Elections sans surprises à Cuba

Les dictatures communistes ont toujours souhaité se donner des faux airs de démocraties, en organisant des simulacres d’élections dont le résultat est toujours connu à l’avance. Cuba ne fait pas exception, mais cela n’a pas toujours été le cas : jusqu’en 1976, république de Cuba n’avait pas de Constitution, et Fidel Castro avait en quelque sorte oublié le principe des élections.

Dans sa forme originale la constitution cubaine est calquée sur celle de l’ex Union soviétique avec un système pyramidal d’élections où l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire (ANPP), unique assemblée représentative du peuple, est élue par les représentants des assemblées locales. Modifiée en 1992, la constitution a été « désoviétisée » pour lui donner un aspect plus conforme aux références de la société cubaine. La référence au « Parti communiste, force dirigeante de la société et de l’État » subsiste, mais le Parti n’est plus « l’avant-garde marxiste-léniniste de la classe ouvrière », mais « l’avant-garde de la Nation cubaine ». Les restrictions (notamment religieuses) à l’adhésion au Parti ont été supprimées. Les références à l’Union soviétique et aux pays de l’Est, au matérialisme historique et à l’internationalisme prolétarien ont aussi été éliminées. Bien entendu, le résultat des élections doit être connu à l’avance et il n’y a qu’un candidat par siège à pourvoir et le pouvoir a installé suffisamment de garde-fous pour ne rien laisser au hasard dans la désignation des 600 candidats renouvelés tous les cinq ans. Les candidats sont en effet choisis par une Commission électorale nationale constituée de membres désignés par la CTC 1, la FMC 2 et les CDR. Des organisations de masse étroitement contrôlées par le Parti : autant dire que cette commission ne laisse aucune chance à la nomination de candidats exprimant une opinion discordante.

La seule « inconnue » du scrutin est le taux de participation qui oscille dangereusement entre 99 et 99,5 % : en effet ne pas voter à Cuba est considéré comme un acte de désaveu du régime, et si on veut éviter d’être catalogué comme « problématique », il vaut mieux s’acquitter gentiment de son devoir d’électeur communiste (il n’y pas d’autres choix de toute façon).

La tenue des listes électorales est en effet dirigée par les membres des CDR qui n’hésitent pas à parcourir les immeubles du quartier pour « encourager » les électeurs récalcitrants. S’abstenir c’est de toute façon prendre le risque d’être catalogué comme un « adversaire » et s’exposer à des sanctions ultérieures.

De toute façon les assemblées élues à Cuba n’ont strictement aucun pouvoir, y compris l’Assemblée Nationale (ANPP). L’Assemblée nationale du Pouvoir populaire se réunit deux fois par an pour nommer le Conseil d’État (dont le président est, et a toujours été Fidel Castro) qui détient le pouvoir législatif entre les sessions. Concrètement, le pouvoir légifère sous forme de « décrets-lois » pris par le Conseil d’État, qui sont formellement entérinés a posteriori par l’ANPP. C’est donc une simple chambre d’enregistrement au service du pouvoir en place et du Parti communiste.

Plus étonnant encore avec Cuba : même le Parti a renoncé à se donner les apparences d’un fonctionnement normal. Son fonctionnement est plutôt aléatoire : il tient son premier congrès en 1975, 10 ans après sa création et son dernier congrès remonte à près à 1997. Contrairement aux partis communistes de certains pays de l’Est, le PCC n’a jamais été une instance de débat ou d’exercice collectif du pouvoir.

Entre-temps les décisions sont prises par Fidel Castro et son entourage issu du bureau politique : de temps en temps il se contente de faire approuver ses orientations « directement par le peuple » lors de grands rassemblements populaires de soutien au régime.

Au total, plus de 8,3 millions d’électeurs, âgés de plus de 16 ans, étaient appelés à choisir, au scrutin direct et à bulletin secret, près de 15.000 délégués aux 169 Assemblées municipales du pays. Le scrutin, prévu sur deux tours les 21 et 28 octobre, sera suivi en avril 2008 par l’élection des délégués provinciaux et des députés qui désigneront les membres du Conseil d’Etat, présidé depuis son instauration par Fidel Castro.

C’est se donner beaucoup de mal pour se donner un vernis démocratique auquel plus personne ne croit depuis longtemps. Mais c’est la logique des dictatures communistes : elles ont besoin d’avoir l’apparence de l’assentiment du peuple pour pouvoir gouverner.

1 Centrale des travailleurs cubains, syndicat unique.

2 Fédération des femmes cubaines.