Auteur/autrice : Info Cuba

  • Un groupe de quelques 20 jeunes a perturbé la conférence de Rivero avec des cris, insultes et slogans « antiimperialistes ».

    Selon le journal espagnol « el Mundo », bien qu’ils ne soient pas arrivés à se produire agressions physiques, la tension était évidente et « l’atmosphère remplie de violence , croissante à chaque minute », a déclaré Rivero au journal.

    La situation a obligé à suspendre la conférence pour empêcher que les éléments perturbateurs passent à l’action physique contre Rivero.

    Les jeunes partisans de Fidel Castro, cachés dans le public qui allait assister la conférence, ont qualifié l’auteur de « terroriste » et l’ont accusé de recevoir de l’argent des Etats-Unis.

    Pour Rivero, les incidents produits ce lundi à l’université de Seville étaient « parfaitement organisés » par les castristes qui l’ont obligé à suspendre l’acte.

    Le poète et le journaliste a indiqué qu’étaient présents sur les lieux des représentants du Consulat de Cuba. Une situation identique à celle du Festival International de Poésie de Grenade où un autre groupe de de radicaux l’a attendu avec des pancartes avec des injures telles que « gusano » (ver de terre).

    Les organisateurs de la conférence à Séville ont infructueusement essayé de calmer les esprits avec la demande que, une fois exposés leur avis, ils laisseraient intervenir à Rivero, mais ceux-ci ont refusé de manière tranchante.

    « Je voulais aussi parler avec eux », a dit le poète. « J’aimerais leur exposer mes impressions et qu’ils connaîssent quelle a été la réalité qui m’a poussé à abandonner Cuba ».

    « Ils ne m’ont pas laissé m’exprimer, et c’est la même chose que fait le gouvernement cubain, et c’ est regrettable », a regretté Rivero, qui a remercié les autorités et les représentants de l’Université de Séville.

    Entre présents était le délégué municipal de Culture, Carlos Marset, qui a énergiquement condamné le boycottage de la conférence de Rivero et l’a comparé avec les attitudes en son temps de l’Inquisición ou de la dictature du général Franco.

    Marset a offert à l’auteur de « Sans pain et sans mot » de sortir protégé par ses guardes du corps . « Je suis déjà passé par tout ceci à Cuba et n’ai jamais pensé souffrir de choses ainsi en Espagne, un pays qui m’a reçu avec une grande chaleur et une grande hospitalité » a déclaré Rivero.

  • « Toutes les prévisions étrangères (Etats-Unis et de la Grande-Bretagne) coïncident pour prévoir une saison (cyclonique) très active : on attend entre 15 et 17 tempêtes tropicales » a indiqué la spécialiste de l’Institut de Météorologie Cubain (IMC), Maritza Ballester.

    De ces tempêtes tropicales, de 8 ou 9 pourraient atteindre la catégorie d’ouragan, a précisé Ballester, auteur du modèle cubain de prévision de cyclones pour la saison du 1 juin à au 30 novembre.

    Parmi les facteurs qui soutiennent ces prévisions, l’experte cubaine, citée par le journal officiel Granma, a cité l’affaiblissement de el Nino, et la permanence de conditions neutres dans le Pacifique équatorial oriental pendant les prochains six mois, et le fait qu’à la fin de février 2006 « la température superficielle de la mer dans la zone des Caraïbes et du Golfe du Mexique montrait des valeurs légèrement plus chaudes à ceux reportés à date égale de 2005  ».

    « Tout ce qui précède confirme… que la région (atlantique) se dirige vers une période de grande activité cyclonique entamée en 1995, laquelle de manière générale pourrait être prolongée pendant 15 à 20 ans » a déclaré Ballester.

    La spécialiste a souligné que « ces dernières huit saisons… ont enregistré une quantité de cyclones tropicaux au-dessus de la moyenne historique (10), du jamais vu précédemment dans la chronologie enregistrée depuis 1986  ».

    Le Cuba a fait face en 2005 à une saison cyclonique très active, qui a franchi tous les records, avec 27 orages tropicaux et 15 ouragans, trois d’entre eux (Katrina, Rita et Wilma) de catégorie maximale dans l’échelle Safrir-Simpson, de cinq degrés.

    Avant la saison passée le record était de 21 orages tropicaux en 1933 et 13 ouragans en 1969.

    Cuba a été frappée en 2005 par l’ouragan Dennis, provoquant 16 morts et des pertes de 1.400 millions de dollars ; par Wilma, qui a provoqué des inondations graves à La Havane, avec 704.2 millions de dollars de dégâts; et a reçu l’influence indirecte Rita et de Katrina.

    Indirectement, Wilma a fait trois morts à Cuba, trois touristes tués dans l’accident de leur autobus qui a heurté une voiture alors qu’ils regagnaient La Havane dans le cadre des opérations d’évacuation.

    Un total de 560.000 personnes, dont 250.000 dans la province occidentale de Pinar del Rio, ont été évacuées avant le passage de Wilma.

    A chaque fois qu’un ouragan passe sur La Havane, des centaines d’immeubles et de maisons s’effondrent dans les quartiers populaires de Centro Havana et de la vieille Havane. Après 50 années de socialisme, la capitale cubaine est un champ de ruine, et l’année 2006 s’annonce encore très dure pour le Cubains avec sa succession d’ouragans dévastateurs.

  • Dans une interview publiée par « Rebelion », la veuve de François Mitterrand revient sur son engagement aux cotés de Fidel Castro et ne renie rien de son soutien à la Révolution cubaine. Elle revient aussi sur son opposition aux Etats Unis et sur « tout ce qu’il y a de merveilleux que cette Révolution a réalisé au niveau social ».

    (extraits)

    Au cours de ces mêmes années Washington resserrait le blocus contre Cuba, essayant d’en finir avec la Révolution.

    Le Nicaragua ne pouvait compter que sur Cuba. Et Cuba aussi était en train d’être étranglée par l’embargo des États-Unis, qui continue jusqu’à présent et qui n’a eu d’autre but que celui d’en finir avec tout ce qu’il y a de merveilleux que cette Révolution a réalisé au niveau social : quelque chose d’unique en Amérique latine ; presque unique dans un pays du Tiers-Monde. Quand en 1989 Cuba se trouvait déjà seule face à Washington, car elle n’avait plus l’appui de l’Union soviétique, je m’y suis rendue.
    À mon retour j’ai dit à François : « Tu ne peux pas laisser tomber Cuba. Cette Révolution a beaucoup fait pour le peuple. La France ne peut être soumise aux États-Unis. » Il me disait que la France toute seule ne pouvait pas, et qu’en Europe personne ne la suivrait. Que les États-Unis détenaient tout le pouvoir économique, politique et de la propagande, en plus des contre-révolutionnaires de Miami.

    Je continue aujourd’hui à dire que cette révolution a mérité de se maintenir, car elle l’a fait et c’est le peuple qui la maintient. Par conséquent les États-Unis n’ont pas pu la faire plier. Je connais Fidel depuis très longtemps. J’ai passé beaucoup d’heures à discuter avec lui, à nous dire ce que nous pensons. Je lui ai fait part de toutes les critiques que j’ai au niveau politique. Une fois je lui ai demandé pourquoi il me supportait. Et il m’a répondu : « Parce que tu es une amie sincère. Et les critiques des amis on les écoute parce qu’elles sont honnêtes, même si nous ne sommes pas d’accord sur certaines choses. » La dernière fois qu’avec François nous avons reçu officiellement Fidel à Paris, en le saluant je l’ai embrassé publiquement sur la joue. Ce qu’ « interdit » le protocole et les « politiquement corrects ». Mais c’est que non seulement Fidel était notre ami, mais aussi qu’il est latin, et les Latins sont tendres. Ce fut un scandale que la presse me rappelle encore.

    Que pense Mme Mitterrand du président vénézuélien Hugo Chávez et des projets nationaux qu’il essaie de lancer ?

    Je n’ai jamais aimé les militaires. Mais Chávez, avant d’être un militaire est un homme, un être humain, et il est arrivé au pouvoir par la voie démocratique, et au point de gagner plusieurs élections. Chávez, au milieu de tous les obstacles que mettent sur son chemin les États-Unis et l’opposition dirigée par les riches, tente de faire avancer les programmes sociaux qu’il a offerts au peuple. Évidemment, le monde capitaliste lui est tombé dessus car il ne veut pas qu’un président du Tiers-Monde démontre que le peuple peut effectivement participer aux décisions de l’État et à son développement. Que ce peuple, avec son leader, marche de l’avant pour ne plus être exploité, ni être analphabète et avoir droit à la santé. C’est ce qui se passe au Venezuela malgré tout. À cause de cela ils veulent éliminer, effacer Chávez. Peu leur importe si c’est le peuple qui l’a élu, et qui doit décider s’il doit le soutenir ou l’enlever de là. Il existe une espèce de rage de la grande majorité de la presse mondiale contre Cuba et le Venezuela. Et c’est parce que ces gouvernements veulent être indépendants, souverains, dignes. Cela dérange. N’oubliez pas que les médias sont dirigés par de puissants capitalistes

    Tiré de Rebelión, novembre 2005

     » Danielle Mitterrand : « La démocratie n’existe ni aux USA, ni en France » « 

    Hernando Calvo Ospina

  • A travers les images de ces femmes, dont les maris et les fils ont été emprisonnés par le régime de Fidel Castro
    pendant le ‘Printemps Noir ‘(mars 2003) se reflète la souffrance des conjoints, mères et parents des prisonniers de conscience à Cuba.

    « Non seulement ces dissidents sont condamnés », a souligné le second adjoint de la Mairie de Madrid, Ana Botella, mais leurs familles aussi « accomplissent une peine » et ils sont soumis aux abus et menaces des autorités, ou des voisins soumis eux-mêmes au régime de Castro, qualifié à cette occasion de « tyran ».

    L’organisation Reporters sans Frontière (RSF) et l’ONG tchèque « People in Need » ont organisé cette exposition photographique dans le centre culturel Galileo de Madrid, dans le but de montrer la situation réelle de ces personnes et demander la solidarité avec les prisonniers du printemps 2003 (75 dissidents), dont un tiers sont des journalistes, comme l’a rappelé le secrétaire général de RSF, Rafaël Jiménez.

    Ana Botella a rappelé que le régime de Fidel Castro est responsable depuis 1959 de plus de 2 millions d’exilés et de milliers de personnes persécutées et torturées, et a critiqué « les progressistes du monde entier qui excusent Castro, l’ignorent, ou le considérent comme un révolutionnaire romantique » alors qu’en réalité c’est « un tyran ».

    Jiménez, pour sa part, a rappelé que les dissidents emprisonnés coexistent dans les prisons avec des prisonniers de droit commun « qui sont souvent hostiles pour obtenir des avantages de la prison », et a assuré que cette situation est « étendue » aux familles.

    Pendant l’inauguration de l’exposition une représentante des « Dames en blanc », conjoints et familles de dissidents emprisonnés à Cuba, a remercié « au nom de toutes les compagnes qui sont à Cuba », pour l’appui prêté par les organisations et les Espagnols « en montrant leur solidarité » et a réitéré à nouveau la nécessité de la libération « inconditionnelle et immédiate » des prisonniers de conscience.

    Dans le cadre de cet acte on a aussi présenté le livre « Fidel, le tyran favorit d’ Hollywood », de l’auteur cubain résidant aux Etats-Unis, Humberto Fontova, qui, selon le vice-président de la Fondation hispano cubaine, Alberto Recarte, « est écrit pour ces Américains qui ne savent rien des tragédies personnelles de Cuba ».

    Le journaliste et poète cubain, Raúl Rivero, qui a également été emprisonné à Cuba, est aussi intervenu dans la présentation et a assuré que le livre fournit « une approche d’ un Cuba inconnu ».

  • « Nous nous réjouissons de la libération de Lamasiel Gutiérrez Romero. Nous espérons que les 23 autres journalistes emprisonnés, certains sans jugement, en bénéficieront bientôt à leur tour. Nous savons cependant que cette libération ne relève pas de la clémence. Bizarrement, au terme sa peine, elle est remise en liberté à titre conditionnel. Cette restriction n’a aucune raison d’être et nous appelons les autorités cubaines à la lever », a déclaré Reporters sans frontières.

    Lamasiel Gutiérrez Romero, correspondante de Nueva Prensa Cubana avait été condamnée, en août 2005, à sept mois d’assignation à résidence pour « délit de résistance et désobéissance civile », après avoir été brutalement appréhendée par la Police nationale révolutionnaire (PNR) sur l’Île de la Jeunesse, où elle réside. Pendant l’exécution de sa peine, il lui était interdit d’exercer sa profession. Elle a été placée en détention le 11 octobre 2005 au centre pénitentiaire pour femmes de Mantonegro (province de La Havane), parce qu’elle avait repris ses activités journalistiques.

    La journaliste n’entend pas abandonner sa profession. Elle affirme vouloir continuer à lutter pour la démocratisation du pays et pour la liberté de la presse et d’expression.
    Albert Santiago Du Bouchet Fernández, de l’agence Habana Press, a été arrêté à la même époque et condamné pour les mêmes motifs que Lamasiel Gutiérrez Romero. Sa libération est attendue pour août 2006. Vingt journalistes incarcérés depuis le printemps noir de mars 2003 purgent des peines comprises entre 14 et 27 ans de prison. Deux autres, Oscar Mario González Pérez, du Grupo de Trabajo Decoro, et Roberto de Jesús Guerra Pérez, collaborateur des sites Payolibre et Nueva Prensa Cubana, arrêtés en juillet 2005, sont depuis détenus sans jugement dans les locaux de la Sécurité de l’Etat.
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  • RSF se dit alarmée par la détérioration de l’état de santé de Juan Carlos Herrera Acosta et l’agonie de Guillermo Fariñas Hernández, tous deux en grève de la faim. L’organisation demande pour ces deux hommes un geste d’humanité des autorités cubaines et l’intervention des ambassades.

    « Comment comprendre une telle indifférence face à l’agonie de deux individus, qui ne réclament rien d’autre que le droit d’écrire ou de naviguer librement sur Internet ? En quoi, de surcroît, deux personnes aussi affaiblies physiquement et moralement peuvent-elles représenter le moindre danger ? Le silence du pouvoir risque de renforcer le sentiment de nombreux prisonniers ou dissidents qu’ils n’ont plus rien à perdre et de susciter d’autres grèves de la faim. Nous réitérons notre appel à la clémence auprès des autorités cubaines. Nous appelons également les représentations diplomatiques de La Havane à suivre de très près les cas de Juan Carlos Herrera Acosta et de Guillermo Fariñas Hernández », a déclaré Reporters sans frontières.

    Selon Cubanet, Juan Carlos Herrera Acosta, de la Agencia de prensa libre oriental (APLO), arrêté lors du printemps noir de mars 2003 et condamné à 20 ans de réclusion, se serait cousu la bouche en signe de protestation, le 23 mars 2006, dans sa cellule de la prison Kilo 8 de Camagüey (Est).

    Le président de la Fondation cubaine des droits de l’homme, Juan Carlos González Leyva, a affirmé que Juan Carlos Herrera Acosta avait été gravement brutalisé par ses gardiens les deux jours précédents. Soumis à un régime d’isolement carcéral, le journaliste observe une grève de la faim depuis 22 jours. Souffrant notamment d’hypertension artérielle et de gastrite chronique, il ne reçoit aucune assistance médicale appropriée.

    Par ailleurs, le 19 mars dernier, le docteur Julio Sánchez Hernández, membre de l’Institut médical indépendant de Santa Clara (Centre), a confié à Cubanet que l’état de santé de Guillermo Fariñas Hernández s’était sérieusement détérioré. Il s’est montré très pessimiste et inquiet quant aux chances de survie du journaliste. Ce dernier souffre notamment d’accès de fièvre, de violentes migraines ou encore d’une perte de sensibilité des membres inférieurs. Guillermo Fariñas Hernández mène une grève de la faim et de la soif depuis le 31 janvier, parfois interrompue par son traitement. Il réclame l’accès à Internet pour tous les Cubains.

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  • Le Gouvernement du Mexique a imposé une amende de 1.2 million de pesos ($112.662)à l’Hôtel Sheraton par des violations de la loi de Protection du Commerce et de l’Investissement pour avoir expulsé de ses installations des fonctionnaires cubains.

    La chancellerie mexicaine a informé dans un communiqué concis qu’avec cette mesure « elle considère comme conclu la procédure entamée par les événements arrivés dans l’Hôtel María Isabel Sheraton le 3 février dernier».

    Le 28 février dernier, les autorités de la Délégation de Cuauhtémoc (secteur municipal), avaient placé des scellés de clôture sur les portes de l’hôtel.

    Au jour suivant et après être arrivé à un accord avec l’entreprise, les autorités métropolitaines avaient retiré les scellés.

    L’expulsion des fonctionnaires cubains, qui analysaient avec des chefs d’entreprise américains des opportunités d’affaires dans le secteur énergétique de Cuba, a déclenché une forte polémique parce que l’opposition mexicaine a prétendu qu’il s’était agi d’une violation de la souveraineté du Mexique.

    Le Sheraton est un des hôtels les plus connus de la capitale mexicaine et est situé à quelques mètres de l’ambassade des USA.

    Washington a justifié en son temps la décision de l’hôtel en invoquant des lois américaines qui interdisent à des compagnies de ce pays faire des affaires ou rendre des services à Cuba.

    Le régime Cubain a fait de l’embargo américain (qualifié un peu excessivement à Cuba de « bloqueo » ou blocus) le leitmotiv de sa propagande. Il ne se passe guère plus de 24 heures sans que la presse ou qu’un responsable politique n’évoque la responsabilité de l’embargo pour justifier les piètres résultats de l’économie cubaine. Le gouvernement à estimé en 1995 que le coût cumulé de l’embargo depuis son entrée en vigueur en 1961 correspondait à une dépense supplémentaire de 60 milliards de dollars.

    Peut-on encore parler d’embargo ou de « blocus » comme le font les Cubains, alors que les Etats-Unis sont devenus le premier fournisseur de Cuba en denrées agro alimentaires ? Les chiffres sont parlant : en 2004 le commerce avec les Etats-Unis devrait dépasser les 400 millions de $, soit plus de 50% de part de marché, devant La France et l’Espagne. Depuis la première brèche ouverte dans l’embargo par Bill Clinton en 2001, le montant total des importations américaines devrait atteindre en 2005 le milliard de $.

  • e 24 mars 1976, un coup d’Etat instaurait en Argentine la pire dictature militaire (le « proceso ») jamais connue sur le continent latino-américain. Alors que le pays se remémore cette date tragique, Reporters sans frontières a voulu rendre hommage aux journalistes victimes du « proceso », qui s’est achevé en 1983. Cet hommage s’adresse également aux hommes et femmes de presse assassinés ou disparus dans les dernières années de la présidence péroniste (1973-1976).

    « Trente à quarante mille personnes ont payé de leur vie le prix de cette terrible répression. Reporters sans frontières tient à saluer la mémoire de tous ceux – hommes politiques, travailleurs sociaux, syndicalistes, associatifs, simples citoyens – que le régime militaire a considérés comme « subversifs » avant de les déclarer « disparus ». L’organisation s’associe également au deuil de la presse argentine qui a perdu, entre 1973 et 1980, quatre-vingt dix-huit des siens. Si l’Argentine est l’un des rares pays d’Amérique latine à avoir jugé ses principaux tortionnaires, nombreux sont les militaires compromis dans de graves violations des droits de l’homme à avoir échappé à la sentence au gré des lois d’indulgence promulguées par les gouvernements démocratiques. Malgré l’abrogation de ces dernières, la justice est loin d’avoir été rendue. Il est probable qu’elle ne le sera jamais totalement. La société argentine peut compter sur notre soutien pour que les « disparus » d’hier ne tombent jamais dans l’oubli», a déclaré Reporters sans frontières.

    Le début de la répression ne coïncide pas avec la prise officielle du pouvoir par les militaires. Il date en fait de 1973, année du retour de Juan Domingo Perón à la présidence. Sous les auspices du bras droit de ce dernier, José López Rega, ministre du « Bien-Etre social » et surtout fondateur de la triple A (Alliance anticommuniste argentine), la chasse est ouverte contre les « subversifs », opposants de gauche pour la plupart. De 1973 au coup d’Etat de 1976, huit journalistes sont assassinés, dont l’Uruguayen Zelmar Michelini, parlementaire et collaborateur des quotidiens La Opinión et Notícias. Le 24 mars, le général Jorge Rafael Videla dépose Isabel Perón, qui a succédé à son mari, décédé le 1er juillet 1974. Trois juntes militaires se succéderont à la Casa Rosada (siège de la présidence argentine) jusqu’à la défaite de la guerre des Malouines, en 1982, prélude à la restauration de la démocratie un an plus tard.

    Au cours du « proceso », la presse passe pour l’essentiel à la clandestinité. Les militaires au pouvoir interdisent en outre Le Petit Prince de Saint-Exupéry, les Beatles, les mathématiques modernes, les philosophes grecs et tentent même de proscrire le tango. Les opposants « disparaissent », enlevés, torturés puis largués d’un avion, endormis mais vivants, dans l’estuaire du Río de la Plata.

    Quatre-vingt-trois journalistes subissent ce sort et quinze autres sont assassinés. Parmi eux, l’écrivain Rodolfo Jorge Walsh, cofondateur avec Gabriel García Márquez et Jorge Massetti de l’agence Prensa Latina, disparu le 25 mars 1977. Le 7 mars 2006, le juge argentin Sergio Torres a sollicité le retour au pays de l’un de ses assassins présumés, l’ancien policier fédéral Juan Carlos Fotea, inculpé de « génocide », « terrorisme » et « torture » en Espagne en 1998 par le juge Baltasar Garzón. Cette demande d’extradition est, pour l’heure, restée sans réponse. Dix autres personnes, dont l’ancien capitaine de frégate Alfredo Astíz, font l’objet de poursuites pour leur participation présumée à l’assassinat du journaliste.

    Les lois du « point final » (1986) et d’« obéissance due » (1987), qui blanchissaient les militaires, promulguées sous la présidence de Raúl Alfonsin (1983-1989) ont été annulées par le Congrès en 2003, puis par la Cour suprême en 2005. Le gouvernement de Néstor Kirchner espère désormais faire abroger les amnisties décrétées sous le mandat de Carlos Menem (1989-1999). Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, la réouverture des dossiers concernerait environ 400 militaires, dont moins de 50 encore en activité.