Catégorie : libertés

Les libertés et la répression à Cuba

  • Il faut reconnaitre à Laurent Fabius un certain mérite : il est le seul de sa formation politique à clairement dénoncer le régime cubain. Dans un précédent texte, publié par le « Nouvel Observateur » en juin 2003, il s’était déjà inquiété de l « étrange mansuétude » dont bénéficie le régime de Castro.

    Plus de deux années ont passé depuis la publication de ce texte, et le constat est toujours le même : l’UE et la France n’ont guère fait avancer la cause de 75 prisonniers politiques embastillés en mars 2003.
    La France s’est même distinguée en recevant avec tous les honneurs Felipe Perez Roque, le numéro deux officieux du régime. Une première fois à l’ambassade de France à La Havane pour les festivités du 14 juillet, et une deuxième fois à Paris au mois d’octobre.

    Il est particulièrement navrant de constater que la quasi totalité des députés français qui ont accepté de parrainer des prisonniers politiques cubains, appartiennent à l’UMP, comme si la gauche se devait toujours de soutenir Fidel Castro.

    Répression à Cuba, il faut agir

    par Laurent Fabius

    Lors de la vague de répression des dissidents cubains au printemps 2003, soixante-quinze combattants de la liberté ont été condamnés à des peines allant jusqu’à vingt-huit ans de prison. Ils sont soumis à des conditions de détention barbares. Quatorze ont dû être libérés l’an dernier pour raisons de santé.

    Parmi les prisonniers encore détenus, Víctor Rolando Arroyo et Félix Navarro, condamnés respectivement à vingt-six et vingt-cinq ans de prison, ont mené, pour protester contre ces conditions de détention, une grève de la faim de plusieurs semaines. Leur situation reste précaire, ils sont affaiblis et malades.

    En maintenant en détention Arroyo et Navarro, le régime Castro démontre une fois de plus son caractère odieux. Nous ne pouvons rester silencieux.

    Fin septembre, l’Union européenne a protesté auprès du régime cubain. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons nous mobiliser. J’appelle le gouvernement français et l’Union européenne à faire pression sur le gouvernement cubain pour qu’Arroyo, Navarro et les autres prisonniers politiques cubains retrouvent la liberté.

    J’apporte mon plein soutien au mouvement des «Dames en blanc», épouses et proches des prisonniers politiques cubains qui luttent pour leur libération. Leur combat est exemplaire. Tous les démocrates doivent le soutenir.

  • Contrairement aux gouvernements européens, en particulier le gouvernement espagnol, le Parlement européen a su trouver la volonté de soutenir clairement les femmes de prisonniers politiques à Cuba, en leur attribuant le prix Sakharov 2005.

    Dans une geste de soutien clair à la défense des droits de l’homme à Cuba, le Parlement Européen a accordé hier le Prix Sakharov 2005 aux « Dames en Blanc », un mouvement civique qui regroupe les conjoints et parents de dissidents emprisonnés dans l’île.

    Le groupement cubain proamnistie partage cette distinction avec l’organisation internationale « Reporters sans Frontières » et l’avocate nigérienne Hauwa Ibrahim, qui défend les droits de la femme face au fondamentalisme religieux.

    Il y a quelques mois Laura Pollan nous déclarait :
    « Ils m’ont dit de ne plus aller à la messe à l’eglise de Santa Rita (Miramar), et que si j’etais croyante il fallait aller à l’église de mon quartier. Ils ont aussi fait pression sur ma fille à leur maniere en allant la voir en lui disant « parle avec ta mère et essaye de la raisonner, sinon elle va finir par avoir des ennuis ou aller en prison ».

    Je suis professeur dans une ecole secondaire et j’ai été convoquée par la directrice avec deux agents de la securité. La securité de l’Etat a parlé avec les autres professeurs pour qu’ils m’isolent dans mon travail, et j’ai fini par demissioner de mon travail a cause du harcelement constant. »

    « Ce prix est un défi pour nos activités pacifiques », a déclaré hier Laura Pollán, fondateur et principale animatrice des « Dames en Blanc ». « Dorénavant notre lutte va être plus difficile, parce que nous ne reposerons pas tant qu’il restera un prisonnier de conscience dans les prisons cubaines ».

    La distinction –dotée de 50.000 euros– sera délivrée le 10 décembre prochain au siège du Parlement Européen, dans la ville de Strasbourg. C’est la seconde fois que le prix récompense une personnalité cubaine : en 2002 le parlement européen avait accordé son prix à Oswaldo Payá Sardinas, dissident et chef du Mouvement Chrétien Libération et promoteur du Projet Varela.

    La maison de Pollán à La Havane a été envahie de membres du mouvement et d’autres militants des droits de l’homme depuis les premières heures de mercredi, dès la nouvelle connue. Des femmes de Santiago de Cuba, Matanzas et de l’Île de la Jeunesse avaient voyagé la veille jusqu’à la capitale cubaine pour attendre le résultat du vote de Strasbourg.

    « Ca a été très émouvant, parce que nous ne pensions jamais que ceci allait se produire », a déclaré Laura Pollán. « Ça a été un jour très spécial, parce que depuis que nous avons commencé à nous réunir dans cette maison il y a deux ans, une allégresse générale s’est produite entre nous et, pour la première fois, nous avons partagé un gateau pour la célébrer ».

    À midi les « dames en blanc » ont été invitées au siège de l’Union Européenne à La Havane et ont été reçues par le représentant Sven Burgsdoss, qui a proposé un toast pour fêter le prix.

    Laura Pollán, 57 ans, enseignante de profession, est l’épouse du journaliste indépendant Héctor Maseda, condamné à 20 années de prison après la vague répressive gouvernementale de mars 2003. Son logement, situé dans la commune de Centro Havane, a commencé à être le point de réunion de conjoints et des mères dont les parents ont été sommairement arrêtés et sanctionnés durant le procès des 75 dissidents et opposant cubains de mars 2003.

    « Nous avons commencé à nous réunir ici parce que c’était un lieu central où il y avait un téléphone « , a rappelé Pollán. « Quelques unes avec de l’entrain, d’autres plus découragées, et nous terminions en pleurant ensemble ».

    Mais les réunions spontanées ont évolué vers un thé littéraire mensuel pour lire des lettres et des chroniques de ceux emprisonnés, et ensuite dans des marches silencieuses sur la Cinquième Avenue, dans le quartier de Miramar, après la messe dominicale dans l’Église de Sainte Rita. La presse étrangère a commencé à les identifier comme les « Dames de Blanc » en référence à la couleur de leurs vêtements, qui symbolisait l’innocence et la pureté dont elle se réclament.

    Durant deux années le mouvement a effectué des marches de protestation dans les rues de La Havane, a récolté des centaines de signatures pour la libération des prisonniers de conscience et a envoyé des lettres jusqu’aux plus hauts niveaux et aux organismes gouvernementaux pour exiger la liberté inconditionnelle du Groupe de des 75.

    Pendant une marche dominicale le 20 mars dernier, le régime cubain a envoyé un groupe de militants communistes et d’agents de la sécurité de l’Etat pour injurier et brutaliser les « Dames en blanc », comme il est coutumier de faire à Cuba avec toute forme d’opposition ou de défense des droits de l’homme. Mais le mouvement a continué à effectuer ses activités traditionnelles et est arrivé même à étendre sa représentation à la ville de Camaguey.

    Le gouvernement doit sérieusement méditer toute action répressive contre le mouvement, a déclaré hier Miriam Leiva, conjoint du dissident Oscar Espinosa Chepe. « Ce prix est une reconnaissance de la Communauté internationale et un message clair que le monde suit avec une grande attention la situation des droits de l’homme à Cuba « .

    Laura Pollán a exprimé la volonté de de plusieurs membres du groupe pour prendre part à la cérémonie de remise des prix à Strasbourg.  »Tout repose maintenant entre les mains du gouvernement cubain, qui décide la sortie des citoyens » a signalé Pollan.

    Depuis son instauration en 1988, le Prix Sájarov a récompensé des célébrités politiques comme le chef sud-africain Nelson Mandela et la dissidente birmane Aung San Suu Kyi, tous les deux récompensés aussi avec le Nobel de La Paix.

  • Reporters sans frontières publie son quatrième classement mondial de la liberté de la presse. En queue de peloton, la Corée du Nord (167e et dernière position), l’Erythrée (166e) et le Turkménistan (165e) constituent de véritables trous noirs de l’information. Dans ces pays, la presse privée n’existe pas et la liberté d’expression est nulle. Les journalistes des médias officiels ne font que relayer la propagande de l’Etat. Tout écart est sévèrement réprimé. Un mot de trop, un nom mal orthographié, un commentaire qui s’écarte de la ligne officielle peuvent conduire un journaliste en prison ou attirer sur lui les foudres du pouvoir. Harcèlement, pressions psychologiques, intimidations et surveillance permanente sont alors de mise.

    L’Asie orientale [Birmanie (163e), Chine (159e), Viêt-nam (158e), Laos (155e)], l’Asie centrale [Turkménistan (165e), Ouzbékistan (155e), Afghanistan (125e), Kazakhstan (119e)] et le Moyen-Orient [Iran (164e), Irak (157e), Arabie saoudite (154e), Syrie (145e)] sont les régions les plus difficiles au monde pour l’exercice de la liberté de la presse. Dans ces pays, la répression des autorités ou la violence exercée par des groupes armés à l’encontre de la presse empêchent les médias de s’exprimer librement.

    L’Irak (157e) a encore dégringolé par rapport à 2004, en raison de l’aggravation de la situation sécuritaire des journalistes. Au moins 24 professionnels des médias ont été tués dans ce pays depuis le début de l’année 2005, faisant de ce conflit le plus meurtrier depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : au total, 72 journalistes et collaborateurs des médias ont été tués depuis le début de la guerre, en mars 2003. En revanche, de plus en plus de pays africains ou latino-américains [le Bénin (25e), la Namibie (25e), El Salvador (28e), le Cap-Vert (29e), l’île Maurice (34e), le Mali (37e), le Costa Rica (41e) ou la Bolivie (45e)] se glissent à des positions très honorables.

    Des démocraties occidentales en recul

    Quelques démocraties occidentales ont reculé dans le classement 2005. Ainsi, les Etats-Unis (44e) ont perdu plus de vingt places, principalement en raison de l’incarcération de la reporter du New-York Times, Judith Miller, et de mesures judiciaires qui mettent à mal la protection du secret des sources. Le Canada (21e) a également perdu quelques places, là aussi à cause de décisions qui fragilisent le secret des sources et transforment parfois les journalistes en « auxiliaires de justice ». La France (30e) est, elle aussi, en recul.
    Des perquisitions de locaux de médias, des gardes à vue de journalistes et la création de nouveaux délits de presse sont notamment à l’origine de cette nouvelle position.

    En tête du classement, on retrouve, comme en 2004, des pays d’Europe du Nord (Danemark, Finlande, Irlande, Islande, Norvège, Pays-Bas) qui garantissent une réelle et durable liberté de la presse. Les dix premiers pays du classement 2005 sont européens. La Nouvelle-Zélande (12e), Trinidad et Tobago (12e), le Bénin (25e) et la Corée du Sud (34e) arrivent en tête pour les autres continents.

    Liberté de la presse, développement économique et indépendance

    Des Etats qui ont acquis ou retrouvé leur indépendance récemment se montrent très respectueux de la liberté de la presse. Ils coupent court ainsi aux arguments fallacieux invoqués par de nombreux leaders autoritaires selon lesquels il serait nécessaire de patienter plusieurs décennies avant que la démocratie ne puisse s’installer. En effet, neuf Etats qui comptent moins de quinze ans d’existence (ou bien qui ont récupéré leur indépendance depuis moins de quinze ans) se placent dans les soixante premiers du classement : Slovénie (9e), Estonie (11e), Lettonie (16e), Lituanie (21e), Namibie (25e), Bosnie-Herzégovine (33e), Macédoine (43e), Croatie (56e), Timor-Leste (58e).

    De même, ce classement tord le cou à la théorie – abondamment utilisée par les dirigeants des pays pauvres et liberticides – selon laquelle le développement économique est un préalable indispensable à la démocratisation et au respect des droits de l’homme. Si la tête du classement est très largement occupée par des Etats riches, plusieurs nations très pauvres (dont le PIB par habitant ne dépassait pas, en 2003, 1 000 dollars) figurent dans les soixante premiers. C’est le cas du Bénin (25e), du Mali (37e), de la Bolivie (45e), du Mozambique (49e), de la Mongolie (53e), du Niger (57e) et du Timor-Leste (58e).

    Les bons

    Le petit Etat caribéen de Trinidad et Tobago reste le premier de la zone (12e) en matière de respect de la liberté de la presse. Le Salvador, démocratie encore fragile après des années de guerre civile, se classe pourtant deuxième du continent (28e). Il est suivi, comme l’an dernier, par le Costa Rica (41e), la Bolivie (45e), l’Uruguay (46e) et le Chili (50e) où les atteintes à la liberté de la presse se résument le plus souvent à des actes d’intimidations ou des menaces. L’Argentine (59e) remonte nettement au classement. Les agressions contre les journalistes ont diminué, les médias ont obtenu gain de cause en matière de secret des sources et la législation sur les délits de presse a été assouplie.

    Au Brésil (63e), la loi sur la presse, qui date du régime militaire et prévoit des peines d’emprisonnement, n’a toujours pas été abrogée même si elle n’est plus appliquée. Par ailleurs, la presse locale reste exposée à de violentes représailles, comme en témoigne l’assassinat, le 1er juillet 2005, de José Cândido Amorim Pinto, directeur d’une radio communautaire.

    …. et les mauvais points du continent américain

    Au Pérou (116e), bien qu’aucun assassinat n’ait endeuillé la presse cette année, les actes de violences à l’encontre des journalistes atteignent des proportions vertigineuses : plus d’une trentaine de cas, une soixantaine si l’on y ajoute les menaces et les tentatives d’intimidations.

    En Haïti (117e), malgré une amélioration de la situation de la presse depuis la chute de Jean-Bertrand Aristide en février 2004, le pays demeure « à risque » pour les journalistes. L’année 2005 aura été marquée par l’assassinat, le 14 juillet, de Jacques Roche, du quotidien Le Matin, l’exil forcé, le 16 juin, de Nancy Roc, de Radio Métropole, à la suite de menaces de kidnapping et la tentative d’enlèvement du directeur de la même radio, Richard Widmaier, cinq jours plut tôt.

    Traditionnelle avant-dernière du classement pour le continent, la Colombie (128e) passe cette fois devant le Mexique (135e), où la situation de la liberté de la presse se détériore dans les Etats frontaliers des Etats-Unis. Les médias mexicains parlent d’un « avril noir » 2005, au cours duquel deux journalistes ont été assassinés et un troisième a disparu, le tout en une semaine. En Colombie, Julio Palacios Sánchez, de Radio Lemas, a été abattu le 11 janvier dans une région dominée par le narcotrafic et la corruption. Les installations audiovisuelles sont régulièrement les cibles d’actes de sabotage et sept journalistes ont dû quitter leur région ou le pays depuis le début de l’année.

    A Cuba (161e), deux journalistes sont venus s’ajouter aux 21 emprisonnés depuis la vague de répression de mars 2003. L’un d’eux, Oscar Mario González Pérez, risque 20 ans de prison au titre de la loi 88 sur la protection de « l’indépendance nationale et l’économie de Cuba ».

  • On entend souvent dire que les Cubains sont tous propriétaires de leur logement : c’est une contre vérité. C’est l’Etat qui est propriétaire de tout à Cuba, et il suffit d’afficher son désaccord avec le gouvernement de Fidel Castro pour se faire expulser se son logement dont on est « propriétaire ».
    C’est ce qui est arrivé hier à l’opposant membre du Mouvement Chrétien de Libération, Ernesto Martínez Fonseca, son conjoint, Judith Arbesú, et deux filles, de 8 et 10 années.

    Le harcèlement et les actes de « repudio » contre des dissidents et des journalistes indépendants au Cuba se sont intensifiés dans toute l’île dans les dernières semaines. Malgré cela les adversaires et activistes politiques continuent à réclamer la liberté au régime de Fidel Castro.

    Dans la ville de Camaguey, le groupe des « Dames en Blanc » a entrepris dimanche pour la première fois une marche silencieuse dans la rue centrale Général Gómez, pour réclamer la liberté de leurs parents emprisonnés, sous la surveillance de fonctionnaires de Sécurité l’État et la surprise des passant, peu habitués à ce type de manifestations.

    Les Dames de Blanc ont entamé leur marche après avoir assisté à la messe dans l’Église de Sainte Ana, habillées de pantalons et tee shirt blancs sur lesquels étaient imprimées les photos de leurs conjoints : Alejandro González Raga, Alfredo Manuel Pulido López, Normand Hernández González et Mario Enrique mayo Hernández, tous journalistes indépendants condamnés à de longues peines de prison pendant le printemps noir de 2003.

    Le groupe de Dames de Blanc de Camaguey était réprésenté par Bertha María Bueno, Rebeca Rodríguez Sauto, Yaraí Reyes Marin et Maidelín Guerra.

    « À toutes les organisations qui défendent les droits de l’homme nous voulons dire que nous n’avons pas peur ; nous ne faisons pas rien de plus que dire ce que d’autres pensent en silence, et nous continuerons à nous rendre à la maison de Dieu tous les dimanches habillées de blanc pour prier pour la santé de nos familles » , a affirmé depuis Camaguey, Maidelín Guerra.

    Pendant ce temps, un membre du Mouvement Chrétien de Libération, Ernesto Martínez Fonseca, son épouse, Judith Arbesú, et ses deux filles, de 8 et 10 années, ont été expulsés des les premières heures d’hier d’un petit logement dans un quartier populaire de la Havane où ils vivaient depuis 2000.

    Le couple a indiqué que des dizaines policiers et fonctionnaires ont pris part à l’expulsion et ont prétendu qu’ils occupaient la maison de manière illégale.

    « C’est une mesure arbitraire du gouvernement qui est le seul responsable de ceci » , a dénoncé l’opposant Ernesto Martínez Fonseca qui considère qu’il s’agit « des représailles à cause de mon militantisme et de ma condition de dissident ».

    « Je serai toujours celui que je suis, en réclamant les droits des cubains jusqu’à ce qu’un jour nous obtenions ce que ce peuple souhaite » , a affirmé Martínez dans des déclarations formulées à l’agence espagnole EFE.

    Le conjoint de Martínez assure que le logement appartient à un frère qui vit à Londres avec une autorisation de résidence à l’extérieur, lequel a laissé à la famille la maison en garde et a annuellement voyagé au pays, comme établit la loi, pour ne pas perdre sa propriété.

  • Raul Rivero, libéré en décembre 2004 pour raisons de santé, lira des poèmes de son livre plus récent, « Corazón sin furia »( « Coeur sans fureur  » ) (2005), publié en Espagne.

     » Ce ont des poèmes que j’ai composé dans un détroit cachot avec peu de lumière, et à la frontière de la mort », a commenté Rivero. « J’étai obligé d’écrire des poèmes d’amour, sur avertissement des gardiens de prison ; seulement s’ils ne contenaient pas de références politiques ou critiques à la prison, ils les laissaient sortir. Donc je dis toujours que le premier éditeur a été la Sécurité de l’État ».

    Rivero, un des plus importants poètes de sa génération, a été condamné à 20 années de prison au printemps de 2003, accusé de menacer la sécurité nationale avec les articles qu’il diffusait à l’extérieur. Après une campagne internationale intense pour sa libération, il a été libéré pour raisons de santé en décembre 2004 et à quitté Cuba pour l’éxil en avril 2005.

    C’ est sa première visite aux Etats-Unis, pendant laquelle il a pris la parole devant la 61e Assemblée Générale de la Société Interaméricaine de Presse (SIP), qui se tient cette semaine à Indianapolis.

    Devant la convention de la SIP, organisation dont il est vice-président régional depuis 1998, Raul Rivero a réclamé l’appui des moyens de communication pour maintenir la mémoire des prisonniers politiques cubains et « mettre en échec l’oubli » que tente de leur imposer le régime de Fidel Castro.

    Avant la lecture et le dialogue avec le public, Rivero recevra un hommage du Centre Littéraire de la Floride du Miami-Dade College, et sera décoré avec une médaille honorifique de l’institution académique.

  • Le 10 octobre 2005 au matin, jour de l’intervention à l’UNESCO de Felipe Perez Roque, ministre cubain des Relations extérieures, une vingtaine de militants de Reporters sans frontières ont manifesté, vêtus d’uniformes de prisonniers, devant le bâtiment de l’organisation internationale à Paris. Ils ont ainsi rappelé que 23 journalistes cubains sont actuellement détenus dans des conditions exécrables dans les prison cubaines.

    Felipe Perez Roque, souvent présenté comme un des possibles successeurs de Fidel Castro, avait parlé en ces termes des journalistes arrêtés lors du printemps noir de 2003 : « Ils contribuent au blocus nord-américain sur Cuba, fabriquent de fausses informations et conspirent pour déstabiliser le pays. Ils mettent en danger les droits de tous les Cubains.»

    Déguisés en prisonniers, numérotés, menottés et bâillonnés, les militants de Reporters sans frontières tapaient sur des gamelles et ont déployé une banderole sur laquelle on lisait : « Bienvenue à Cuba, où les journalistes n’ont aucun droit ! ».
    En fond sonore : une musique cubaine festive, soudainement interrompue par les bruits caractéristiques d’une prison, portes qui se referment, bruits de chaînes, appel des prisonniers.

    Selon RSF : « 21 journalistes, condamnés à des peines allant de 14 à 27 ans de prison, croupissent depuis plus de deux ans dans des cellules insalubres, dorment dans des draps répugnants (quand ils en ont), portent des uniformes qui passent de prisonnier en prisonnier sans être jamais lavés, et mangent des bouillies suspectes autant qu’infectes. La plupart ont contracté en prison des maladies chroniques et sont dans un état de santé très inquiétant. Comme si cela ne suffisait pas, ils sont régulièrement humiliés par les gardiens de prison ou enfermés avec des criminels.

    C’est cette situation que nous avons voulu rappeler, au moment où un ministre cubain vient parler, à Paris, de culture et d’éducation. D’autant plus que depuis juillet et août 2005, deux nouveaux journalistes sont enfermés dans les geôles cubaines, dont l’un, Oscar Mario González, qui attend toujours d’être jugé, risque plus de 20 ans de prison. »

    Il y a plus de 16 ans, Reporters sans frontières mettait en place « le parrainage » et appelait les médias internationaux à soutenir un journaliste emprisonné. Plus de 200 rédactions dans le monde soutiennent ainsi un confrère en demandant régulièrement sa libération aux autorités concernées et en médiatisant sa situation pour que son cas ne tombe pas dans l’oubli.

    Ricardo González est ainsi soutenu par : Radio Classique, Alternatives internationales, Amiens Métropole (JDA), Asociación de la Prensa de Madrid, Cambio 16, Corriere, Canadese, El Mundo, El Pais, El Punto, France Soir, Grands Reportages, http://www.cubantrip.com, Ici, L’Express, La Tribune, La Vanguardia, Le Figaro, Le Ligueur, Le Maine Libre, Le Nouvel Observateur, Le Nouvelliste, Le Télégramme de Brest et de l’Ouest, Okapi, Ouest France, PACA Informations économiques, Prix Bayeux des correspondants de guerre, Radio Côte d’Amour, Radio Nostalgie (Belgique), RFI, Servimedia,StarPhoenix, The Concordian, The Telegram, Tiempo.

    Fabio Prieto Llorente est ainsi soutenu par : le député européen Bernard Lehideux, Coup d’¦il vers l’avenir, Festival international du scoop et du journalisme, Libération, la mairie d’Arlanc, Métro Belgique.

    Miguel Galván Gutiérrez est ainsi soutenu par : la mairie de Nancy.

  • Prisons cubaines : la mort, seul soulagement

    En ce moment même, le journaliste Víctor Rolando Arroyo est en train de mourir. Depuis ce matin, il en est à son 25e jour de grève de la faim. Il l’a entamée pour exiger des dirigeants du ministère de l’Intérieur qu’on le débarrasse d’un officier nommé Armesto, chargé, dès le printemps 2003, de le persécuter à la prison de Guantánamo.

    Arroyo est né en décembre 1952. Il accomplit une peine de 26 ans. C’est l’un des 75 Cubains qui ont été emprisonnés après la vague d’arrestations déclenchée par le régime de Fidel Castro. Avec lui, des journalistes indépendants et des militants de mouvements pacifiques appartenant à l’opposition intérieure ont été condamnés à de lourdes peines.

    Guantánamo est situé à la pointe est de Cuba. La famille d’Arroyo vit à Pinar del Río, à pas moins de 1 074 kilomètres de l’endroit où sont parqués des centaines de prisonniers : un hangar de béton et d’acier surnommé « el Combinado ».

    A peine arrivé au centre pénitentiaire, il y a maintenant plus de 30 mois, l’officier Armesto a été chargé de « s’occuper de lui ». C’est par cet euphémisme qu’on désigne là-bas le traitement infligé aux détenus politiques dans les prisons : harcèlement, surveillance, contrôle.

    Abus et humiliations

    Déjà, en décembre 2003, alors que je purgeais une peine de 20 ans en cellule, on m’a appris qu’Arroyo avait été passé à tabac la veille du nouvel an. Par la suite, nous avons su par sa famille les abus, les humiliations et le traitement dégradant auxquels cet officier soumettait le journaliste. Il était privé de correspondance, il ne pouvait pas téléphoner comme l’y autorisait le règlement et n’avait même pas droit aux visites de ses proches.

    Une fouille d’objets personnels devait avoir lieu il y a quelque temps. Connaissant le monde carcéral, Arroyo a refusé qu’elle se fasse sans lui.

    Il craignait que cet officier acharné glisse quelque chose de compromettant dans ses affaires pour l’exposer à un nouveau procès.

    Le journaliste a refusé de quitter la galerie et s’est assis par terre. Alors, avec l’aide de deux gardiens, l’officier l’a traîné tout le long du couloir dans une autre cellule et Arroyo a déclaré qu’il ferait la grève de la faim jusqu’à la mort.

    Felix Navarro est un autre prisonnier politique. Il purge un peine de 25 ans et, bien qu’originaire de Matanzas, une province située à l’ouest du pays, il est lui aussi enfermé à Guantánamo. Il a vu l’officier traîner le journaliste dans le couloir et a décidé peu après d’entamer à son tour une grève de la faim par solidarité.

    Bien entendu, Arroyo est devenu le centre d’attention à cause de l’extrême gravité de son état. C’est en 1996 qu’il est emprisonné pour la première fois. Il fait un an de prison pour avoir publié un article critiquant les méthodes de culture du tabac dans sa province, qui est le royaume des célèbres havanes.

    En février 2000, il retourne au cachot. Cette fois, il est condamné à six mois, pour un motif juridique tombé en désuétude. Il avait acheté des jouets en dollars dans les magasins spéciaux pour en faire cadeau aux enfants pauvres le jour des Rois mages.
    Les dons provenaient d’institutions et de familles cubaines établies dans le sud de la Floride.
    Il a été accusé d’accaparement de biens publics et les jouets ont été confisqués. Le Roi mage, sorti de sa campagne cubaine, ne se déplaçait pas à dos de chameau, mais à bicyclette.

    Il s’est retrouvé dans une prison rustique surnommée Kilo 4, là où Cuba côtoie le Yucatan et où on aperçoit les deux côtes (celles du Nord et du Sud) depuis la route nationale.

    Quand il a été condamné en 2003, il était directeur de l’Union des journalistes et écrivains cubains indépendants (UPECI). Il avait la charge d’une bibliothèque de près de 5 000 volumes qui échappait au contrôle de l’État.

    Sa famille vit dans l’angoisse ; on en a reçu des échos ces derniers jours. Sa femme, Elsa González Padrón s’est rendue à Guantánamo pour le voir et prendre directement de ses nouvelles. On lui a permis de rester avec lui deux minutes. Le docteur Chediak (attention, personne ne décline son identité complète) lui a dit qu’il allait faire une exception, mais qu’elle « n’était pas autorisée à le voir ni rien.»

    La femme du journaliste a demandé qu’on l’installe dans une autre salle, au cas où sa santé s’aggraverait brusquement. « Il est ici parce qu’il le veut », lui a répondu le médecin, « nous n’allons pas occuper un lit dont quelqu’un d’autre peut avoir besoin. S’il a envie de mourir, qu’il meure.»

    Devant la gravité de l’état de santé d’Arroyo, le cardinal Jaime Ortega a demandé aux trois prisonniers de renoncer à leur grève de la faim et à leurs revendications. Jeudi dernier, l’Union européenne a prié le gouvernement de Castro de prendre des mesures propres à améliorer la situation des trois dissidents en grève de la faim.

    J’ai reçu chez moi, à Madrid, un message provenant directement de Pinar del Río. Il est signé de Pedro Pablo Arencibia et sa famille : des amis d’Arroyo. Il dit ceci : « Nous sommes désespérés. Marta, la mère d’Arroyo, ne sait rien. Elsa est restée dans l’Est. C’est très triste. C’est un frère qui est en train de mourir ».

    Raúl Rivero

  • C’est un acte symbolique, semblable à ceux qui en 2003 ont aidé à refroidir les relations entre l’UE et Cuba : l’Allemagne a invité le gouvernement et l’opposition à fêter la réunification allemande lundi dans des activités séparées. Toutefois, aucun fonctionnaire cubain ne s’est rendu à la réception.

    « L’unification de l’Allemagne a été la conséquence de l’échec de l’économie socialiste planifiée », a dit Ulrich Lunscken, l’ambassadeur allemand, au cours de la soirée à laquelle a assisté la dissidence.

    Des diplomates européens présents dans la réception ont été d’accord pour indiquer que la relation entre l’UE et Cuba est compliquée. Des membres de l’opposition ont indiqué que leur présence pourrait augmenter encore plus les tensions.

    « Les autorités cubaines n’aiment pas ça. Mais il s’agit de favoriser le dialogue avec tous les secteurs de la société. La relation entre l’UE et le gouvernement de Cuba sont assez difficiles », a affirmé un diplomate présent.

    L’invitation aux dissidents, la première d’un pays européen depuis que l’UE a levé en janvier 2005 des sanctions imposées à l’île en juin 2003 pour protester contre une vague répressive contre l’opposition; rompt un accord de l’Union qui s’était engagée à ne pas inviter à ses festivités à La Havane ni le gouvernement ni les dissidents.

    « Cet accord ne fonctionne plus. C’est du protocole, il n’a pas beaucoup d’importance, même si le gouvernement cubain la lui donne. Dans le fond, ce qui est important c’est que l’UE veut favoriser un dialogue et voir des avances sur les droits de l’homme. Mais il n’y a eu aucun geste, rien ne s’est amélioré depuis 2003 », a jugé un autre diplomate européen.

    La situation est plus complexe étant donnée la division au sein de l’UE autour de la politique envers Cuba. La France a été le premier a rompre l’accord le 14 juillet dernier, en invitant le gouvernement cubain à sa fête nationale et en excluant la dissidence.

    Pendant ce temps, l’Espagne, dont le gouvernement socialiste a appuyé la levée des sanctions, tiendra le 12 octobre sa fête nationale et fera la même chose que la France ; puis le 28 ce sera le tour de la République tchèque, dont la position coïncide avec celle de l’Allemagne.

    « Le régime cubain veut exporter son totalitarisme à d’autres pays du monde, en les obligeant à nous exclure » , a dit la dissidente Marta Beatriz Roque.

    Deux éléments s’ajoutent à la tension. L’UE a exprimé la semaine passée sa préoccupation pour la situation des prisonniers politiques en grève de faim, et les « Dames en Blanc », un groupe de conjoints zr parents de dissidents emprisonnés, sont nommées au Prix Sakharov, qu’ accorde chaque année le Parlement Européen pour promouvoir les droits de l’homme.

    Pour sa part, le président la Commission de Droits de l’Homme et de la Réconciliation Nationale (CDHRN), Elizardo Sánchez, a affirmé que

    « La politique d’apaisement qu’ont eu quelques pays avec le régime totalitaire de Cuba a échoué jusqu’à présent, parce que la situation s’est aggravée : il y a davantage de prisonniers politiques, davantage d’intolérance et, en général, davantage de répression ».