Mois : avril 2007

  • 2006 a été la plus meurtrière depuis 1994 pour les professionnels des médias. 82 journalistes et 32 collaborateurs des médias sont morts dans l’exercice de leur fonction.

    En tête du « palmarès », l’Irak. Pour la quatrième année consécutive, les journalistes et collaborateurs des médias continuent de mourir dans ce pays à un rythme effrayant. En 2006, 64 d’entre eux y ont trouvé la mort. Ils avaient été 29 en 2005, 32 en 2004 et 15 en 2003.

    Avec neuf journalistes tués, le Mexique est devenu le pays le plus meurtrier du continent américain, devançant la Colombie.

    Quant aux Philippines, la situation n’est guère plus réjouissante. Six journalistes ont été assassinés en 2006.

    En Russie, trois journalistes ont été tués au cours de l’année (soit, au total, 21 depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en mars 2000). L’assassinat, en octobre, d’Anna Politkovskaïa, reporter de l’hebdomadaire Novaïa Gazeta et spécialiste de la Tchétchénie, est venu rappeler que même les journalistes les plus connus et les plus soutenus par la communauté internationale ne sont pas à l’abri de telles violences meurtrières.

    Quant aux journalistes emprisonnés, la Chine est le pays où il y en a le plus, avec 31, suivi par Cuba, avec 26, l’Ethiopie, avec 15 et Erythrée, avec 13. La Chine est le pays qui réprime le plus les cyber dissidents avec 50 emprisonnés, suivie de très de loin par le Vietnam avec sept. L’Ethiopie, la Gambie et la Russie dirigent la liste de pays dans lesquels la liberté d’expression s’est le plus détériorée durant les dernières cinq années. Ils sont suivi par la République du Congo, Cuba, Pakistan, l’Egypte, l’Azerbaidjan, le Maroc et la Thaïlande.

    On remarque la position très médiocre de la France, qui se classe seulement en 35e position.

  • Reporters sans frontières condamne l’arrestation et l’emprisonnement, le 13 avril 2007, d’Oscar Sánchez Madan, correspondant du site Cubanet dans la province de Matanzas. A l’issue d’un procès expéditif, le journaliste a écopé le même jour d’une peine de quatre ans de prison ferme pour « dangerosité sociale prédélictueuse ». Il est le 26e journaliste actuellement détenu dans l’île.

    « Vingt-sept journalistes dissidents avaient été emprisonnés lors du ‘printemps noir’ de mars 2003. Ce chiffre est en passe d’être à nouveau atteint avec l’incarcération d’Oscar Sánchez Madan, qui porte à 26 le nombre de professionnels de la presse indépendante détenus dans l’île. Oscar Sánchez Madan est également le troisième journaliste emprisonné depuis l’accession à la présidence de Raúl Castro, le 31 juillet 2006.

    Non seulement la situation de la liberté de la presse n’a pas changé, mais la ‘dangerosité’ supposé d’un citoyen sert une nouvelle fois de prétexte pour le priver de sa liberté. Oscar Sánchez Madan n’a même pas eu droit à un avocat. Sa condamnation relève de l’arbitraire », a déclaré Reporters sans frontières.

    Correspondant régulier du site Cubanet, basé à Miami, Oscar Sánchez Madan, 44 ans, a été arrêté par des officiers de la Sécurité de l’État (police politique), dans la matinée du 13 avril dernier à son domicile d’Unión de Reyes, une localité de la province de Matanzas (100 km à l’est de La Havane). La nouvelle n’a été connue que quatre jours plus tard, et rendue publique par la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN – illégale mais tolérée).

    Le journaliste a été jugé à huis clos immédiatement après son arrestation, en l’absence de membres de sa famille et sans possibilité d’être défendu par un avocat. Le tribunal municipal d’Unión de Reyes l’a condamné à quatre ans de prison ferme pour « dangerosité sociale prédélictueuse ». Selon cette disposition du code pénal cubain, tout citoyen, même s’il n’a commis aucun délit, est passible d’incarcération au nom de la menace supposée qu’il représenterait pour la société.

    Les deux autres journalistes emprisonnés depuis l’arrivée au pouvoir de Raúl Castro ont été condamnés pour ce motif. Raymundo Perdigón Brito, de l’agence Yayabo Press, a écopé de quatre ans de prison, le 5 décembre 2006, et Ramón Velázquez Toranso, de l’agence Libertad, de trois ans, le 23 janvier 2007. Oscar Sánchez Madan a été transféré juste après son procès au pénitencier du Combinado del Sur, à Matanzas.

  • L’organisation non gouvernementale française Reporters sans frontières espère que la justice fera preuve de clémence à l’égard de Miguel Salazar, directeur de l’hebdomadaire politique Las Verdades de Miguel, dont le procès pour « diffamation aggravée » s’ouvre le 18 avril 2007 à Caracas. Selon la loi vénézuélienne, le journaliste risque une peine de prison ferme assortie d’une amende.

    « L’affaire n’étant pas encore jugée, il ne nous appartient pas d’apprécier le caractère diffamatoire des articles incriminés. Néanmoins, le procès de Miguel Salazar présente deux risques pour la liberté de la presse. D’une part, les trois plaignants, en tant que dépositaires d’une charge publique, s’exposent par nature à la critique, a fortiori d’un hebdomadaire d’opinion. Que la « diffamation » soit « aggravée » en raison de leurs fonctions pose en soi problème. Ensuite et surtout, une condamnation de Miguel Salazar constituerait une prime à l’autocensure et un véritable revers pour la liberté d’expression. C’est pourquoi nous appelons les magistrats à la clémence », a déclaré Reporters sans frontières.

    Sympathisant du gouvernement d’Hugo Chávez, et cependant critique à son égard, Miguel Salazar avait publié, à la fin de l’année 2003, dans les colonnes de l’hebdomadaire qui porte son prénom, une chronique mettant en cause des affaires de corruption et de violations des droits de l’homme dans l’État de Guárico (Centre).

    En janvier 2005, le gouverneur de l’État de Guárico, Eduardo Manuitt, le député José Albornoz et l’ancien ministre Rafael Vargas avaient déposé plainte pour « diffamation aggravée » contre Miguel Salazar et l’un de ses journalistes, Henry Crespo, qui avaient enquêté sur les affaires de corruption. Le 5 mai 2005, ce dernier avait écopé d’une peine de dix-huit mois de prison avec sursis et n’avait pas fait appel. Miguel Salazar avait immédiatement mis en cause la partialité des juges devant le Tribunal suprême de justice de Caracas. Le 10 août 2006, le 29e tribunal de Caracas, saisi du dossier, avait prononcé une mesure conservatoire de privation de liberté contre le journaliste, au motif qu’il ne se présentait pas aux nouvelles audiences préliminaires.

    Le 13 mars dernier, le tribunal a mis la mesure à exécution et retenu le journaliste dans l’enceinte judiciaire. La magistrate Norma Torres a cependant levé la privation de liberté, et a ordonné à Miguel Salazar de se présenter devant le tribunal tous les huit jours, avec l’interdiction de quitter le territoire. L’audience sur le fond concernant les poursuites pour « diffamation aggravée » a été fixée au 18 avril.

    Le directeur de Las Verdades de Miguel risque une peine allant de deux à quatre ans de prison et une amende de 320 dollars, selon le code pénal, dont une réforme de 2005 à considérablement durci les sanctions pour les délits de presse.
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  • Fidel Castro a repris sa plume pour la troisième fois en deux semaines, pour une nouvelle diatribe contre Washington après la décision d’accorder la liberté conditionnelle à l’anticastriste Posada Carriles, confirmant ainsi qu’il était entré dans une « convalescence active ».

    Sous la rubrique désormais hebdomadaire « Réflexions du Commandant en chef », Granma, l’organe officiel du régime, a publié mercredi en « Une » le troisième article du président cubain, après les deux précédents dénonçant les plans de production de biocarburants du président George W. Bush.

    Un chef d’Etat journaliste ? Pourquoi pas. Mais à Cuba la situation à quelque chose d’ubuesque car le métier de journaliste et les médias sont strictement encadrés : il n’existe aucune possibilité de diffusion d’informations en dehors des médias « officiels », tous sous contrôle de l’Etat et du Parti Communiste.

    La Constitution cubaine précise que « Aucune des libertés reconnues aux citoyens ne peut être exercée contre ce que la Constitution et les lois ont institué ou contre l’existence et les objectifs de l’Etat socialiste, ou contre la décision du peuple cubain de construire le socialisme et le communisme. » (article 62 de la Constitution de 1976).

    Les choses sont donc claires dès le départ, et pour ceux qui n’auraient pas bien compris, un autre chapitre précise que « Les libertés d’expression et de la presse sont reconnues, « en conformité avec les objectifs de la société socialiste ».(article 53 de la Constitution de 1976)

    Les journalistes qui travaillent pour la presse du Parti (Granma, Trabajadores et Juventud Rebelde) sont donc obligés de reproduire servilement le discours officiel. Selon Raul Rivero, journaliste indépendant de Cuba Press « A Cuba, non seulement il n’y a pas de liberté de la presse. Pire encore : il n’y a pas de presse. Il circule sous forme de journaux, de revue, d’émissions de radio et de télé, une révision de la vie que l’État veut imposer à la population. »

    Dans ces conditions, on ne voit pas très bien l’intérêt de compter un journaliste de plus au service de la propagande de l’Etat cubain. Si Fidel Castro veut écrire un article, qu’il nous donne des nouvelles de sa santé. Mais, comme pour ses deux précédentes interventions écrites, Fidel Castro n’y fait aucune allusion, officiellement un « secret d’Etat ».