Catégorie : droits de l’homme

Situation des droits de l’homme à Cuba, répression et prisonniers politiques

  • Jorge Olivera Castillo, qui travaillait avant sa détention pour le magazine « De Cuba » et collaborait avec des agences de presse étrangères, souffre du colon. Il a été libéré après avoir subi un examen médical complet.

    Agé de 43 ans, il avait été condamné à 18 ans de prison à la suite d’un vaste coup de filet dans les milieux dissidents, qui avait conduit à l’arrestation de 75 personnes en mars 2003. L’ensemble de ces opposants ont été accusé d’intelligence avec les Etats-Unis dans le but de faire tomber le régime de Fidel Castro.

    Dans un entretien avec des journalistes à son domicile, peu après sa libération, Olivera a réaffirmé son opposition politique au régime castriste et a confié qu’il envisageait de s’exiler aux Etats-Unis, un visa lui ayant été accordé avant son arrestation.

    « La dissidence ne devrait pas être considérée comme un acte criminel », a-t-il fait valoir, tout en se disant convaincu que d’autres libérations devraient suivre prochainement. « J’ai le sentiment que le gouvernement réfléchit au bien-être du pays », a-t-il commenté.

    A la surprise générale, Cuba avait remis en liberté la semaine dernière six des 75 activistes appréhendés l’an dernier. Trois avaient été libérés lundi dernier pour motifs médicaux, deux autres le lendemain, dont l’écrivain Raul Rivero, puis le journaliste indépendant Edel Jose Garcia Diaz vendredi. Avec la libération de Jorge Olivera Castillo, le total des dissidents du groupe de 75 relâchés par le régime cubain depuis cet été s’élève à 14, tous ayant retrouvé la liberté pour raisons médicales. Bon nombre des 61 autres ont été transférés à La Havane pour y subir des examens médicaux avant d’être renvoyés dans leurs prisons de province. AP

  • La libération de Raul Rivero est une nouvelle dont on ne peut que se rejouir, même si elle ne change rien au fond du problème, à savoir l’agonie d’un régime despotique et repressif, qui prive de liberté 11 millions de Cubains. Une fois de plus, Fidel Castro s’est livré à de sinistres marchandages pour obtenir, avec l’aide de l’Espagne, la levée des sanctions diplomatiques prises par l’Union Européenne, après la vague de répression de mars 2003. Nul doute qu’une fois la tension médiatique retrombée, d’autres opposants prendront le chemin de la prison, pour servir de monnaie d’échange pour d’autres maquignonages, dont le régime de castro est coutumier. En attendant il faut se réjouir, mais vite, car il reste encore plus de 300 prisonniers politiques à Cuba, et 11 millions de prisonniers tout court.

    Oswaldo Alfonso, du Parti libéral démocratique, est sorti de prison le même jour que Raul Rivero. Lundi, trois autres condamnés avaient été relâchés : l’économiste et journaliste Oscar Espinosa Chepe, le défenseur des droits de l’homme Marcelo Lopez et un membre de l’association nationale de « balseros » Paix, démocratie et liberté, Margarito Broche. Les mois précédents, sept détenus avaient été relâchés pour motifs de santé. Vendredi, les autorités avaient transféré à La Havane 19 prisonniers jusqu’alors détenus en province. Triés en fonction de leur état de santé physique ou psychique, plusieurs d’entre eux ont été renvoyés à leur prison d’origine.

    Président de la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale, Elizardo Sanchez y voit « la tradition macabre en vigueur à Cuba consistant à faire cadeau de ses prisonniers à des gouvernements ou à des dignitaires comme le commandant Cousteau, Jesse Jackson, Ted Kennedy ou Danielle Mitterrand. Le gouvernement cherche à éviter des décès en prison. A l’exception de Raul Rivero, qui se porte bien, les détenus relâchés sont les plus malades », ajoute-t-il.

    La perspective d’une amélioration des relations avec l’UE, sous l’initiative du nouveau gouvernement socialiste espagnol de José Luis Rodriguez Zapatero, aurait précipité les élargissements.

  • Ces libérations interviennent au moment où le régime cubain semble avoir accepté un début de normalisation avec l’Espagne, qui, au sein de l’Union européenne (UE), demande un assouplissement des sanctions contre La Havane en échange de « gestes » du régime castriste.
    Le plus connu parmi les six dissidents libérés est l’économiste Oscar Espinosa Chepe, 64 ans, condamné l’an dernier à 20 ans de prison, qui a annoncé lui-même au téléphone à l’AFP sa libération.

    Les cinq autres dissidents sont Margarito Broche, condamné à 25 ans de prison, membre de l’Association nationale des Balseros, Paix, Démocratie et Liberté, Marcelo Lopez, 15 ans de prison, membre de la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN, illégale), Pedro Argüelles Moran, condamné à 20 ans, directeur de la Coopérative des journalistes indépendants de la province de Ciego de Avila, Pablo Pacheco, condamné à 20 ans, journaliste de l’agence indépendante Patria, et Jesus Mustafa Felipe, condamné à 25 ans, membre du Mouvement chrétien de libération (MCL, illégal).

    Selon Elizardo Sanchez Santa Cruz, président de la CCDHRN, qui a annoncé ces libérations, « dans certains cas, (les dissidents libérés) sont rentrés directement chez eux en province en autobus ».

    Ils ont bénéficié de la liberté conditionnelle, a-t-il ajouté.

    Ces libérations portent à 13 le nombre de dissidents du groupe des 75 libérés depuis le début de l’année.

    Le régime cubain avait lancé en mars l’an dernier la plus lourde vague de répression depuis des années en arrêtant 75 dissidents, dont 28 journalistes indépendants, parmi lesquels l’écrivain Raul Rivero, toujours emprisonné. Ils avaient été condamnés en avril à des peines de six à 28 ans de prison.

    Commentant au téléphone sa libération, l’économiste Oscar Espinosa Chepe a estimé qu’elle était due au fait qu’ »il y a des personnes très malades en prison ».

    « La situation est intenable. La pression internationale est également très forte, la presse a joué un rôle très important », a-t-il déclaré.

    « Réellement, le gouvernement a commis une très grande erreur avec nous, qui sommes des personnes totalement pacifiques et qui ne voulons que la réconciliation de la société cubaine », a-t-il estimé.

    L’économiste souffre de multiples problèmes de santé, à l’origine de son transfèrement de la prison de la province de Guantanamo (sud) à celle de Santiago de Cuba (sud) et dernièrement à l’hôpital militaire de La Havane.

    Dimanche, le président de la CCDHRN avait annoncé le transfert d’au moins 18 dissidents, détenus dans plusieurs prisons de l’île communiste, vers des centres de santé pénitentiaire à La Havane.

    Selon plusieurs sources, les transferts ont démarré vendredi, au lendemain de la rencontre à La Havane entre le ministre cubain des Relations extérieures, Felipe Perez Roque, et l’ambassadeur d’Espagne à Cuba, Carlos Alonzo Zaldivar, première rencontre officielle entre un haut responsable du gouvernement cubain et un représentant d’un pays européen depuis l’adoption en juin 2003 par l’UE de sanctions contre l’île communiste en raison de la vague de répression contre les dissidents.

    L’Espagne, ancienne puissance coloniale à Cuba, milite au sein de l’UE en faveur d’une reprise du dialogue avec les autorités cubaines.

    « Ce sont des pas en avant des deux côtés, cela donne cette impression, même s’il est encore très tôt pour tirer des conclusions », a estimé Elizardo Sanchez.

  • 24 NOVEMBRE 2004 : 15e JOURNEE INTERNATIONALE DE SOUTIEN AUX JOURNALISTES EMPRISONNÉS

    Plus de 80 % des journalistes emprisonnés sont détenus dans six pays

    Alors que la mobilisation se poursuit autour des deux journalistes français otages en Irak, Reporters sans frontières leur dédie sa 15e Journée de soutien aux journalistes emprisonnés et rappelle la situation des 198 hommes et femmes emprisonnés et des 9 disparus pour avoir voulu nous informer. Une bâche de plusieurs mètres carrés a été déroulée ce matin sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris, en dessous des portraits géants des deux journalistes français. Elle montre la silhouette d’un homme lisant le journal et réalisée à partir des 207 noms de ceux qui paient un trop lourd tribut à la liberté de la presse.

    Actuellement, 128 journalistes et 70 cyberdissidents sont emprisonnés à travers le monde. Des chiffres sans précédent (voir le détail sur www.rsf.org). Les plus grandes prisons de l’information sont la Chine (26 journalistes et 62 cyberdissidents), Cuba (26 journalistes), l’Iran (15), l’Erythrée (14), le Népal (12) et la Birmanie (11). A eux seuls, ces Etats maintiennent dans leurs geôles plus de 80 % des journalistes et cyberdissidents emprisonnés.

    Dans ces six pays, les sujets interdits ne manquent pas : la corruption en Chine, les violations des libertés à Cuba, les luttes d’influence entre réformateurs et conservateurs en Iran, le conflit avec l’Ethiopie en Erythrée, la guérilla maoïste au Népal ou les idées que défend le Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi en Birmanie.

    Conscientes que l’oubli est une seconde prison pour ceux qui sont injustement incarcérés, plus de 200 rédactions dans le monde parrainent un journaliste privé de liberté et rappellent sa situation à l’occasion de cette Journée. Aux côtés de personnalités comme le Cubain Raul Rivero et le Birman Win Tin, figurent des journalistes moins connus qui ont besoin du soutien de tous.

    Il en va de même des familles des 9 journalistes disparus depuis 2000. En France, les familles de Frédéric Nérac, disparu en Irak en mars 2003, et de Guy-André Kieffer, disparu en avril 2004 en Côte d’Ivoire, poursuivent leur combat pour rompre le silence.

    Les autres chiffres de la liberté de la presse :
    – 47 journalistes et 14 collaborateurs des médias ont perdu la vie depuis le début de l’année
    – 46 journalistes et collaborateurs des médias ont été tués depuis le début du conflit en Irak, en mars 2003
    – Plus de 350 médias ont été censurés dans le monde depuis janvier 2004

    Les autres prisons pour les journalistes et cyberdissidents sont l’Algérie (4), le Viêt-nam (3 journalistes et 4 cyberdissidents), la Turquie (3), les îles Maldives (3 cyberdissidents), le Rwanda (2), l’Ouzbekistan (2), l’Azerbaïdjan (1), la Corée du Nord (1), l’Egypte (1), le Laos (1), la Libye (1), le Maroc (1), le Pakistan (1), la Sierra Leone (1), la Syrie (1 cyberdissident), la Tunisie (1) et le Yémen (1).

    Ë Pour financer ses actions, Reporters sans frontières vend un magazine de photographies  » Jean Dieuzaide pour la liberté de la presse  » en vente partout, 8 euros, au profit de l’association.

  • « On lui a donné 20 ans de prison, c’est comme si on l’avait condamné à perpétuité, Raul a 57 ans et beaucoup de problèmes de santé » a déclaré son épouse Blanca Reyes, à la sortie du tribunal provincial de La Havane où le verdict a été prononcé. Raul Rivero et sept autres dissidents sont parmi les premiers de quelque 80 opposants arrêtés à se voir notifier leur sentence. Ils peuvent faire appel durant les prochaines 72 heures.

    Les autorités judiciaires ont requis de lourdes peines, dont la réclusion à perpétuité pour 12 des opposants — dont l’une des principales figures de la dissidence cubaine, et seule femme, l’économiste Marta Beatriz Roque — et des peines de prison de 10 à 35 ans pour les autres.
    D’autres sentences ont commencé à tomber lundi dont celle du leader de la dissidence, Hector Palacios, 62 ans, un des promoteur du projet Varela, une initiative réclamant un référendum en vue de réformes démocratiques, qui a été condamné lundi à 25 ans de prison, a indiqué son épouse.

    Les autorités judiciaires cubaines avaient requis à son encontre la prison à perpétuité de même que contre Oscar Alfonso Valdés et Ricardo González Alfonso qui ont été condamnés respectivement lundi à 18 et 20 ans de prison. Parmi les autres sentences prononcées lundi figurent celles de l’économiste Oscar Espinosa Chepe, condamné à 20 ans de prison de même qu’Héctor Maseda Gutiérrez. Deux autres militants d’un groupe de défense des droits de l’homme, Marcelo López et Marcelo Cano, ont reçu des peines de 18 et 15 ans de prison.

    Le procès de Raul Rivero, représentant de la Société Interamericaine de Presse (SIP) à Cuba, et président de l’organisation de journalistes indépendants « Manuel Marquez Stirling », et celui des autres dissidents ont suscité des critiques de la part de plusieurs pays et d’organisations internationales. Les opposants ont été arrêtés lors d’une des plus dures vagues de répression de ces dernières années.

    Ils sont accusés de tentatives de « complot » menées par le représentant américain à La Havane et sont poursuivis notamment en vertu de la loi 88 sur « la défense de l’indépendance nationale » datant de 1999 qui, jusqu’à présent, n’avait pas été invoquée.

  • Ces chiffres ont été communiqué par la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN, illégale), dirigée par Elizardo Sanchez.

    « Le nombre de prisonniers de conscience dans les prisons du gouvernement cubain est le plus élevé au monde. Des 84 adoptés par Amnesty International, 70 sont maintenus dans des prisons de haute sécurité dans des conditions inhumaines et 14 ont reçu une autorisation extra-pénale l’année passée », déclare la CCDHRN dans son rapport annuel.

    Les « autorisation extra-pénales » équivalent à la mise en liberté conditionnelle.

    « Au-delà du nombre de prisonniers adoptés formellement jusqu’à aujourd’hui, nous sommes convaincus que cette catégorie de prisonniers, dans le cas de Cuba, dépasse largement la centaine », indiqué la CCDHRN, présidée par le dissident Elizardo Sanchez, .

    Fin 2004, le nombre de prisonniers politiques s’est maintenu autour de 300: ils étaient 317 enregistrés à la fin du premier trimestre l’an dernier, un chiffre qui s’est réduit à 294 en décembre, selon l’organisation, qui publie la liste des 294 et celle des 84 adoptés par Amnysty International.

    2004 aura vu « au moins 21 nouvelles incarcérations pour motif politique », ajoute la CCDHRN, précisant que ce chiffre ne comprend par « un nombre indéterminé d’opposants détenus durant quelques heures ou quelques jours ».

    Cuba, d’autre part, « continue à refuser la coopération offerte par la Croix-Rouge internationale, la Commission des droits de l’homme de l’ONU et d’autre organisation » pour améliorer son « immense système carcéral » et moderniser ses lois et son code pénal, accuse encore la CCDHRN.

    L’unique visite de la Croix-rouge internationale dans les prisons cubaines remonte à 1988.

    En mai l’an dernier, la CCDHRN avait fait connaître sa première étude sur l’évolution du système carcéral cubain. Selon elle, le régime castriste s’est doté en 45 ans d’un véritable « goulag tropical », avec plus de 100.000 détenus aujourd’hui contre moins de 4.000 avant l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro en 1959.

    Si le chiffre de 100,000 détenus était confirmé (le gouvernement cubain ne donne aucun chiffre sur les prisons) les taux de détention serait de 888 pour 100,000 personnes à Cuba, loin devant les Etats Unis (un des pays les plus répressif en matière de détention) qui affichent un taux de 701 détenus pour 100,000.

    Au total, entre 0,7% et 0,9% de la population cubaine est sous les verrous, « un chiffre gigantesque » selon Elizardo Sanchez, vétéran de la dissidence.

    La population cubaine a doublé depuis 1949, passant de 5,5 millions à plus de 11 millions aujourd’hui.

    Sur les 200 prisons que compte le pays, 45 sont des établissements de haute sécurité –contre un seul avant 1959– autour desquels gravitent des dizaines de camps de travail et de centres d’internement secondaires, selon ce rapport.