Catégorie : droits de l’homme

Situation des droits de l’homme à Cuba, répression et prisonniers politiques

  • Un total de 30 nouveaux prisonniers de conscience a rejoint les prisons cubaines pendant 2005, soit un total de 330 opposants et journalistes cubains, selon le porte-parole de « Cuba Démocratie », Miguel Angel García Puñales, sur la base d’un document intitulé « Rapport sur la situation des Droits de l’homme à Cuba en 2005 ».

    Ce texte, élaboré à partir des informations transmises par des groupes de l’intérieur de l’île comme la « Commission cubaine des Droits de l’homme et Réconciliation Nationale » d’Elizardo Sanchez, ou « l’Assemblée pour Promouvoir la Société Civile », de marta Béatriz Roque, indique que 2005 « a été la pire depuis plus de une décennie, quant au respect aux Droits de l’homme » à Cuba.

    Outre l’augmentation de prisonniers de conscience et l’absence cette année d’élargissements par « licence extra-pénale » — il y a en avait eu 14 en 2004, dont le célèbre poète et journaliste Raul Rivero–, environ 400 jeunes ont été arrêtés sans motif apparent au début de 2005 a rappelé García Puñales.

    « Quand a commencé la vague répressive à Cuba, en 2003, il y avait quelque 300 prisonniers de conscience, et en 2005, à travers des subterfuges légaux, 30 autres personnes se sont transformées en prisonniers de conscience (…). En outre, au début de 2005 on a emprisonné 400 jeunes pour différer du Gouvernement d’une certaine manière, par la manière de s’habiller ou parce qu’un policier les a considérés dangereux ou suspects de pouvoir commettre des crimes dans le futur », a indiqué García Puñales.

    « Cette augmentation nette quant au nombre de personnes qui sont soumises à des condamnations pour motifs politiques est cohérente avec l’aggravation soutenue de la situation des droits civils, politiques et économiques à Cuba, spécialement pendant l’année 2005 où ont été condamnés ou jugées 53 autres personnes pour motifs politiques, 13 dans le premier semestre et 40 pendant la seconde moitié de l’année », a t’il ajouté.

    Selon García Puñales , depuis le discours du 26 juillet 2005 de Fidel Castro « il s’est avéré évident qu’on accordait « un feu vert » à la reprise systématique « des actes de répudiation », lesquels constituent une forme para policière de répression de violence et d’intimidation contre des dissidents pacifiques qui osent exprimer leur désaccord avec la situation qui règne au Cuba, spécialement en matière de droits civils, politiques et économiques ».

    400 JEUNES EMPRISONNÉS

    Selon Cuba Démocratie, « suite à une véritable opération de « nettoyage social » autour de 400 adolescents et jeunes ont été emprisonnés entre janvier et avril de cette année et condamnés, sous l’accusation de « danger pre délictueux », à des peines jusqu’à quatre années de prison ».
    Le code pénal cubain permet en vertu de la « ley de peligrosidad » (loi de la dangerosité)
    d’envoyer en prison n’importe qui pour « comportement contraire à la morale socialiste ».

    « Presque la totalité de ces adolescents et jeunes sont internés dans les prisons du Combiné de l’Est, Ivanov, le Pitirre, Toledo et Valle Grande, toutes situées dans les environs de La Havane ».

  • « Les autorités cubaines ont d’abord annoncé vouloir juger un journaliste au seul motif qu’il refusait d’abandonner son métier. Elles font savoir aujourd’hui à son avocate et à sa famille qu’il n’existe pas de dossier d’accusation le concernant. S’il n’existe aucune charge contre un homme, alors pourquoi le priver de liberté ?
    A l’arbitraire d’un enfermement, que subissent également 23 autres journalistes cubains, s’ajoute ici l’absurdité d’une « procédure fantôme ». Nous demandons, encore une fois, la libération immédiate et sans condition d’Oscar Mario González Pérez et de ses collègues », a déclaré Reporters sans frontières.

    Selon le site Cubanet, en date du 16 décembre 2005, l’avocate d’Oscar Mario González Pérez, Amelia Rodríguez n’a pas eu accès au dossier d’accusation de son client lorsqu’elle s’est rendue au Département technique d’investigations (DTI) de La Havane, où il est actuellement détenu. L’épouse du journaliste, Mirtha Wong, a assuré s’être entendu dire plusieurs fois par la police politique que le dossier n’existait pas.

    Pourtant, le 27 juillet, soit cinq jours après son arrestation, un magistrat havanais avait notifié à Oscar Mario González Pérez qu’il serait jugé au titre de la loi 88 sur « la protection de l’indépendance nationale et de l’économie de Cuba ».
    Cette loi, dont la violation peut coûter vingt ans de prison, a notamment servi à condamner les dissidents arrêtés lors de la vague répressive du printemps 2003, parmi lesquels 27 journalistes. Vingt d’entre eux sont toujours détenus et purgent des peines comprises entre 14 et 27 ans de prison.

    Arrêté le 22 juillet à la veille d’une manifestation dissidente à laquelle il devait participer, Oscar Mario González Pérez a, depuis, été transféré à cinq reprises dans des geôles de la Police nationale révolutionnaire, puis de la Sécurité de l’Etat.
    Agé de 61 ans, il partage une cellule insalubre de deux mètres sur trois avec trois prisonniers de droit commun et n’a droit, selon son épouse, qu’à une sortie quotidienne d’une demi-heure. Un autre journaliste, Roberto de Jésus Guerra Pérez, arrêté le 13 juillet et détenu lui aussi sans jugement, se trouve dans les locaux du DTI.

    Oscar Mario González Pérez fait partie de la petite agence indépendante Grupo de Trabajo Decoro, dont trois membres arrêtés au printemps 2003, Hector Maseda Gutiérrez, Omar Moisés Ruiz Hernández et José Ubaldo Izquierdo Hernández ont été condamnés respectivement à 20, 18 et 16 ans de réclusion.

    Hector Maseda Gutiérrez est l’époux de Laura Pollan, récemment récompensée avec son organisation « les dames en blanc », par le prix Sakharov du Parelement Européen.

  • Reporters sans frontières, colauréat du prix avec les Dames en blanc et l’avocate nigériane Hauwa Ibrahim, demande aux autorités de La Havane d’accorder leur autorisation de sortie à Miriam Leiva, Laura Pollán, Loida Valdés, Berta Soler et Julia Nuñez.

    « La Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que tout individu a droit à la liberté de circuler, d’entrer et de sortir de son pays. Cuba est tenu de respecter ce principe en tant que pays membre des Nations unies.
    D’autre part, les Dames en blanc sont déjà lauréates du prix Sakharov et leur combat a acquis reconnaissance et légitimité au plan international. Le régime aurait tort de croire qu’il occulterait cette réalité, en interdisant aux Dames en blanc de recevoir le prix. Nous demandons donc aux autorités cubaines d’accorder leur autorisation de sortie aux cinq Dames en blanc attendue à Strasbourg », a déclaré Reporters sans frontières.

    Les cinq représentantes des Dames en blanc, désignées pour recevoir le prix Sakharov, devaient prendre un vol au départ de La Havane dans la nuit du 11 au 12 décembre. Elles en ont été empêchées, en l’absence d’autorisation officielle pour quitter le territoire cubain. Elles attendaient de pouvoir emprunter un autre vol dans la nuit de lundi.

    « Le scandale sera beaucoup plus grand si le prix reste là-bas. Je pense qu’il est pire pour le gouvernement de ne pas nous laisser partir », a déclaré Laura Pollán, l’une des cinq Dames en blanc, citée par l’Agence France-Presse (AFP).
    Le groupe des Dames en blanc a vu le jour au début de l’année 2004. Il mobilise des femmes et mères de dissidents emprisonnés depuis la vague répressive du printemps 2003. Parmi les cinq représentantes du mouvement attendues à Strasbourg, quatre sont les épouses de journalistes arrêtés à l’époque avec 23 de leurs collègues, dont 20 sont encore détenus. Miriam Leiva est la femme d’Oscar Espinosa Chepe, libéré le 29 novembre 2004 après vingt mois d’incarcération. Laura Pollán est l’épouse d’Hector Maseda Gutiérrez, du Grupo de Trabajo Decoro. Loida Valdés est la femme d’Alfredo Felipe Fuentes, de l’école de journalisme Sociedad Manuel Marquez Sterling, fondée par le correspondant de Reporters sans frontières Ricardo González Alfonso, lui aussi en prison. Julia Nuñez est l’épouse de Juan Adolfo Fernández Sainz, de l’agence Patría. Hector Maseda Gutiérrez, Alfredo Felipe Fuentes et Juan Adolfo Fernández Sainz purgent respectivement des peines de 20, 26 et 15 ans de prison.

  • Emprisonné avec 26 autres journalistes lors de la vague répressive du printemps 2003, il témoigne « L’univers carcéral est en complète contradiction avec mon univers moral et ma façon de voir la vie. La prison est le lieu de tous les dangers. Il faut se tenir en alerte permanente contre les mauvais traitements des gardiens, les bagarres entre détenus, les vols, les humiliations. C’est un choc psychologique, un stress permanent pour quelqu’un qui, comme moi, défend ses idées.

    Les transferts intempestifs [le journaliste a été transféré à cinq reprises] ont aggravé ce choc car ils rendent impossible la moindre adaptation. J’ai d’abord été incarcéré à Holguín (Est), puis dans deux prisons de Santiago de Cuba (Sud-Est). D’emblée, j’ai refusé de me plier à la condition de prisonnier. Je crois que les transferts faisaient partie des représailles.
    J’ai mené plusieurs grèves de la faim. C’est pour cette raison que j’ai été admis à l’hôpital militaire de la prison du Combinado del Este à La Havane (Nord-Ouest). Il a fallu du temps avant que les soins me soient administrés. Ce temps d’attente est une torture de plus.

    Finalement, les autorités pénitentiaires ont accepté de me rapprocher de ma famille en m’envoyant à la prison Kilo 7 de Camagüey. Le temps passé en prison est devenu de plus en plus difficile à supporter. Le directeur de l’hôpital psychiatrique de Camagüey m’a aidé à tenir, mais je préférais quitter ce monde plutôt que continuer à vivre dans ces conditions. C’était une question de conscience.

    Je n’ai jamais pensé que je serais libéré si tôt. Le 1er décembre dans la matinée, deux fonctionnaires du contrôle pénal sont venus me trouver. Ils m’ont dit que le directeur de Kilo 7 voulait me voir. On m’a donc amené à son bureau. Il y avait là un agent de la Sécurité de l’Etat. J’ai été très ému d’apprendre que je bénéficiais d’une licence extra-pénale. Tellement ému que lorsque les fonctionnaires ont appelé ma mère pour l’informer, je n’ai pas pu trouver les mots pour lui parler.

    Je pense avoir réussi à tenir grâce à la poésie. En prison, j’ai écrit des poèmes, notamment sur ma femme, ma mère, ma ville. J’ai appris à ma sortie que grâce à mon épouse, j’avais obtenu un prix de poésie dans le cadre d’une rencontre de dissidents à Porto Rico. Pour l’instant, j’ai besoin de me reposer et d’écrire pour moi. Je suis toujours un traitement contre la dépression, même si les doses vont progressivement diminuer. »

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  • « Nous nous réjouissons de savoir Mario Enrique Mayo Hernández libre et auprès des siens, même s’il s’agit d’une liberté conditionnelle. Nous espérons que les autorités cubaines feront preuve de la même clémence à l’égard des autres dissidents, dont 24 journalistes, encore emprisonnés, dont l’innocence, en plus de l’état de santé, justifie la libération. », a déclaré Reporters sans frontières.

    Le 19 mars 2003, Mario Enrique Mayo Hernández avait été arrêté avec 26 autres journalistes lors du « printemps noir ». Lors de son procès, le 4 avril 2003, il avait été reconnu coupable d’atteinte à « l’indépendance et à l’intégrité territoriale de l’Etat », selon l’article 91 du code pénal cubain, et condamné à 20 ans d’emprisonnement.
    Il a bénéficié d’une licence extra-pénale pour raisons de santé.

    Passé par trois prison – Holguín (Est), Santiago de Cuba (Sud-Est), puis Camagüey (Est) dont il est originaire -, le journaliste a été soumis à plusieurs reprises à un régime de détention de « rigueur maximale » et souvent privé de visites. Les grèves de la faim qu’il a menées, dont la dernière en juillet, pour protester contre ses conditions d’emprisonnement, ont contribué à aggraver son état de santé déjà fortement mis à mal par son séjour carcéral. Le journaliste souffre notamment d’un glaucome à l’oeil gauche, d’hypertension artérielle, d’emphysème pulmonaire et d’inflammation de la prostate. Il présente également des troubles psychiques.

    Mario Enrique Mayo Hernández, âgé de 41 ans, est le septième journaliste emprisonné en 2003 à être libéré pour raisons de santé. Sa licence extra-pénale est valable pour une durée d’un an.

    Mario Enrique Mayo Hernández avait débuté comme journaliste indépendant en 2000 à l’agence indépendante « Colegio de periodistas independientes de Camagüey » (CPIC), après avoir été licencié de son emploi d’avocat pour ses opinions dissidentes. Un an plus tard, il avait fondé sa propre agence « Félix Varela » et collaborait notamment au site internet de presse indépendante Nuevaprensacubana.org et à Radio Martí, tous deux basés à Miami.

  • Lorsque j’avais rencontré Raul Rivero à Cuba, environ un an avant son arrestation, il m’avait confié ses craintes de se voir appliquer la loi 88, dite la « loi bâillon », avec ses peines si démesurées qu’elle semblait émerger d’un autre âge.

    Rivero m’avait reçu dans un local exigu et bruyant dans le quartier populaire de Marianao, à La Havane : une des nombreuses bases provisoires de Cuba Press, où s’activaient quatre personnes autour d’un seul téléphone.
    Une machine à écrire portative au chariot rétif posée sur une table bancale, une cafetière hors d’âge et des tasses en plastique dépareillées : les « mercenaires de l’empire américain qui les paie, les instruit, les camoufle et leur ordonne de tirer contre leur peuple » – ainsi s’expriment les aboyeurs de la presse officielle – ne roulaient pas sur l’or.

    Avec lui, j’avais pris une leçon de courage et de journalisme. J’avais pu le constater par moi-même : les dépêches de Cuba Press étaient précises et factuelles, elles ne faisaient qu’énumérer les pénuries, les manquements, les absurdités et les injustices d’un système bureaucratique et policier en cours de pourrissement. C’est sans doute cette rigueur et cette abnégation qui a valu en mars 2003 à Raúl Rivero une des sanctions les plus lourdes parmi les 78 dissidents et journalistes indépendants condamnés en même temps que lui.

    A une journaliste de Libération qui l’interrogeait peu de temps après sa remise en liberté il déclarait :
    « Il faut se constituer une sorte de forteresse spirituelle pour s’en sortir. Ces nouvelles que me transmettait Blanca étaient très importantes. Savoir qu’un ami en Espagne avait écrit un article, que Gallimard avait publié un de mes livres (je mourais d’envie de voir la couverture ! C’est le genre de choses importantes pour un écrivain…). Savoir qu’il y avait des personnes que j’aime beaucoup, et qui ont été très impliquées, comme Zoé Valdés, et d’autres que j’admire sans les connaître. Je ne m’attendais pas à une telle réaction, de la même façon que le gouvernement cubain ne s’y attendait pas.

    Aujourd’hui la liberté de Raul Rivero est une sorte de soulagement pour nous tous qui l’avons rencontré, et qui avons admiré son courage : on ne peut que s’en réjouir, mais vite, car il reste encore plus de 300 prisonniers politiques à Cuba, et 11 millions de prisonniers tout court.

  • Parmi les auteurs sollicités par l’organisation que dirige Robert Menard, on trouve entre autres Henri Amouroux, Fernando Arrabal, Didier Daeninckx, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Jean Lacouture, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Eduardo Manet, Erik Orsenna, André Comte-Sponville, Zoé Valdès ou encore Raoul Vaneigem.

    Nous avons choisi de reproduire ici le texte de Zoé Valdés, qui fait référence à la situation des Cubains en matière de liberté d’expression.

    Survivre bâillonné

    Pour moi, la liberté d’expression fait partie inhérente de la liberté et de la condition humaine. La liberté d’expression c’est faire confiance à la pensée, et exprimer cette confiance par la parole c’est réaliser une des principales fonctions de l’être humain : la communication à travers la raison et l’entendement, mais aussi à travers la polémique, la poésie, en comprenant la réalité et ses concepts en leurs multiples variations. Quand l’homme commence à redouter sa propre pensée, à se défiler et à fuir ses propres mots, par crainte de la censure, alors là il a perdu sa liberté.

    Donner libre cours à l’imagination, à l’analyse, au raisonnement est aussi naturel que d’apprendre à parler, à jouer, à ordonner ses sentiments. La liberté d’expression naît dans l’esprit, à l’instant même où une personne relie un mot à un autre, autrement dit, dès l’enfance. Et c’est terrible quand, depuis tout petit, tu es obligé de vivre dans la double morale, et qu’on t’impose de camoufler ou de dissimuler tes opinions.

    Quand tu es né et as poussé en voyant fouler aux pieds la liberté, comme c’est le cas pour nous qui sommes nés et avons poussé dans cet horrible méli-mélo créé par Castro – le facho-castro-communisme -, nous débarrasser de ce casque de fer qui emprisonne notre esprit se révèle très difficile et douloureux. Le blocage mental peut durer toute la vie.

    Car vivre sans pouvoir exprimer ses opinions constitue une des pires tortures psychologiques, et s’il est déplorable de grandir dans une société où l’on censure toutes les libertés, il est plus triste encore de découvrir un jour qu’on y a vécu complètement adapté.

    Et si la censure nous traque et nous tue à petit feu, c’est pire encore de sentir que l’autocensure s’est installée dans notre cerveau en faisant de nous des robots, des cadavres.
    Le pire c’est de vivre dans l’ignorance totale du droit à la liberté d’expression, dans la méconnaissance de toute espèce de liberté. C’est tout simplement pathétique.

    Ce qui est terrible c’est quand les dictatures totalitaires parviennent à te convaincre que la vie est normale de cette façon, sans avoir droit à rien qui ne soit le paternalisme et l’obéissance aveugle. Alors tu survis bâillonné, en te croyant heureux. Il n’est pas normal qu’encore aujourd’hui, en plein XXIe siècle, il y ait des personnes qui doivent parler à voix basse chez elles, au milieu de leur famille, par crainte d’être écoutées. Et qu’à la seule énonciation d’un mot, on imagine déjà le châtiment du bourreau.

    Le grand poète José Martí a écrit que « l’homme vit de se donner ». Et dans ce don humain et infini, ce qui a le plus de prix, sans aucun doute, c’est la pensée, la valeur de pouvoir l’exprimer, et d’échanger librement ses idées avec les autres.

    On m’a demandé, en maintes occasions, quels sont mes héros, et je réponds toujours que mes héros ce sont mes amis : les poètes et les journalistes emprisonnés à Cuba et dans le monde. Mes amis, ce sont aussi les journalistes de Reporters sans frontières qui, comme je l’ai dit auparavant, sont mes héros, parce qu’ils luttent inlassablement pour la liberté d’expression. C’est avec eux que j’ai appris à connaître le sens véritable du mot liberté, qui est vie.

    Zoé Valdés
    (trad.A.Bensoussan)

  • Contrairement aux gouvernements européens, en particulier le gouvernement espagnol, le Parlement européen a su trouver la volonté de soutenir clairement les femmes de prisonniers politiques à Cuba, en leur attribuant le prix Sakharov 2005.

    Dans une geste de soutien clair à la défense des droits de l’homme à Cuba, le Parlement Européen a accordé hier le Prix Sakharov 2005 aux « Dames en Blanc », un mouvement civique qui regroupe les conjoints et parents de dissidents emprisonnés dans l’île.

    Le groupement cubain proamnistie partage cette distinction avec l’organisation internationale « Reporters sans Frontières » et l’avocate nigérienne Hauwa Ibrahim, qui défend les droits de la femme face au fondamentalisme religieux.

    Il y a quelques mois Laura Pollan nous déclarait :
    « Ils m’ont dit de ne plus aller à la messe à l’eglise de Santa Rita (Miramar), et que si j’etais croyante il fallait aller à l’église de mon quartier. Ils ont aussi fait pression sur ma fille à leur maniere en allant la voir en lui disant « parle avec ta mère et essaye de la raisonner, sinon elle va finir par avoir des ennuis ou aller en prison ».

    Je suis professeur dans une ecole secondaire et j’ai été convoquée par la directrice avec deux agents de la securité. La securité de l’Etat a parlé avec les autres professeurs pour qu’ils m’isolent dans mon travail, et j’ai fini par demissioner de mon travail a cause du harcelement constant. »

    « Ce prix est un défi pour nos activités pacifiques », a déclaré hier Laura Pollán, fondateur et principale animatrice des « Dames en Blanc ». « Dorénavant notre lutte va être plus difficile, parce que nous ne reposerons pas tant qu’il restera un prisonnier de conscience dans les prisons cubaines ».

    La distinction –dotée de 50.000 euros– sera délivrée le 10 décembre prochain au siège du Parlement Européen, dans la ville de Strasbourg. C’est la seconde fois que le prix récompense une personnalité cubaine : en 2002 le parlement européen avait accordé son prix à Oswaldo Payá Sardinas, dissident et chef du Mouvement Chrétien Libération et promoteur du Projet Varela.

    La maison de Pollán à La Havane a été envahie de membres du mouvement et d’autres militants des droits de l’homme depuis les premières heures de mercredi, dès la nouvelle connue. Des femmes de Santiago de Cuba, Matanzas et de l’Île de la Jeunesse avaient voyagé la veille jusqu’à la capitale cubaine pour attendre le résultat du vote de Strasbourg.

    « Ca a été très émouvant, parce que nous ne pensions jamais que ceci allait se produire », a déclaré Laura Pollán. « Ça a été un jour très spécial, parce que depuis que nous avons commencé à nous réunir dans cette maison il y a deux ans, une allégresse générale s’est produite entre nous et, pour la première fois, nous avons partagé un gateau pour la célébrer ».

    À midi les « dames en blanc » ont été invitées au siège de l’Union Européenne à La Havane et ont été reçues par le représentant Sven Burgsdoss, qui a proposé un toast pour fêter le prix.

    Laura Pollán, 57 ans, enseignante de profession, est l’épouse du journaliste indépendant Héctor Maseda, condamné à 20 années de prison après la vague répressive gouvernementale de mars 2003. Son logement, situé dans la commune de Centro Havane, a commencé à être le point de réunion de conjoints et des mères dont les parents ont été sommairement arrêtés et sanctionnés durant le procès des 75 dissidents et opposant cubains de mars 2003.

    « Nous avons commencé à nous réunir ici parce que c’était un lieu central où il y avait un téléphone « , a rappelé Pollán. « Quelques unes avec de l’entrain, d’autres plus découragées, et nous terminions en pleurant ensemble ».

    Mais les réunions spontanées ont évolué vers un thé littéraire mensuel pour lire des lettres et des chroniques de ceux emprisonnés, et ensuite dans des marches silencieuses sur la Cinquième Avenue, dans le quartier de Miramar, après la messe dominicale dans l’Église de Sainte Rita. La presse étrangère a commencé à les identifier comme les « Dames de Blanc » en référence à la couleur de leurs vêtements, qui symbolisait l’innocence et la pureté dont elle se réclament.

    Durant deux années le mouvement a effectué des marches de protestation dans les rues de La Havane, a récolté des centaines de signatures pour la libération des prisonniers de conscience et a envoyé des lettres jusqu’aux plus hauts niveaux et aux organismes gouvernementaux pour exiger la liberté inconditionnelle du Groupe de des 75.

    Pendant une marche dominicale le 20 mars dernier, le régime cubain a envoyé un groupe de militants communistes et d’agents de la sécurité de l’Etat pour injurier et brutaliser les « Dames en blanc », comme il est coutumier de faire à Cuba avec toute forme d’opposition ou de défense des droits de l’homme. Mais le mouvement a continué à effectuer ses activités traditionnelles et est arrivé même à étendre sa représentation à la ville de Camaguey.

    Le gouvernement doit sérieusement méditer toute action répressive contre le mouvement, a déclaré hier Miriam Leiva, conjoint du dissident Oscar Espinosa Chepe. « Ce prix est une reconnaissance de la Communauté internationale et un message clair que le monde suit avec une grande attention la situation des droits de l’homme à Cuba « .

    Laura Pollán a exprimé la volonté de de plusieurs membres du groupe pour prendre part à la cérémonie de remise des prix à Strasbourg.  »Tout repose maintenant entre les mains du gouvernement cubain, qui décide la sortie des citoyens » a signalé Pollan.

    Depuis son instauration en 1988, le Prix Sájarov a récompensé des célébrités politiques comme le chef sud-africain Nelson Mandela et la dissidente birmane Aung San Suu Kyi, tous les deux récompensés aussi avec le Nobel de La Paix.