Catégorie : droits de l’homme

Situation des droits de l’homme à Cuba, répression et prisonniers politiques

  • Reporters sans frontières déplore que le bilan de la liberté de la presse à Cuba se soit encore aggravé avec la détention de Ramón Velázquez Toranso, journaliste de l’agence indépendante Libertad. Arrêté le 23 janvier 2007 et détenu à la prison provinciale de Las Tunas (Est), le journaliste a entamé le 30 janvier une grève de la faim. Depuis la prise de fonctions de Raúl Castro à la tête de l’État, le 31 juillet 2006, une quarantaine de journalistes ont été interpellés, agressés ou menacés, dont certains à plusieurs reprises.

    « Les rares promesses d’ouverture du pouvoir intérimaire de Raúl Castro ne se sont traduites par aucune avancée en matière de liberté de la presse. Les journalistes indépendants continuent de subir les harcèlements et les brutalités de la Sécurité de l’État. Ramón Velázquez Toranso n’a commis d’autre crime que de manifester pacifiquement pour demander davantage de liberté d’expression. Le pouvoir croit-il sérieusement se rapprocher de la communauté internationale en persistant dans l’intransigeance et l’arbitraire ? Il aurait tout à gagner en libérant les prisonniers d’opinion », a déclaré Reporters sans frontières.

    Le 23 janvier, Ramón Velázquez Toranso a été arrêté avec sa femme et sa fille à la gare routière de Ciego de Ávila (Centre). La famille du journaliste avait été à l’initiative, le 10 décembre 2006, d’une Marche pour l’unité, reliant Las Tunas à La Havane, destinée à obtenir des autorités le respect des libertés fondamentales. Le 4 janvier, Rámon Velázquez Toranso, sa famille et d’autres marcheurs avaient été arrêtés une première fois à Ciego de Ávila puis relâchés. Renvoyé à Las Tunas, le journaliste avait été intercepté le lendemain à Camagüey (Centre), d’où il tentait de relancer la marche pacifique. Harcelé depuis plusieurs mois par la Sécurité de l’État (police politique), le journaliste avait été condamné à trois ans de « liberté surveillée » par le tribunal provincial de Las Tunas pour « dangerosité sociale prédélictueuse ».

    Le 23 janvier, la femme et la fille du dissident ont recouvré rapidement la liberté tandis que leur mari et père a été incarcéré dans les locaux de la troisième unité de la police nationale de Las Tunas. Transféré au mitard de la prison provinciale « El Típico » du département, le journaliste a entamé une grève de la faim le 30 janvier. La Sécurité de l’État a averti sa famille qu’il serait privé de visite tant qu’il s’abstiendrait de s’alimenter. Ramón Velázquez Toranso fait partie de l’agence indépendante Libertad, basée à Las Tunas, dont le directeur et fondateur, José Luis García Paneque, purge une peine de 24 ans de prison depuis le « printemps noir » de mars 2003.

    Directrice de l’agence La Voz de Oriente, Haydee Rodríguez a entamé, elle aussi, une grève de la faim après une perquisition musclée de la Sécurité de l’État à son domicile de Santiago de Cuba (Sud-Est), le 20 janvier 2007. La police politique lui a confisqué les livres, les revues et les crayons qu’elle devait livrer à une bibliothèque indépendante. Le capitaine Giovanis Durán a également emporté son matériel d’enregistrement, deux postes de radio et des documents de l’Union européenne que la journaliste, de nationalité espagnole, reçoit régulièrement.

    Le 29 janvier à Ciego de Ávila, selon le site Payolibre, José Mariño, chef provincial du contre-espionnage de la Sécurité de l’État, a violemment interpellé Luis Esteban Espinosa Echemendía, 20 ans, de l’agence Jóvenes sin Censura, avant de le soumettre à un contrôle au commissariat et de saisir son matériel journalistique. Le jeune journaliste avait déjà été arrêté et détenu pendant deux heures par la Sécurité de l’État le 10 janvier. Le 2 février, la police politique a mis à sac le domicile de son collègue de la même agence, Yosvani Anzardo Hernández, pour y chercher en vain de la « propagande ennemie ».

    Enfin, le 24 janvier, le tribunal provincial de Camagüey a décidé de reporter au 8 février prochain le procès du journaliste indépendant Armando Betancourt, 44 ans, détenu sans jugement depuis le 23 mai 2006. Selon sa femme, Mercedes Boudet, elle-même menacée d’emprisonnement par la police, Armando Betancourt est incarcéré pour « activités anti-gouvernmentales » mais pourrait être condamné pour un délit de droit commun.

    Benoît Hervieu
    Despacho Américas / Americas desk

    Reporters sans frontières

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  • L’après Castro ? La question est depuis un certain temps dans toutes les têtes. Mais pendant longtemps le sujet est resté tabou, preuve s’il en était besoin que même gravement malade ou moribond, Fidel Castro tenait encore les rênes du pouvoir. A l’instar des fins de règne des grands caudillos, il était indécent d’évoquer avec trop de précisions la succession du Lider Maximo de son vivant. La question n’est plus maintenant de savoir s’il y aura une transition à Cuba, mais quand et comment.

    Malgré l’assurance officielle qu’il n’y a ni « transition », ni « succession » à Cuba, et que Raúl n’est au pouvoir que « temporairement », le doute susbsiste sur un retour de Fidel Castro au pouvoir. L’option militaire reste dans un premier temps la plus probable, ne serait-ce que parce qu’elle est sans doute la seule susceptible d’éviter un scénario catastrophe à la roumaine avec une explosion des tensions et des antagonismes qui minent la société cubaine. L’armée est déjà fermement implantée dans les sphères du pouvoir avec notamment la présence de deux généraux de premier plan au bureau politique (Abelardo Colomé Ibarra et Ulises Rosales del Toro). Cependant la personnalité de Raúl Castro reste un mystère.

    Raúl Castro n’a que cinq ans de moins son frère ainé, et la réputation d’avoir une santé plutôt fragile : homme d’appareil et de coulisses, il est plutôt mal à l’aise en public. Autant Fidel est grand, imposant par sa carrure et sa prestance, autant Raúl est petit, chétif, terne et sans envergure. Fidel paralyse ses interlocuteurs du regard, et est encore capable de captiver ses auditeurs en alignant les anecdotes et les plaisanteries. Raúl fait pitié avec son regard chafouin, ses manières apprêtées et ses discours d’un dogmatisme et d’un ennui mortels.

    Raúl a la réputation d’être un pragmatique : son appel aux Etats Unis pour négocier en est la preuve. Plus récemment il a décidé d’arreter de donner des noms aux années. 2006 était l’année de la « révolution énergétique », 2007 sera l’année du « 48 eme anniversaire de la révolution ». Et ainsi de suite. Pourquoi se casser la tête chaque année pour trouver un slogan dont tout le monde se soucie comme de sa première chaussette ?

    Raúl Castro ne laisse pas beaucoup d’illusions d’ouverture du système. Bien qu’il soit une personne affable et connu pour sa cordialité, il a été le protagoniste de quelques moments d’une extrême dureté dans l’histoire de la révolution. En 1959, il assumait le commandement des troupes révolutionnaires qui prirent Santiago de Cuba, la seconde ville de Cuba ; il y ordonna l’exécution sommaire de 70 officiers et soldats qui s’étaient rendus. Après avoir été fusillés, les prisonniers furent jetés dans une fosse commune. Raúl, qui avait formé « l’Armée rebelle » à une discipline reconnue comme étant de fer, fut aussi l’organisateur, en 1996, d’une purge d’intellectuels du PCC qu’il accusa de déviations capitalistes en raison de leur appui à la politique d’ouverture économique.

    Raul a toujours donné l’impression d’être un communiste dogmatique et un idéologue intransigeant : son rôle de procureur dans l’affaire Ochoa a montré qu’il était capable du pire. Mais l’histoire a déjà prouvé avec Gorbatchev que du plus terne des bureaucrates peut parfois surgir un réformateur audacieux. On sait maintenant qu’au lendemain des manifestations spontanées du mois d’août 1994 qui ont opposé la police et des émeutiers en plein centre de La Havane, Raul a fait personnellement pression sur Fidel pour obtenir la réouverture des marchés libres paysans au mois d’octobre de la même année.

    Secondé par six cadres prééminents du Parti communiste, dont le vice-président Carlos Lage, et le chef de la diplomatie Felipe Perez Roque, Raúl a adopté un style aux antipodes de celui de son frère, avec des discours synthétiques et de rares apparitions devant les caméras. Il s’est aussi dit ouvert, aux « divergences » et au débat, et favorable à l’ascension de nouvelles générations. Pour le moment, rien de concret n’est cependant venu etayer ces déclarations.

    En particulier, aucune amélioration n’est intervenue du côté des droits de l’homme. La libération pour raisons de santé le 6 décembre d’Hector Palacios, l’un des dissidents les plus combatifs du groupe des 75 arrêtés en mars 2003, n’a aucunement été perçue comme un signe d’assouplissement. Les autorités de La Havane ont déjà averti qu’elles prendront «toutes les mesures nécessaires» envers la dissidence y compris pour l’empêcher de recevoir des aides de Washington.

    L’ère post-Fidel Castro a bel et bien commencé. Même si Raúl Castro a été désigné en tant que garant de la continuité révolutionnaire, une véritable relève des générations est inévitable. Peut-on imaginer que le vide créé par la maladie de Fidel Castro puisse être comblé par une direction collective issue du Parti communiste sous la direction de Raúl Castro ? C’est l’option qui semble se mettre en place actuellement. Mais une fois la succession de Fidel Castro confirmée et définitive, Raúl sera obligé de faire des concessions : les Cubains n’accepteront pas de la part du petit frère, ce qu’ils ont enduré en silence de la part du grand frère pendant près d’un demi siècle de privations.

  • Dans sa dernière édition (janvier/février 2007) le magazine américain Foreign Policy donne la parole à Carlos Alberto Montaner, journaliste cubain exilé en Espagne. Comme beaucoup de Cubains, il pense que la disparition de Fidel Castro ne pourra se faire sans d’importants changements. «  Le pouvoir de Fidel Castro n’est pas transférable. Il a beau être communiste, il appartient au même stock anthropologique que Francisco Franco ou Rafael Trujillo : le militaire autocratique. Ce type d’autorité basée sur un mélange de respect et de peur ne peut pas être transférée. » prédit Carlos Alberto Montaner.

    Le point central est que seul Fidel paraît avoir l’autorité et le charisme pour gérer la situation. L’exemple le plus souvent cité est celui du « maleconazo » de 1994. C’était en pleine crise économique, un jour de chaleur, quand la police s’était affrontée durement avec un grand groupe de Cubains qui se préparaient à prendre la mer vers Miami. Des centaines de personnes avaient attaqué la police à coups de pierres et le désordre s’était généralisé sur le Malecón, en plein centre ville. C’est alors que Fidel en personne avait fait son apparition, et le combat s’arrêta net. La foule lâcha les pierres, applaudit le dirigeant et commença à se disperser petit à petit. Lorsque Fidel s’en alla, des dizaines de camions anti-émeute et des ouvriers sélectionnés pour leur loyauté apparurent et réprimèrent durement ceux qui restaient.

    En six mois d’absence du pouvoir de Fidel Castro, la dissidence cubaine a commencé à tester la direction intérimaire menée par son cadet Raul, pour obtenir des améliorations de la situation des droits de l’homme, sans espérer néanmoins des changements profonds. Souvent qualifiés de «mercenaires» de Washington, les dissidents ont d’abord opté pour la prudence quand celui-ci a fait annoncer à la télévision le 31 juillet qu’il avait été opéré et devait céder «provisoirement» le pouvoir à son cadet, Raul, 75 ans.

    Fin 2006, la commission de défense des droits de l’homme (illégale mais tolérée) de M. Elizardo Sanchez a chiffré à 283 le nombre de prisonniers politiques, soit 50 de moins qu’un an auparavant. Mais selon lui, le gouvernement a seulement changé de «stratégie», abandonnant les détentions longues pour des peines courtes et un strict contrôle.

    La libération pour raisons de santé le 6 décembre d’Hector Palacios, l’un des dissidents les plus combatifs du groupe des 75 arrêtés en mars 2003, n’a aucunement été perçue comme un signe d’assouplissement. Quinze autres ont été relâchés pour les mêmes raisons depuis deux ans. Mais les autorités de La Havane ont déjà averti qu’elles prendront «toutes les mesures nécessaires» envers la dissidence y compris pour l’empêcher de recevoir des aides de Washington.

    Cette année, « un ami de Castro et vétéran du parti » a confié à Jon Lee Anderson, de la revue New Yorker, que le dirigeant cubain « est angoissé par le fait de vieillir et obsédé par l’idée que le socialisme cubain pourrait ne pas lui survivre ». C’est pour cela, explique Anderson, que Castro s’est lancé dans son ultime combat, la « Bataille des idées ». Son objectif est de renouveler l’engagement des Cubains envers les idéaux de la révolution, surtout celui des jeunes qui ont atteint leur majorité durant la « Période spéciale ». C’était au début des années 90, lorsque la dissolution de l’Union soviétique laissa Cuba sans allié stratégique, sans pétrole subventionné et sans achats garantis des produits de base.

    En privé, raconte le journaliste Anderson, « beaucoup de Cubains considèrent la Bataille des idées comme un spectacle qu’ils doivent tolérer mais qui n’affecte en rien leurs vies. Peu gagnent assez pour bien manger et encore moins, pour vivre à l’aise. Conséquence des carences endémiques de l’île : presque tout le monde a un contact avec le marché noir ». Anderson signale qu’il y a une tension toujours plus grande entre la vie publique cubaine, avec ses rassemblements et ses marches, et la vie privée, où chacun cherche comment gagner un peu plus. A l’intérieur et en-dehors de l’île, l’une des craintes est que la mort de Fidel Castro n’engendre une explosion de violence, accompagnée de pillages et de répression.

    Raúl Castro ne laisse pas beaucoup d’illusions d’ouverture du système. Bien qu’il soit une personne affable et connu pour sa cordialité, il a été le protagoniste de quelques moments d’une extrême dureté dans l’histoire de la révolution. En 1959, il assumait le commandement des troupes révolutionnaires qui prirent Santiago de Cuba, la seconde ville de Cuba ; il y ordonna l’exécution sommaire de 70 officiers et soldats qui s’étaient rendus. Après avoir été fusillés, les prisonniers furent jetés dans une fosse commune. Raúl, qui avait formé « l’Armée rebelle » à une discipline reconnue comme étant de fer, fut aussi l’organisateur, en 1996, d’une purge d’intellectuels du PCC qu’il accusa de déviations capitalistes en raison de leur appui à la politique d’ouverture économique.

    Entre temps, Cuba a du faire des concessions pour éviter la banqueroute généralisée de la « période spéciale » et les émeutes de la faim, comme celle a eu lieu à proximité du Malecon en 1994. L’ouverture au capital étranger et au tourisme a rouvert des plaies mal cicatrisées : les privilèges dont jouissent les investisseurs étrangers et les touristes sont mal supportés car ils ne sont accompagnés d’aucune ouverture en direction des Cubains. Avec Raul Castro, la junte au pouvoir entend bien conserver le juteux monopole des affaires en dollars avec les étrangers, en faisant miroiter au bon peuple de futures améliorations en pesos.

  • Le commandement militaire de la base de Guantánamo (Cuba) a commencé à planifier une possible exode en provenance de Cuba, avec la possibilité d’héberger temporairement les candidats à l’exil, bien que séparés des suspects soupçonnés d’appartenir à al-Qaida.

    Presque tous les prisonniers (près de 400 étrangers suspectés de terrorisme), capturés après les tentatives de du 11 septembre le 2001, se trouvent dans la base depuis le 2002 sans avoir comparu devant un juge. Une soudaine exode d’émigrants cubains en direction des Etats-Unis pourrait de nouveau voir Guantánamo servir à son affectation des années 90, quand quelques 40.000 Haitiens et Cubains ont été internés dans la base après avoir été capturés en haute mer.

    Mais cette fois l’opération risque d’être beaucoup plus difficile. Dans les années 90, Guantánamo, qui occupe une surface de 117 kilomètres carrés de terre et eaux territoriales, était une base navale tranquille avec plein d’espace. Maintenant, une grande partie de cet espace est occupé par le Camp Delta – la prison des islamistes. Les Etats-Unis devront augmenter le personnel sur la base pour la sécurité, en plus de stocker davantage d’aliments, la plupart arrivant par mer toutes les deux semaines.

    En 1998, la loterie (baptisée el bombo par les Cubains de la rue), organisée par les services consulaires américains pour filtrer l’afflux de candidats désireux d’obtenir un des 20 000 visas accordés chaque année, a enregistré plus de 500000 demandes.

    Castro, n’a pas été vu en public depuis qu’il a transféré temporairement le pouvoir en juillet à son Raúl frère, ministre de Défense, pour être opéré des intestins. Le journal madrilène El Pais a affirmé cette semaine que le président cubain se trouve dans un état « très grave » et qu’il souffre de péritonite suite à des complications de trois opérations auxquelles il a été soumis.

  • L’organisation s’élève également contre la condamnation à quatre ans de prison, le 5 décembre, du journaliste indépendant Raymundo Perdigón Brito pour « dangerosité sociale prédélictueuse ».

    « Ahmed Rodríguez Albacia et sa famille ont été victimes du harcèlement constant de la police politique depuis le début de l’année. Le jeune journaliste avait même été détenu et sommé d’abandonner ses activités en septembre dernier. Cette fois, la Sécurité de l’État l’a dépossédé de son matériel de travail avant de le jeter en prison. Faut-il une preuve de plus qu’Ahmed Rodríguez Albacía est détenu au seul motif d’être journaliste ? Nous demandons sa libération immédiate, ainsi que celle de Raymundo Perdigón Brito, condamné pour les mêmes raisons à quatre ans de prison au nom d’une ‘dangerosité sociale’ fallacieuse et absurde », a déclaré Reporters sans frontières.

    Dans la matinée du 4 décembre 2006, une trentaine d’agents de la Sécurité de l’État et de la Police nationale révolutionnaire ont effectué une perquisition musclée au domicile d’Ahmed Rodríguez Albacia et de sa mère, à La Havane. Selon un voisin témoin de la scène, cité par Cubanet, les policiers ont confisqué du matériel d’enregistrement, un ordinateur portable, un téléphone-fax, ainsi que toutes les archives du journaliste. Victime d’un accès d’hypertension durant les événements, Ahmed Rodríguez Albacia a dû être emmené à l’hôpital avant d’être conduit au Département technique d’investigation (DTI) de la Sécurité de l’État où il est actuellement détenu.

    Ahmed Rodríguez Albacia, qui fêtera ses 22 ans le 10 décembre prochain, appartient à la toute jeune agence de presse indépendante Jóvenes sin Censura, fondée en septembre 2005 à Holguín (Est), province dont il est originaire. Le 15 septembre, il avait été arrêté à La Havane et détenu vingt-quatre heures par la police politique (cf. communiqué du 18 septembre 2006).

    L’organisation a également appris la condamnation, le 5 décembre, à quatre ans de prison par le tribunal provincial de Sancti Spíritus (Centre), du journaliste indépendant Raymundo Perdigón Brito pour « dangerosité sociale prédélictueuse ». Cette disposition du code pénal cubain, très utilisée contre les dissidents, permet d’arrêter et d’emprisonner un prévenu sans qu’il ait eu à commettre le moindre délit, seulement en vertu du risque potentiel qu’il serait censé représenter pour la société.

    « Raymundo a été arrêté le 29 novembre par la Sécurité de l’État. Les policiers lui ont ordonné de cesser ses activités, faute de quoi il serait envoyé en prison », a expliqué à Reporters sans frontières un journaliste dissident basé à Cuba. Raymundo Perdigón Brito venait de fonder, le 17 novembre 2006, une petite agence de presse indépendante, Yayabo Press, avec sa s¦ur, Ana Margarita Perdigón, qui en assume la direction. « La police politique l’a su et à tout fait pour démanteler l’agence au plus vite », a poursuivi l’interlocuteur de Reporters sans frontières.

    Le 5 décembre, à la sortie du tribunal, une centaine de manifestants ont agressé la famille du journaliste. Son père, victime d’un mauvais coup au thorax, a dû être hospitalisé. Raymundo Perdigón Brito est détenu à la prison provinciale de Sancti Spíritus, près de la municipalité de Guayos.

    Les détentions d’Ahmed Rodríguez Albacia et de Raymundo Perdigón Brito portent à 25 le nombre de journalistes emprisonnés à Cuba.

  • Ces demandes apparaissent en même temps qu’une demande semblable formulée par l’opposition interne dans l’île et coïncident avec une offre de dialogue à Washington par le dirigeant par intérim cubain, le général Raúl Castro.
    Ceci devrait être accompagné, estime la coalition, par la fin de toute mesure restrictive mise en oeuvre par Washington, principalement depuis le 2004, qui compliquent l’envoi de ressources aux familles cubaines, et réduisent le nombre de voyages possible à Cuba pour les exilés cubanoamericains.

     »Les mesures imposées qui limitent ou nient aux cubains leurs droits fondamentaux, la liberté de pouvoir voyager librement pour sortir et retourner à Cuba à des fins humanitaires ou de réunification familiale, et de pouvoir envoyer et recevoir librement aide familiale et personnelle, violent des droits fondamentaux des cubains, portent un préjudice à la famille cubaine, et constituent des contradictions morales » a déclaré « Consensus cubain » dans un document divulgué hier en conférence de presse à Miami. Outre le Groupe d’Études cubaines et la Fondation Nationale cubano Américaine (FNCA), la coalition est formé, entre autres, par la Coordination Social Démocrate, le Parti Démocrate Chrétien de Cuba, le Parti Social Démocrate de Cuba et l’Union Libérale cubaine ; ainsi qu’Action Démocratique cubaine, Agenda Cuba, Arc Progressiste, Frères au Sauvetage et le Mouvement Démocratie.

    Dans la conférence de presse, les participants n’ont pas dissimulé que leur position peut être interprétée comme un changement dans les positions traditionnelles de l’exil cubain.  »Je suis venu d’une position de ligne dure, mais ce qui est certain c’est que isoler les gens (les Cubains resté à Cuba) n’a pas produit un changement durant les dernières 47 années. L’isolement des gens aide à soutenir à la dictature « , a dit le chef d’entreprise Carlos Saladrigas, vice-président du Groupe d’Études cubain. Saladrigas a rappelé que l’aide extérieure a eu un rôle prépondérant dans la désintégration du communisme en Europe de l’Est.

     »Le véritable consensus sur la crise cubaine doit se focaliser dans la liberté immédiate de tous les prisonniers politiques sans exception et dans la convocation d’élections pluripartites pour Cuba, et non dans des concessions unilatérales à la tyrannie, a commenté le congressiste républicain Lincoln Díaz-Balart, de la Chambre de Représentants. Samedi à La Havane, Raúl Castro a proposé d’établir un dialogue avec les Etats-Unis, dans le cadre du respect mutuel, mais Washington a rejeté de plan l’offre avec l’argument que le régime a besoin, d’abord avant tout, de dialoguer avec ses propres citoyens .  »Notre position claire d’appui à une transition démocratique a été déjà exprimé, a dit hier le porte-parole du Département d’État, Sean McCormack.  »Le dialogue qui devrait avoir lieu n’estpas entre Raúl Castro et un groupe étranger ou un autre pays, a dit McCormack.  »Il doit être entre le gouvernement cubain et le peuple cubain et devrait porter sur une transition à une forme démocratique de gouvernement à Cuba », a ajouté le porte-parole.

  • Unique dictature du continent, Cuba n’est plus seule à incarcérer les journalistes, mais tient toujours son rang de deuxième prison du monde pour la presse avec vingt-quatre détenus. La succession de Fidel Castro par son frère Raúl à la tête de l’Etat, le 31 juillet, n’a rien modifié à l’attitude du régime envers les médias dissidents. Une multiplication des actes d’intimidation et des convocations par la police politique a marqué le second semestre.

    Deux journalistes, arrêtés en 2005, ont été libérés, mais deux de leurs collègues ont été envoyés derrière les barreaux : Armando Betancourt, collaborateur indépendant de Nueva Prensa Cubana à Camagüey, détenu sans jugement par la Sécurité de l’Etat depuis le 23 mai, et Raymundo Perdigón Brito, fondateur de l’agence Yayabo Press, condamné à quatre ans de prison, le 5 décembre, pour “dangerosité sociale”. Un troisième, Guillermo Espinosa Rodríguez, de la Agencia de Prensa Libre Oriental (APLO), a écopé de deux ans d’assignation à résidence.

    Un vingt-cinquième journaliste est détenu à Cuba, cette fois sous la garde de l’armée américaine, sur la base militaire de Guantanamo. Sami Al-Haj, cameraman soudanais de la chaîne qatarie Al-Jazira, fait partie des 400 “ennemis combattants” détenus, hors de tout cadre juridique, par les Etats-Unis au nom de la “guerre contre le terrorisme”. Incarcéré sans charge, soumis à des interrogatoires quasi quotidiens, Sami Al-Haj a entamé, le 13 juin, sa cinquième année de captivité au sein de cette base, dont la communauté internationale réclame désormais la fermeture.

    A ce scandale juridique et humanitaire s’ajoute une nette dégradation de la liberté de la presse aux Etats-Unis, qui s’est manifestée avec l’emprisonnement, à deux reprises, du blogueur californien Josh Wolf, en août puis en septembre. Le jeune homme risque de demeurer en cellule jusqu’en juillet 2007, tant qu’il ne livrera pas des archives vidéo à la justice. Une quinzaine d’affaires touchant au secret professionnel font l’objet d’une procédure au niveau fédéral, alors que 33 Etats de l’Union reconnaissent aux journalistes le droit à la confidentialité. Un projet de loi fédéral en ce sens, déposé en février 2005, n’a toujours pas été débattu ni voté.

    L’organisation a rendu public, le 1er février, son rapport annuel 2007 qui dresse un état des lieux de la situation de la liberté de la presse dans 98 pays. Ce document revient sur les principales violations des droits des journalistes survenues en 2006 et offre des perspectives thématiques et régionales sur l’état des libertés des médias et de l’Internet à travers le monde.

    Il est consultable en ligne sur www.rsf.org et téléchargeable en intégralité ou par zone géographique. Le rapport est disponible en quatre langues (anglais, français, espagnol et arabe).

    « Ce rapport recense les pires violations de la liberté de la presse commises dans les Etats répressifs, de la Corée du Nord à l’Erythrée, en passant par Cuba et le Turkménistan. Mais il s’intéresse également aux démocraties dans lesquelles des progrès restent à accomplir et des acquis sont menacés », a écrit Reporters sans frontières…/…

    En Amérique latine, l’assassinat de près d’une dizaine de journalistes au Mexique dans une quasi-impunité, le maintien en détention de plus d’une vingtaine de journalistes à Cuba, la dégradation de la situation en Bolivie, le pays du Sud pourtant le mieux placé jusqu’ici dans le classement établi chaque année par Reporters sans frontières, sont autant d’inquiétudes qui doivent inciter la communauté internationale à la plus grande vigilance.

  • En présence de la presse française et étrangère, et de personnalités cubaines exilées, dont des journalistes dissidents, l’organisation a installé, sur la place du Trocadéro, vingt-trois cages, abritant chacune un détenu volontaire, masqué et vêtu d’un costume de prisonnier. Sur chaque cage figurait le nom, le média d’appartenance, la durée de la peine et les motifs d’incarcération de chaque journaliste emprisonné.

    « Le cinquantenaire de l’accostage du bateau Granma, le 2 décembre 2006, vient clôturer cinq jours de célébration des 80 ans de Fidel Castro, obligé de céder sa charge à son frère Raúl le 31 juillet dernier pour raisons de santé. Cette célébration devait coïncider avec son retour au pouvoir, compromis par l’évolution de son état. Que le Líder Máximo reprenne ou non ses fonctions de chef de l’Etat, Cuba reste la deuxième prison du monde pour la presse. Vingt-trois journalistes, pour avoir voulu informer hors du contrôle de l’Etat, le payent de leur liberté », a déclaré Reporters sans frontières.

    « Le gouvernement cubain s’honorerait en les libérant, comme il l’a fait le 20 novembre pour l’un de leurs collègues. Nous espérons que les personnalités étrangères, et notamment européennes, invitées aux cérémonies à La Havane, relaieront cette demande. Assumant depuis le 11 septembre 2006 la présidence tournante du Mouvement des non-alignés, Cuba se doit de remplir les engagements qu’elle a pris ce jour-là en matière de respect des droits de l’homme », a ajouté l’organisation.

    Vingt des vingt-sept journalistes arrêtés et condamnés lors de la vague répressive de mars 2003 sont toujours détenus, dont le correspondant de Reporters sans frontières, Ricardo González Alfonso. Accusés pour la plupart d’être des « mercenaires au service d’une puissance étrangère », ils ont écopé de peines allant de 14 à 27 ans de prison. Enfermés dans des cellules insalubres, parfois mêlés aux détenus de droit commun, ils subissent au quotidien les mauvais traitements de leurs gardiens, les privations de contact avec leur famille et le rationnement des médicaments qu’impose leur état de santé, de plus en plus dégradé. La médecine carcérale a elle-même estimé l’état de santé de ces prisonniers incompatible avec la détention dans la plupart des cas. L’un d’eux, Juan Carlos Herrera Acosta a régulièrement refusé de s’alimenter depuis huit mois pour protester contre son sort.

    Trois journalistes sont venus s’ajouter en 2005 et 2006 à cette longue liste : Alberto Gil Triay Casales, Roberto de Jesús Guerra Pérez et, en mai dernier, Armando Betancourt. Le premier est officiellement inculpé de « trouble à l’ordre public » mais attend toujours sa condamnation. Les deux autres sont détenus sans la moindre charge précise par la Sécurité de l’Etat (police politique). Un quatrième journaliste, Oscar Mario González Pérez, arrêté le 22 juillet 2005 sans motif, a été libéré le 20 novembre 2006 sans plus d’explication. Il aura purgé pour rien un an et quatre mois de prison.

    Enfin, le harcèlement, les intimidations et les violences envers la presse indépendante n’ont pas davantage cessé pendant les quatre mois de pouvoir intérimaire de Raúl Castro. A Cuba, un journaliste n’est en liberté que surveillée.

    Le 2 décembre 1956, le bateau Granma, en provenance du Mexique, accostait à Cuba, avec à son bord les frères Fidel et Raúl Castro, Ernesto « Che » Guevara et leurs principaux compagnons de lutte. L’épisode marqua le début de la Révolution castriste et le renversement, trois ans plus tard, de la dictature de Fulgencio Batista. A la veille du cinquantenaire de l’événement, Reporters sans frontières tient à rappeler que, depuis, une dictature a succédé à une autre et manifeste publiquement son soutien aux vingt-trois journalistes détenus dans les geôles cubaines pour avoir voulu informer librement.

    Toutes les informations actualisées sur les vingt-trois journalistes détenus figurent sur le site de Reporters sans frontières.
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