Catégorie : libertés

Les libertés et la répression à Cuba

  • « Les autorités cubaines ont d’abord annoncé vouloir juger un journaliste au seul motif qu’il refusait d’abandonner son métier. Elles font savoir aujourd’hui à son avocate et à sa famille qu’il n’existe pas de dossier d’accusation le concernant. S’il n’existe aucune charge contre un homme, alors pourquoi le priver de liberté ?
    A l’arbitraire d’un enfermement, que subissent également 23 autres journalistes cubains, s’ajoute ici l’absurdité d’une « procédure fantôme ». Nous demandons, encore une fois, la libération immédiate et sans condition d’Oscar Mario González Pérez et de ses collègues », a déclaré Reporters sans frontières.

    Selon le site Cubanet, en date du 16 décembre 2005, l’avocate d’Oscar Mario González Pérez, Amelia Rodríguez n’a pas eu accès au dossier d’accusation de son client lorsqu’elle s’est rendue au Département technique d’investigations (DTI) de La Havane, où il est actuellement détenu. L’épouse du journaliste, Mirtha Wong, a assuré s’être entendu dire plusieurs fois par la police politique que le dossier n’existait pas.

    Pourtant, le 27 juillet, soit cinq jours après son arrestation, un magistrat havanais avait notifié à Oscar Mario González Pérez qu’il serait jugé au titre de la loi 88 sur « la protection de l’indépendance nationale et de l’économie de Cuba ».
    Cette loi, dont la violation peut coûter vingt ans de prison, a notamment servi à condamner les dissidents arrêtés lors de la vague répressive du printemps 2003, parmi lesquels 27 journalistes. Vingt d’entre eux sont toujours détenus et purgent des peines comprises entre 14 et 27 ans de prison.

    Arrêté le 22 juillet à la veille d’une manifestation dissidente à laquelle il devait participer, Oscar Mario González Pérez a, depuis, été transféré à cinq reprises dans des geôles de la Police nationale révolutionnaire, puis de la Sécurité de l’Etat.
    Agé de 61 ans, il partage une cellule insalubre de deux mètres sur trois avec trois prisonniers de droit commun et n’a droit, selon son épouse, qu’à une sortie quotidienne d’une demi-heure. Un autre journaliste, Roberto de Jésus Guerra Pérez, arrêté le 13 juillet et détenu lui aussi sans jugement, se trouve dans les locaux du DTI.

    Oscar Mario González Pérez fait partie de la petite agence indépendante Grupo de Trabajo Decoro, dont trois membres arrêtés au printemps 2003, Hector Maseda Gutiérrez, Omar Moisés Ruiz Hernández et José Ubaldo Izquierdo Hernández ont été condamnés respectivement à 20, 18 et 16 ans de réclusion.

    Hector Maseda Gutiérrez est l’époux de Laura Pollan, récemment récompensée avec son organisation « les dames en blanc », par le prix Sakharov du Parelement Européen.

  • Reporters sans frontières, colauréat du prix avec les Dames en blanc et l’avocate nigériane Hauwa Ibrahim, demande aux autorités de La Havane d’accorder leur autorisation de sortie à Miriam Leiva, Laura Pollán, Loida Valdés, Berta Soler et Julia Nuñez.

    « La Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que tout individu a droit à la liberté de circuler, d’entrer et de sortir de son pays. Cuba est tenu de respecter ce principe en tant que pays membre des Nations unies.
    D’autre part, les Dames en blanc sont déjà lauréates du prix Sakharov et leur combat a acquis reconnaissance et légitimité au plan international. Le régime aurait tort de croire qu’il occulterait cette réalité, en interdisant aux Dames en blanc de recevoir le prix. Nous demandons donc aux autorités cubaines d’accorder leur autorisation de sortie aux cinq Dames en blanc attendue à Strasbourg », a déclaré Reporters sans frontières.

    Les cinq représentantes des Dames en blanc, désignées pour recevoir le prix Sakharov, devaient prendre un vol au départ de La Havane dans la nuit du 11 au 12 décembre. Elles en ont été empêchées, en l’absence d’autorisation officielle pour quitter le territoire cubain. Elles attendaient de pouvoir emprunter un autre vol dans la nuit de lundi.

    « Le scandale sera beaucoup plus grand si le prix reste là-bas. Je pense qu’il est pire pour le gouvernement de ne pas nous laisser partir », a déclaré Laura Pollán, l’une des cinq Dames en blanc, citée par l’Agence France-Presse (AFP).
    Le groupe des Dames en blanc a vu le jour au début de l’année 2004. Il mobilise des femmes et mères de dissidents emprisonnés depuis la vague répressive du printemps 2003. Parmi les cinq représentantes du mouvement attendues à Strasbourg, quatre sont les épouses de journalistes arrêtés à l’époque avec 23 de leurs collègues, dont 20 sont encore détenus. Miriam Leiva est la femme d’Oscar Espinosa Chepe, libéré le 29 novembre 2004 après vingt mois d’incarcération. Laura Pollán est l’épouse d’Hector Maseda Gutiérrez, du Grupo de Trabajo Decoro. Loida Valdés est la femme d’Alfredo Felipe Fuentes, de l’école de journalisme Sociedad Manuel Marquez Sterling, fondée par le correspondant de Reporters sans frontières Ricardo González Alfonso, lui aussi en prison. Julia Nuñez est l’épouse de Juan Adolfo Fernández Sainz, de l’agence Patría. Hector Maseda Gutiérrez, Alfredo Felipe Fuentes et Juan Adolfo Fernández Sainz purgent respectivement des peines de 20, 26 et 15 ans de prison.

  • Emprisonné avec 26 autres journalistes lors de la vague répressive du printemps 2003, il témoigne « L’univers carcéral est en complète contradiction avec mon univers moral et ma façon de voir la vie. La prison est le lieu de tous les dangers. Il faut se tenir en alerte permanente contre les mauvais traitements des gardiens, les bagarres entre détenus, les vols, les humiliations. C’est un choc psychologique, un stress permanent pour quelqu’un qui, comme moi, défend ses idées.

    Les transferts intempestifs [le journaliste a été transféré à cinq reprises] ont aggravé ce choc car ils rendent impossible la moindre adaptation. J’ai d’abord été incarcéré à Holguín (Est), puis dans deux prisons de Santiago de Cuba (Sud-Est). D’emblée, j’ai refusé de me plier à la condition de prisonnier. Je crois que les transferts faisaient partie des représailles.
    J’ai mené plusieurs grèves de la faim. C’est pour cette raison que j’ai été admis à l’hôpital militaire de la prison du Combinado del Este à La Havane (Nord-Ouest). Il a fallu du temps avant que les soins me soient administrés. Ce temps d’attente est une torture de plus.

    Finalement, les autorités pénitentiaires ont accepté de me rapprocher de ma famille en m’envoyant à la prison Kilo 7 de Camagüey. Le temps passé en prison est devenu de plus en plus difficile à supporter. Le directeur de l’hôpital psychiatrique de Camagüey m’a aidé à tenir, mais je préférais quitter ce monde plutôt que continuer à vivre dans ces conditions. C’était une question de conscience.

    Je n’ai jamais pensé que je serais libéré si tôt. Le 1er décembre dans la matinée, deux fonctionnaires du contrôle pénal sont venus me trouver. Ils m’ont dit que le directeur de Kilo 7 voulait me voir. On m’a donc amené à son bureau. Il y avait là un agent de la Sécurité de l’Etat. J’ai été très ému d’apprendre que je bénéficiais d’une licence extra-pénale. Tellement ému que lorsque les fonctionnaires ont appelé ma mère pour l’informer, je n’ai pas pu trouver les mots pour lui parler.

    Je pense avoir réussi à tenir grâce à la poésie. En prison, j’ai écrit des poèmes, notamment sur ma femme, ma mère, ma ville. J’ai appris à ma sortie que grâce à mon épouse, j’avais obtenu un prix de poésie dans le cadre d’une rencontre de dissidents à Porto Rico. Pour l’instant, j’ai besoin de me reposer et d’écrire pour moi. Je suis toujours un traitement contre la dépression, même si les doses vont progressivement diminuer. »

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  • « Nous nous réjouissons de savoir Mario Enrique Mayo Hernández libre et auprès des siens, même s’il s’agit d’une liberté conditionnelle. Nous espérons que les autorités cubaines feront preuve de la même clémence à l’égard des autres dissidents, dont 24 journalistes, encore emprisonnés, dont l’innocence, en plus de l’état de santé, justifie la libération. », a déclaré Reporters sans frontières.

    Le 19 mars 2003, Mario Enrique Mayo Hernández avait été arrêté avec 26 autres journalistes lors du « printemps noir ». Lors de son procès, le 4 avril 2003, il avait été reconnu coupable d’atteinte à « l’indépendance et à l’intégrité territoriale de l’Etat », selon l’article 91 du code pénal cubain, et condamné à 20 ans d’emprisonnement.
    Il a bénéficié d’une licence extra-pénale pour raisons de santé.

    Passé par trois prison – Holguín (Est), Santiago de Cuba (Sud-Est), puis Camagüey (Est) dont il est originaire -, le journaliste a été soumis à plusieurs reprises à un régime de détention de « rigueur maximale » et souvent privé de visites. Les grèves de la faim qu’il a menées, dont la dernière en juillet, pour protester contre ses conditions d’emprisonnement, ont contribué à aggraver son état de santé déjà fortement mis à mal par son séjour carcéral. Le journaliste souffre notamment d’un glaucome à l’oeil gauche, d’hypertension artérielle, d’emphysème pulmonaire et d’inflammation de la prostate. Il présente également des troubles psychiques.

    Mario Enrique Mayo Hernández, âgé de 41 ans, est le septième journaliste emprisonné en 2003 à être libéré pour raisons de santé. Sa licence extra-pénale est valable pour une durée d’un an.

    Mario Enrique Mayo Hernández avait débuté comme journaliste indépendant en 2000 à l’agence indépendante « Colegio de periodistas independientes de Camagüey » (CPIC), après avoir été licencié de son emploi d’avocat pour ses opinions dissidentes. Un an plus tard, il avait fondé sa propre agence « Félix Varela » et collaborait notamment au site internet de presse indépendante Nuevaprensacubana.org et à Radio Martí, tous deux basés à Miami.

  • Lorsque j’avais rencontré Raul Rivero à Cuba, environ un an avant son arrestation, il m’avait confié ses craintes de se voir appliquer la loi 88, dite la « loi bâillon », avec ses peines si démesurées qu’elle semblait émerger d’un autre âge.

    Rivero m’avait reçu dans un local exigu et bruyant dans le quartier populaire de Marianao, à La Havane : une des nombreuses bases provisoires de Cuba Press, où s’activaient quatre personnes autour d’un seul téléphone.
    Une machine à écrire portative au chariot rétif posée sur une table bancale, une cafetière hors d’âge et des tasses en plastique dépareillées : les « mercenaires de l’empire américain qui les paie, les instruit, les camoufle et leur ordonne de tirer contre leur peuple » – ainsi s’expriment les aboyeurs de la presse officielle – ne roulaient pas sur l’or.

    Avec lui, j’avais pris une leçon de courage et de journalisme. J’avais pu le constater par moi-même : les dépêches de Cuba Press étaient précises et factuelles, elles ne faisaient qu’énumérer les pénuries, les manquements, les absurdités et les injustices d’un système bureaucratique et policier en cours de pourrissement. C’est sans doute cette rigueur et cette abnégation qui a valu en mars 2003 à Raúl Rivero une des sanctions les plus lourdes parmi les 78 dissidents et journalistes indépendants condamnés en même temps que lui.

    A une journaliste de Libération qui l’interrogeait peu de temps après sa remise en liberté il déclarait :
    « Il faut se constituer une sorte de forteresse spirituelle pour s’en sortir. Ces nouvelles que me transmettait Blanca étaient très importantes. Savoir qu’un ami en Espagne avait écrit un article, que Gallimard avait publié un de mes livres (je mourais d’envie de voir la couverture ! C’est le genre de choses importantes pour un écrivain…). Savoir qu’il y avait des personnes que j’aime beaucoup, et qui ont été très impliquées, comme Zoé Valdés, et d’autres que j’admire sans les connaître. Je ne m’attendais pas à une telle réaction, de la même façon que le gouvernement cubain ne s’y attendait pas.

    Aujourd’hui la liberté de Raul Rivero est une sorte de soulagement pour nous tous qui l’avons rencontré, et qui avons admiré son courage : on ne peut que s’en réjouir, mais vite, car il reste encore plus de 300 prisonniers politiques à Cuba, et 11 millions de prisonniers tout court.

  • Bien que l’internet ait prospéré de façon importante à Cuba, côté officiel et gouvernemental (le gouvernement a développé plus 200 sites de propagande politique et de promotion du tourisme), son utilisation par la population est une des plus faibles dans l’Hémisphère Occidental.

    « A Cuba, il y a une crainte pratiquement pathologique de l’accès à l’information », a déclaré Oscar Visiedo, qui a travaillé dans le bureau gouvernemental chargé de l’internet à Cuba. Il travaille aujourd’hui à l’ administration de systèmes d’information à l’Université Carlos Albizu de Miami.

    Bien que Cuba affirme qu’il y a des ordinateurs dans toutes les écoles, un rapport sur le Développement Humain des Nations Unies (ONU) a indiqué que seulement 9 Cubains sur 1.000 (0,9%) utilisent l’internet, comparés avec 288 au Costa Rica et 44 au Honduras. Jusqu’à Haïti où il a 500.000 utilisateurs, est plus avancé que Cuba. D’autres rapports calculent que le chiffre d’utilisateurs au Cuba est plus proche de 150.000.

    Le citoyen ordinaire à Cuba n’a pas le droit d’acheter un ordinateur légalement, ni de s’abonner à un service d’accès à internet sans autorisation du gouvernement, qu’il est presque impossible d’obtenir. Les 335.000 ordinateurs présents à Cuba appartiennent presque tous au gouvernement, à des entreprises étatiques et à quelques personnes « de confiance » comme des médecins, ou des chercheurs universitaires.

    Les cybercafés pour étrangers perçoivent jusqu’à 15 dollars pour une heure de connexion,l’ équivalent d’un mois de salaire à Cuba. Mais il est apparu un marché noir de mots de passe illégaux.

    Le gouvernement cubain assure que ses problèmes sont causés par les USA. Dans une conférence sur l’internet effectuée en Tunisie le mois dernier, le Cuba a déclaré que l’embargo non seulement lui empêche d’acquérir des programmes, mais aussi des câbles de fibre optique qui leur permettraient d’être reliés avec l’internet à une plus grande vitesse et à moindre coût.

    La délégation cubaine et d’autres ont essayé de casser le monopole américain des adresses dans internet :
     »Notre pays dispose accès par l’intermédiaire de satellite comme seule connexion à l’internet, a indiqué Ignacio González Plates, ministre d’information de Cuba. » Nous n’avons pas pu mettre en oeuvre des plans d’utiliser des câbles de fibre optique pour connexions internationales principalement étant donné le manque des autorisations requises par le gouvernement américain ».

    Mais les fonctionnaires des USA et d’autres experts considèrent que l’embargo est un rideau de fumée du gouvernement cubain pour couvrir les véritables problèmes de Cuba.

    Selon les experts, l’internet dans l’île est plutôt comme une sorte d’  »intranet », un réseau interne de plus de 200 emplacements électroniques gouvernementaux et avec accès contrôlé à l’extérieur.

    Le gouvernement cubain reconnait qu’il bloque tous les sites à caractère terroristes, subversifs, ou pornographiques. En fait, cette censure est étendue à la plupart des sites de l’opposition cubaine qui sont installés aux Etats Unis ou en Europe.Quand quelqu’un essaye d’obtenir l’ accès aux sites bloqués, comme celui de la Fondation Nationale cubano Américain (FNCA), ou encore Cubanet (presse indépendante à Cuba), il obtient le message suivant « cette page n’est pas visible »‘.

    Pour contourner les contrôles, il existe un marché d’ordinateurs assemblés à la maison avec des pièces obtenues au marché noir, et des employés du gouvernement avec accès légal à l’internet qui revendent des mots de passe et des heures d’accès sur le marché noir.

    La Section d’Intérêts des Etats Unis à La Havane dispose de 46 terminaux disponibles pour les dissidents, étudiants et activistes qui sont inscrit préalablement, un service que le gouvernement cubain décrit comme « un acte illégal ».

  • Parmi les auteurs sollicités par l’organisation que dirige Robert Menard, on trouve entre autres Henri Amouroux, Fernando Arrabal, Didier Daeninckx, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Jean Lacouture, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Eduardo Manet, Erik Orsenna, André Comte-Sponville, Zoé Valdès ou encore Raoul Vaneigem.

    Nous avons choisi de reproduire ici le texte de Zoé Valdés, qui fait référence à la situation des Cubains en matière de liberté d’expression.

    Survivre bâillonné

    Pour moi, la liberté d’expression fait partie inhérente de la liberté et de la condition humaine. La liberté d’expression c’est faire confiance à la pensée, et exprimer cette confiance par la parole c’est réaliser une des principales fonctions de l’être humain : la communication à travers la raison et l’entendement, mais aussi à travers la polémique, la poésie, en comprenant la réalité et ses concepts en leurs multiples variations. Quand l’homme commence à redouter sa propre pensée, à se défiler et à fuir ses propres mots, par crainte de la censure, alors là il a perdu sa liberté.

    Donner libre cours à l’imagination, à l’analyse, au raisonnement est aussi naturel que d’apprendre à parler, à jouer, à ordonner ses sentiments. La liberté d’expression naît dans l’esprit, à l’instant même où une personne relie un mot à un autre, autrement dit, dès l’enfance. Et c’est terrible quand, depuis tout petit, tu es obligé de vivre dans la double morale, et qu’on t’impose de camoufler ou de dissimuler tes opinions.

    Quand tu es né et as poussé en voyant fouler aux pieds la liberté, comme c’est le cas pour nous qui sommes nés et avons poussé dans cet horrible méli-mélo créé par Castro – le facho-castro-communisme -, nous débarrasser de ce casque de fer qui emprisonne notre esprit se révèle très difficile et douloureux. Le blocage mental peut durer toute la vie.

    Car vivre sans pouvoir exprimer ses opinions constitue une des pires tortures psychologiques, et s’il est déplorable de grandir dans une société où l’on censure toutes les libertés, il est plus triste encore de découvrir un jour qu’on y a vécu complètement adapté.

    Et si la censure nous traque et nous tue à petit feu, c’est pire encore de sentir que l’autocensure s’est installée dans notre cerveau en faisant de nous des robots, des cadavres.
    Le pire c’est de vivre dans l’ignorance totale du droit à la liberté d’expression, dans la méconnaissance de toute espèce de liberté. C’est tout simplement pathétique.

    Ce qui est terrible c’est quand les dictatures totalitaires parviennent à te convaincre que la vie est normale de cette façon, sans avoir droit à rien qui ne soit le paternalisme et l’obéissance aveugle. Alors tu survis bâillonné, en te croyant heureux. Il n’est pas normal qu’encore aujourd’hui, en plein XXIe siècle, il y ait des personnes qui doivent parler à voix basse chez elles, au milieu de leur famille, par crainte d’être écoutées. Et qu’à la seule énonciation d’un mot, on imagine déjà le châtiment du bourreau.

    Le grand poète José Martí a écrit que « l’homme vit de se donner ». Et dans ce don humain et infini, ce qui a le plus de prix, sans aucun doute, c’est la pensée, la valeur de pouvoir l’exprimer, et d’échanger librement ses idées avec les autres.

    On m’a demandé, en maintes occasions, quels sont mes héros, et je réponds toujours que mes héros ce sont mes amis : les poètes et les journalistes emprisonnés à Cuba et dans le monde. Mes amis, ce sont aussi les journalistes de Reporters sans frontières qui, comme je l’ai dit auparavant, sont mes héros, parce qu’ils luttent inlassablement pour la liberté d’expression. C’est avec eux que j’ai appris à connaître le sens véritable du mot liberté, qui est vie.

    Zoé Valdés
    (trad.A.Bensoussan)

  • Premier obstacle pour acceder à l’Internet si vous êtes cubain : avoir une ligne de téléphone. Les lignes sont distribuées au compte goutte , et en priorité aux « camarades » méritants, c’est à dire ceux chosis par les organismes délégués du parti communiste.

    Deuxième petit problème : la vente des ordinateurs est interdite aux particuliers. Seule solution : se procurer les pièces détachées au marché noir et assembler vous même votre PC….

    Dans les point d’accès public pour Cubains (cartes payables en pesos cubains) ont ne peut accéder qu’à la fonction mail et pas à Internet : on est jamais trop prudent. Seuls les hôtels pour touristes proposent un accès libre à l’Internet : compter 6 dollars l’heure minimum, soit la moitié du salaire mensuel moyen d’un Cubain….

    Les 15 ennemis d’Internet censurent les sites d’information indépendants et les publications d’opposition, surveillent le Net pour faire taire les voix dissidentes, harcèlent, intimident et parfois emprisonnent les internautes et les bloggers qui s’écartent de la ligne officielle.

    Les «ennemis de l’Internet» sont l’ Arabie Saoudite, Bélarus, Birmanie, Chine, Corée du Nord, Cuba, Iran, Libye, Maldives, Népal, Ouzbékistan, Syrie, Tunisie, Turkménistan et Vietnam. Ils sont tous ou presque représentés au sommet de Tunis.

    Premier au hit-parade de la répression : la Chine. Le régime réussit la gageure d’avoir aseptisé son réseau en le purgeant de toute information critique tout en le développant à grande vitesse. «Les Chinois ont créé une police spéciale de l’Internet, explique Julien Pain, de RSF, responsable du rapport. Elle filtre des milliers de sites [dont celui de Libération et le blog de son correspondant à Pékin, ndlr] et bloque des centaines de mots clés. Ce sont ceux qui sont allés le plus loin dans l’automatisation de la censure.»

    L’agence gouvernementale saoudienne chargée d’ »assainir » le Web, l’Internet Service Unit (ISU), annonce fièrement qu’elle bloque près de 400 000 sites. Selon les termes de l’ISU, l’objectif du filtrage est de « préserver les citoyens de contenus offensants ou violant les principes de la religion islamique et les normes sociales ».

    A Cuba on savait le gouvernement de Fidel Castro expert en matière d’écoutes téléphoniques, on le découvre également performant en matière d’Internet. Le modèle chinois – développer Internet tout en le contrôlant – étant trop coûteux, Fidel Castro a choisi une méthode plus simple pour assurer son emprise sur ce média : il a tout simplement tenu à l’écart du Réseau la quasi-totalité de sa population. A Cuba, accéder au Net est un privilège auquel très peu ont droit et qui nécessite une autorisation expresse du Parti unique. Même si on parvient à se connecter à la Toile, le plus souvent de manière illégale, c’est de toute façon à un Internet ultra-censuré qu’on accède.