Juan Carlos Robinson Agramonte, membre du Bureau politique du Parti communiste cubain (PCC) jusqu’en avril dernier, date de son exclusion du PCC, a été condamné à 12 ans de prison pour « trafic d’influence », a annoncé mercredi un communiqué du Bureau politique, publié en page deux de Granma, organe central du PCC.
Comme toujours en pareil cas à Cuba, les véritables raisons de cette condamnation sont impossibles à deviner derrière l’intitulé des charges reprochées à l’accusé.
« Après examen des preuves et des allégations de l’accusation et de la défense, le Tribunal a jugé l’accusé responsable du délit de trafic d’influence à caractère répété et lui a imposé une sanction de 12 ans de privation de liberté », précise le communiqué
« Dans la sentence prononcée, il est démontré que Robinson Agramonte (…), a oublié ses hautes responsabilités et l’honnêteté exigée de la part d’un cadre révolutionnaire et a fait usage de son influence en vue d’en tirer des bénéfices », ajoute le communiqué, qui ne fournit toutefois aucune indication précise sur les faits reprochés à l’ancien responsable.
Agé de 49 ans et depuis neuf ans l’un des 23 membres du Bureau politique, Juan Carlos Robinson avait été exclu à grand fracas du PCC le 28 avril dernier, au cours d’une réunion de cette instance présidée directement par le chef de l’Etat, Fidel Castro, également premier secrétaire du PCC.
Selon le communiqué officiel d’alors, le dirigeant, « malgré des avertissements répétés » de ses pairs, avait conservé une attitude de « toute-puissance, de morgue, d’abus de pouvoir, d’ostentation dans ses fonctions, d’indiscrétions et d’affaiblissement de ses principes moraux ».
En outre, Juan Carlos Robinson était accusé « d’attitudes malhonnêtes incompatibles avec la conduite d’un communiste et encore plus de la part d’un cadre du parti », d’après le communiqué qui concluait qu’ »une enquête était en cours sur les conséquences légales » de ses agissements.
C’est la première fois qu’une sanction frappe publiquement un dirigeant cubain de haut niveau depuis l’exclusion en juillet 2002 du Bureau politique et des rangs du PCC de l’ex-chef de la diplomatie cubaine Roberto Robaina, limogé par Fidel Castro en mai 1999. Roberto Robaina n’avait cependant pas été traduit devant la justice, ni condamné, à l’issue de son exclusion du Parti Communiste et du gouvernement.
Un autre membre du Bureau politique, Carlos Aldana, chargé de l’idéologie, avait également fait l’objet d’une exclusion, révélée en octobre 1992.
Mais hormis plusieurs proches de Fidel Castro au début de la révolution, il faut remonter à 1989 et à « l’affaire Ochoa » pour qu’un membre de la haute hiérarchie cubaine -à l’époque le général José Abrantes, ministre de l’Intérieur et membre du comité central- soit jeté en prison.
José Abrante avait été alors jugé par un tribunal militaire qui l’avait condamné en septembre 1989 à 20 ans de prison pour divers « abus de position ». Il est mort en prison d’un infarctus en janvier 1991.
Son cas était lié à celui du général Arnaldo Ochoa, héros de l’intervention militaire cubaine en Angola, fusillé le 12 juillet 1989 avec son aide de camp Jorge Martinez Valdes, et deux haut responsables du ministère de l’intérieur (dont le colonel Antonio de La Guardia) sous l’accusation de trafic de drogue, au cours d’un procès expéditif sans aucune garantie de défense pour les accusés.