mettent au point une opération destinée à assurer le départ en urgence des membres de la famille de Fidel Castro et de son frère Raoul ».

    L’ancien agent secret ne cite aucun nom mais affirme que des proches parents du chef de l’Etat cubain seraient déjà installés au Chili. Il a déclaré au journal El Mercurio que le fils aîné de Fidel Castro s’était rendu au Chili la semaine précédente et y avait rencontré des membres de sa famille.

    « La famille Castro a toujours considéré le Chili comme une destination possible en cas de changement brutal de la situation politique à Cuba, peut-on lire dans El Mercurio. Il est vrai que des modifications ont été envisagées du temps d’Augusto Pinochet et qu’une installation en Argentine n’était pas exclue. » L’article ne précise pas si un siège de sénateur à vie lui a été aussi réservé…

    Selon l’ancien agent secret, en cas de départ précipité, certains membres de la famille Castro pourraient se fixer en Espagne. De nombreux biens immobiliers ont déjà été achetés à leur nom et ils ont la nationalité espagnole, précise le journal.

    Un exil de Castro de son vivant permettrait d’envisager un éventuel jugement, comme dans le cas de Pinochet.
    De très nombreux témoignages ont permis d’établir que la torture a été pratiquée massivement à Cuba, et continue de l’être. Selon l’organisation CubaArchive.org, le castrisme aurait fait 9.240 victimes à Cuba.

    María C. Werlau et le directeur de recherches de cette organisation, Armando Lago, économiste, estiment que jusqu’à 77.000 Cubains peuvent avoir perdu la vie en tentant de s’échapper de l’île.

    María C. Werlau, qui a vécu au Chili pendant la dictature de Pinochet, a personnellement vu comment la conscience internationale des atrocités en matière de droits de l’homme a aidé le Chili à reconstituer sa démocratie. « Le régime de Castro a exécuté davantage de gens durant seulement ses trois premières années, que le régime de Pinochet a fait de tués ou « disparus » durant toutes ses 17 années de pouvoir » précise Werlau.

    « Mais les victimes de Castro qui sont souvent plus nombreuses– et qui incluent non seulement des adversaires politiques mais aussi des familles complètes assassinées pour avoir essayé de s’enfuir — sont encore inconnues, ignorées ou oubliées. »

  • L’après Castro ? La question est depuis un certain temps dans toutes les têtes. Mais pendant longtemps le sujet est resté tabou, preuve s’il en était besoin que même gravement malade ou moribond, Fidel Castro tenait encore les rênes du pouvoir. A l’instar des fins de règne des grands caudillos, il était indécent d’évoquer avec trop de précisions la succession du Lider Maximo de son vivant. La question n’est plus maintenant de savoir s’il y aura une transition à Cuba, mais quand et comment.

    Malgré l’assurance officielle qu’il n’y a ni « transition », ni « succession » à Cuba, et que Raúl n’est au pouvoir que « temporairement », le doute susbsiste sur un retour de Fidel Castro au pouvoir. L’option militaire reste dans un premier temps la plus probable, ne serait-ce que parce qu’elle est sans doute la seule susceptible d’éviter un scénario catastrophe à la roumaine avec une explosion des tensions et des antagonismes qui minent la société cubaine. L’armée est déjà fermement implantée dans les sphères du pouvoir avec notamment la présence de deux généraux de premier plan au bureau politique (Abelardo Colomé Ibarra et Ulises Rosales del Toro). Cependant la personnalité de Raúl Castro reste un mystère.

    Raúl Castro n’a que cinq ans de moins son frère ainé, et la réputation d’avoir une santé plutôt fragile : homme d’appareil et de coulisses, il est plutôt mal à l’aise en public. Autant Fidel est grand, imposant par sa carrure et sa prestance, autant Raúl est petit, chétif, terne et sans envergure. Fidel paralyse ses interlocuteurs du regard, et est encore capable de captiver ses auditeurs en alignant les anecdotes et les plaisanteries. Raúl fait pitié avec son regard chafouin, ses manières apprêtées et ses discours d’un dogmatisme et d’un ennui mortels.

    Raúl a la réputation d’être un pragmatique : son appel aux Etats Unis pour négocier en est la preuve. Plus récemment il a décidé d’arreter de donner des noms aux années. 2006 était l’année de la « révolution énergétique », 2007 sera l’année du « 48 eme anniversaire de la révolution ». Et ainsi de suite. Pourquoi se casser la tête chaque année pour trouver un slogan dont tout le monde se soucie comme de sa première chaussette ?

    Raúl Castro ne laisse pas beaucoup d’illusions d’ouverture du système. Bien qu’il soit une personne affable et connu pour sa cordialité, il a été le protagoniste de quelques moments d’une extrême dureté dans l’histoire de la révolution. En 1959, il assumait le commandement des troupes révolutionnaires qui prirent Santiago de Cuba, la seconde ville de Cuba ; il y ordonna l’exécution sommaire de 70 officiers et soldats qui s’étaient rendus. Après avoir été fusillés, les prisonniers furent jetés dans une fosse commune. Raúl, qui avait formé « l’Armée rebelle » à une discipline reconnue comme étant de fer, fut aussi l’organisateur, en 1996, d’une purge d’intellectuels du PCC qu’il accusa de déviations capitalistes en raison de leur appui à la politique d’ouverture économique.

    Raul a toujours donné l’impression d’être un communiste dogmatique et un idéologue intransigeant : son rôle de procureur dans l’affaire Ochoa a montré qu’il était capable du pire. Mais l’histoire a déjà prouvé avec Gorbatchev que du plus terne des bureaucrates peut parfois surgir un réformateur audacieux. On sait maintenant qu’au lendemain des manifestations spontanées du mois d’août 1994 qui ont opposé la police et des émeutiers en plein centre de La Havane, Raul a fait personnellement pression sur Fidel pour obtenir la réouverture des marchés libres paysans au mois d’octobre de la même année.

    Secondé par six cadres prééminents du Parti communiste, dont le vice-président Carlos Lage, et le chef de la diplomatie Felipe Perez Roque, Raúl a adopté un style aux antipodes de celui de son frère, avec des discours synthétiques et de rares apparitions devant les caméras. Il s’est aussi dit ouvert, aux « divergences » et au débat, et favorable à l’ascension de nouvelles générations. Pour le moment, rien de concret n’est cependant venu etayer ces déclarations.

    En particulier, aucune amélioration n’est intervenue du côté des droits de l’homme. La libération pour raisons de santé le 6 décembre d’Hector Palacios, l’un des dissidents les plus combatifs du groupe des 75 arrêtés en mars 2003, n’a aucunement été perçue comme un signe d’assouplissement. Les autorités de La Havane ont déjà averti qu’elles prendront «toutes les mesures nécessaires» envers la dissidence y compris pour l’empêcher de recevoir des aides de Washington.

    L’ère post-Fidel Castro a bel et bien commencé. Même si Raúl Castro a été désigné en tant que garant de la continuité révolutionnaire, une véritable relève des générations est inévitable. Peut-on imaginer que le vide créé par la maladie de Fidel Castro puisse être comblé par une direction collective issue du Parti communiste sous la direction de Raúl Castro ? C’est l’option qui semble se mettre en place actuellement. Mais une fois la succession de Fidel Castro confirmée et définitive, Raúl sera obligé de faire des concessions : les Cubains n’accepteront pas de la part du petit frère, ce qu’ils ont enduré en silence de la part du grand frère pendant près d’un demi siècle de privations.

  • Le tourisme canadien, qui représente 27% des arrivées de touristes à Cuba, soit environ 600.000 par an, a diminué pour la première fois, selon le gouvernement cubain.

    « Cancun et la République Dominicaine dominicaine ont offert de meilleures affaires, » selon un diplomate canadien.

    Les organisateurs de voyages Cuba ont perdu leur avantage concurrentiel quand le peso cubain convertible (monnaie qui remplace le dollar à Cuba depuis novembre 2004) a été réévalué de 8% en 2005. Cette décision, a rendu Cuba moins compétitif par rapport aux autres destinations de la région.

    L’association canadienne des organisateurs de voyages avait averti Cuba l’année dernière qu’elle perdait du terrain en comparaison avec d’autres destinations des Caraïbes, à cause du manque de à service, des vols de bagages aux aéroports et dans les hôtels, et des plaintes qui ne sont pas traitées.

    Le nombre de touristes visitantCuba en provenance d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne et de France a diminué l’année dernière, alors que la Grande-Bretagne devenait le deuxième marché après le Canada.

    Cuba a effectué à partir de 1994, une reconversion spectaculaire dans le domaine du tourisme longtemps qualifié de néfaste par Fidel Castro qui l’assimilait à une forme d’impérialisme. Le touriste, le yuma dans l’argot des Cubains, a remplacé dans la propagande officielle la canne à sucre en tant que pourvoyeur de devises venant de l’étranger.
    Alors que le nombre d’étrangers visitant l’île stagnait aux alentours de 300 000 en 1990, il passe à 600 000 en 1994 pour atteindre le million en 1996 et dépasse les 2 millions en 2005. Les principaux pays pourvoyeur sont le Canada, le Royaume Uni et l’Espagne, alors que la France enregistre une baisse régulière depuis 2003. Les recettes du tourisme représentent, le principal apport en devises pour Cuba, évalué à plus 2 milliards de dollars.

    Les communiqués victorieux du gouvernement sur le nombre record de touristes visitant l’île laissent de marbre la grande majorité des Cubains. Pas plus qu’au temps de Batista ils n’ont accès aux luxueux complexes hôteliers et aux restaurants dont se couvrent La Havane et les plages de Varadero, en grande partie grâce aux capitaux étrangers.

    Les chiffres eux mêmes doivent être considérés avec un certain recul : en fait sont comptabilisés comme « touristes », tous les voyageurs entrant sur le territoire cubain et de nationalité étrangère. Par les conséquents les dizaines de milliers de ressortissants de pays sud-américains (plus de 200 000 en 2006) soignés gratuitement à Cuba, entrent également dans cette statitisque. Quelques 80 000 cubano américains qui visitent leur famille sont aussi inclus dans le nombre des « touristes », par conséquent le chiffre réel du tourisme à Cuba est sans doute plus proche des 2 millions.