Mois : octobre 2005

  • Prisons cubaines : la mort, seul soulagement

    En ce moment même, le journaliste Víctor Rolando Arroyo est en train de mourir. Depuis ce matin, il en est à son 25e jour de grève de la faim. Il l’a entamée pour exiger des dirigeants du ministère de l’Intérieur qu’on le débarrasse d’un officier nommé Armesto, chargé, dès le printemps 2003, de le persécuter à la prison de Guantánamo.

    Arroyo est né en décembre 1952. Il accomplit une peine de 26 ans. C’est l’un des 75 Cubains qui ont été emprisonnés après la vague d’arrestations déclenchée par le régime de Fidel Castro. Avec lui, des journalistes indépendants et des militants de mouvements pacifiques appartenant à l’opposition intérieure ont été condamnés à de lourdes peines.

    Guantánamo est situé à la pointe est de Cuba. La famille d’Arroyo vit à Pinar del Río, à pas moins de 1 074 kilomètres de l’endroit où sont parqués des centaines de prisonniers : un hangar de béton et d’acier surnommé « el Combinado ».

    A peine arrivé au centre pénitentiaire, il y a maintenant plus de 30 mois, l’officier Armesto a été chargé de « s’occuper de lui ». C’est par cet euphémisme qu’on désigne là-bas le traitement infligé aux détenus politiques dans les prisons : harcèlement, surveillance, contrôle.

    Abus et humiliations

    Déjà, en décembre 2003, alors que je purgeais une peine de 20 ans en cellule, on m’a appris qu’Arroyo avait été passé à tabac la veille du nouvel an. Par la suite, nous avons su par sa famille les abus, les humiliations et le traitement dégradant auxquels cet officier soumettait le journaliste. Il était privé de correspondance, il ne pouvait pas téléphoner comme l’y autorisait le règlement et n’avait même pas droit aux visites de ses proches.

    Une fouille d’objets personnels devait avoir lieu il y a quelque temps. Connaissant le monde carcéral, Arroyo a refusé qu’elle se fasse sans lui.

    Il craignait que cet officier acharné glisse quelque chose de compromettant dans ses affaires pour l’exposer à un nouveau procès.

    Le journaliste a refusé de quitter la galerie et s’est assis par terre. Alors, avec l’aide de deux gardiens, l’officier l’a traîné tout le long du couloir dans une autre cellule et Arroyo a déclaré qu’il ferait la grève de la faim jusqu’à la mort.

    Felix Navarro est un autre prisonnier politique. Il purge un peine de 25 ans et, bien qu’originaire de Matanzas, une province située à l’ouest du pays, il est lui aussi enfermé à Guantánamo. Il a vu l’officier traîner le journaliste dans le couloir et a décidé peu après d’entamer à son tour une grève de la faim par solidarité.

    Bien entendu, Arroyo est devenu le centre d’attention à cause de l’extrême gravité de son état. C’est en 1996 qu’il est emprisonné pour la première fois. Il fait un an de prison pour avoir publié un article critiquant les méthodes de culture du tabac dans sa province, qui est le royaume des célèbres havanes.

    En février 2000, il retourne au cachot. Cette fois, il est condamné à six mois, pour un motif juridique tombé en désuétude. Il avait acheté des jouets en dollars dans les magasins spéciaux pour en faire cadeau aux enfants pauvres le jour des Rois mages.
    Les dons provenaient d’institutions et de familles cubaines établies dans le sud de la Floride.
    Il a été accusé d’accaparement de biens publics et les jouets ont été confisqués. Le Roi mage, sorti de sa campagne cubaine, ne se déplaçait pas à dos de chameau, mais à bicyclette.

    Il s’est retrouvé dans une prison rustique surnommée Kilo 4, là où Cuba côtoie le Yucatan et où on aperçoit les deux côtes (celles du Nord et du Sud) depuis la route nationale.

    Quand il a été condamné en 2003, il était directeur de l’Union des journalistes et écrivains cubains indépendants (UPECI). Il avait la charge d’une bibliothèque de près de 5 000 volumes qui échappait au contrôle de l’État.

    Sa famille vit dans l’angoisse ; on en a reçu des échos ces derniers jours. Sa femme, Elsa González Padrón s’est rendue à Guantánamo pour le voir et prendre directement de ses nouvelles. On lui a permis de rester avec lui deux minutes. Le docteur Chediak (attention, personne ne décline son identité complète) lui a dit qu’il allait faire une exception, mais qu’elle « n’était pas autorisée à le voir ni rien.»

    La femme du journaliste a demandé qu’on l’installe dans une autre salle, au cas où sa santé s’aggraverait brusquement. « Il est ici parce qu’il le veut », lui a répondu le médecin, « nous n’allons pas occuper un lit dont quelqu’un d’autre peut avoir besoin. S’il a envie de mourir, qu’il meure.»

    Devant la gravité de l’état de santé d’Arroyo, le cardinal Jaime Ortega a demandé aux trois prisonniers de renoncer à leur grève de la faim et à leurs revendications. Jeudi dernier, l’Union européenne a prié le gouvernement de Castro de prendre des mesures propres à améliorer la situation des trois dissidents en grève de la faim.

    J’ai reçu chez moi, à Madrid, un message provenant directement de Pinar del Río. Il est signé de Pedro Pablo Arencibia et sa famille : des amis d’Arroyo. Il dit ceci : « Nous sommes désespérés. Marta, la mère d’Arroyo, ne sait rien. Elsa est restée dans l’Est. C’est très triste. C’est un frère qui est en train de mourir ».

    Raúl Rivero

  • C’est un acte symbolique, semblable à ceux qui en 2003 ont aidé à refroidir les relations entre l’UE et Cuba : l’Allemagne a invité le gouvernement et l’opposition à fêter la réunification allemande lundi dans des activités séparées. Toutefois, aucun fonctionnaire cubain ne s’est rendu à la réception.

    « L’unification de l’Allemagne a été la conséquence de l’échec de l’économie socialiste planifiée », a dit Ulrich Lunscken, l’ambassadeur allemand, au cours de la soirée à laquelle a assisté la dissidence.

    Des diplomates européens présents dans la réception ont été d’accord pour indiquer que la relation entre l’UE et Cuba est compliquée. Des membres de l’opposition ont indiqué que leur présence pourrait augmenter encore plus les tensions.

    « Les autorités cubaines n’aiment pas ça. Mais il s’agit de favoriser le dialogue avec tous les secteurs de la société. La relation entre l’UE et le gouvernement de Cuba sont assez difficiles », a affirmé un diplomate présent.

    L’invitation aux dissidents, la première d’un pays européen depuis que l’UE a levé en janvier 2005 des sanctions imposées à l’île en juin 2003 pour protester contre une vague répressive contre l’opposition; rompt un accord de l’Union qui s’était engagée à ne pas inviter à ses festivités à La Havane ni le gouvernement ni les dissidents.

    « Cet accord ne fonctionne plus. C’est du protocole, il n’a pas beaucoup d’importance, même si le gouvernement cubain la lui donne. Dans le fond, ce qui est important c’est que l’UE veut favoriser un dialogue et voir des avances sur les droits de l’homme. Mais il n’y a eu aucun geste, rien ne s’est amélioré depuis 2003 », a jugé un autre diplomate européen.

    La situation est plus complexe étant donnée la division au sein de l’UE autour de la politique envers Cuba. La France a été le premier a rompre l’accord le 14 juillet dernier, en invitant le gouvernement cubain à sa fête nationale et en excluant la dissidence.

    Pendant ce temps, l’Espagne, dont le gouvernement socialiste a appuyé la levée des sanctions, tiendra le 12 octobre sa fête nationale et fera la même chose que la France ; puis le 28 ce sera le tour de la République tchèque, dont la position coïncide avec celle de l’Allemagne.

    « Le régime cubain veut exporter son totalitarisme à d’autres pays du monde, en les obligeant à nous exclure » , a dit la dissidente Marta Beatriz Roque.

    Deux éléments s’ajoutent à la tension. L’UE a exprimé la semaine passée sa préoccupation pour la situation des prisonniers politiques en grève de faim, et les « Dames en Blanc », un groupe de conjoints zr parents de dissidents emprisonnés, sont nommées au Prix Sakharov, qu’ accorde chaque année le Parlement Européen pour promouvoir les droits de l’homme.

    Pour sa part, le président la Commission de Droits de l’Homme et de la Réconciliation Nationale (CDHRN), Elizardo Sánchez, a affirmé que

    « La politique d’apaisement qu’ont eu quelques pays avec le régime totalitaire de Cuba a échoué jusqu’à présent, parce que la situation s’est aggravée : il y a davantage de prisonniers politiques, davantage d’intolérance et, en général, davantage de répression ».

  • « Cette attaque extrêmement violente contre Guillermo Fariñas montre que les journalistes indépendants cubains sont menacés non seulement par le gouvernement, mais également par des groupes ultra-révolutionnaires qui, dans ce cas, se sont véritablement défoulés sur le directeur de Cubanacán Press, et ce, sous les yeux de la police politique », a déclaré Reporters sans frontières.

    Le 16 septembre, Guillermo Fariñas manifestait pacifiquement devant un commissariat, en présence d’une quinzaine d’autres opposants politiques, pour demander la libération de Noelia Pedraza Jiménez, l’une des leurs qui venait d’être arrêtée. Une centaine de paramilitaires étaient présents sur les lieux.

    Après avoir informé les manifestants de la libération imminente de la détenue dans l’attente de son procès, Vladimir Méndez Mauad, capitaine de la Sécurité de l’Etat, a proposé à Guillermo Fariñas de le reconduire chez lui en voiture. Le journaliste, qui peu de temps auparavant se déplaçait encore en fauteuil roulant en raison d’une infirmité dont il souffre et qui doit toujours utiliser des béquilles, a accepté.

    Mais au moment où Guillermo Fariñas a quitté le commissariat, un officier de police l’a prévenu que ce qui pourrait se passer au-dehors avec les paramilitaires « serait son problème ».

    Selon le récit de Guillermo Fariñas, une soixantaine de paramilitaires encore présents, armés de bâtons, l’ont alors interpellé en lui demandant s’il avait le courage de répéter devant eux ce qu’il disait sur Radio Martí (station de l’opposition cubaine exilée à Miami). Après s’être agenouillé et avoir mis les mains derrière la tête, il leur a répondu : « Pourquoi écoutez-vous Radio Marti si vous êtes révolutionnaires ? »

    Les propos du journaliste, ainsi que son refus de répéter « Vive Fidel Castro », lui ont valu insultes et coups, jusqu’à ce que l’un des agresseurs, craignant de le tuer dans un lieu public, y mette fin.

    Guillermo Fariñas a ensuite été conduit par des instructeurs politiques du Parti communiste cubain à 23 kilomètres de Santa Clara, où il a été laissé seul dans une zone inhabitée.

    Le journaliste a précisé à Reporters sans frontières que ses mains et ses bras sont tellement enflés qu’il ne peut plus écrire ni utiliser un clavier d’ordinateur. Il a ajouté qu’il pensait être en tête de la liste des personnes à arrêter lors de la « prochaine vague de répression ».

  • Cuba Nostra » recense méthodiquement les exactions, mensonges, trahisons du régime de Fidel Castro depuis son origine jusqu’à la corruption massive de l’époque actuelle.

    Car Fidel Castro excelle dans l’élimination de tout ceux qui peuvent, ou auraient pu, remettre en cause son pouvoir absolu. Avec cynisme il a mis en scène patiemment sa propre légende, tout en organisant la disparition de ses rivaux, quitte à en faire ensuite des héros tragiques après les avoir assassinés ou poussés au suicide.

    C’est le cas de Camilo Cienfuegos, dont « l’accident » d’avion ressemble de plus en plus à un règlement de compte au sommet entre Fidel et un des ses principaux rivaux au lendemain de la prise de pouvoir de 1959.
    Comme beaucoup d’autres, Camilo Cienfuegos faisait partie de ces authentiques révolutionnaires qui voulaient en finir avec la dictature de Batista, mais pas pour la remplacer par une autre dictature. Comme Hubert Matos, Cienfuegos ne supportait pas la dérive communiste et totalitaire qui engloutissait petit à petit la révolution cubaine avec la mainmise des frères Castro et des communistes sur tous les leviers du pouvoir.

    Lorsque « Cuba Nostra » aborde l’épisode des relations entre Castro et Salvador Allende et de son expérience de « socialisme démocratique » dans le Chili de 1970, le malaise se transforme en nausée. Il ressort de nombreux témoignages qque Fidel Castro méprisait profondément Allende, car il avait reussi à s’imposer par les urnes et non par les armes. Dès sa victoire aux élections de 1970, les service secrets cubains ont constamment fait pression et manipulé le nouveau chef de la gauche chilienne et son entourage (un agent secret cubain a même été recruté pour épouser Béatriz, la fille d’Allende) pour aboutir à un épilogue violent.

    Dès lors, les nombreux récits de cette époque qui émaillent « Cuba Nostra » tendent à prouver qu’Allende aurait été assassiné par ses gardes du corps cubains alors qu’il souhaitait négocier une reddition avec les auteurs du coup d’Etat du 11 septembre 1973.

    Mais Fidel Castro aurait décidé une fois pour toute qu’un révolutionnaire ne pouvait pas se rendre, et devait mourir les armes à la main : c’est d’ailleurs la thèse qu’il a toujours défendue en public, plutôt que celle généralement admise du suicide.

    lire la suite

  • Une dizaine de candidats, parmi eux l’avocate nigérienne Hauwa
    Ibrahim, l’organisation « Reporters sans Frontières » et le
    mouvement de dissidentes cubaines « Les Dames en blanc » sont en lisse pour le prix 2005 Sakharov pour la liberté de conscience qu’accorde chaque année le
    Parlement Européen.

    La sous-commission des Droits de l’Homme a établi hier
    la liste avec les noms proposés.

    Le groupe parlementaire socialiste a proposé comme candidat
    Hauwa Ibrahim, la première avocate du nord du Nigéria défenseur de
    femmes accusées d’adultère et condamnées à la lapidation.

    Le groupe du PPE, le plus nombreux de l’Assemblée, ne présente pas
    un candidat unique, mais plusieurs à titre individuel.

    Ainsi, le député espagnol du PP Gerardo Galeote en compagnie
    d’autres du même groupe a proposé « les Dames en blanc » un mouvement
    de femmes habillées de blanc comme symbole de la paix et de
    l’innocence de leurs maris, et qui défendent les droits des prisonniers
    politiques à Cuba.

    D’autres présentent Daniel Barenboim, pianiste, directeur et
    cofondateur de l’orchestre du Moyen-Orient, qui travaille pour
    rapprocher arabes et israelíens par la musique.

    La troisième candidature favorisée par des députés du PPE est
    celle de Ibrahim Adam Mudawi, fondateur de l’organisation
    « Développement Social Soudanais », une association indépendante
    consacrée à promouvoir et protéger les droits de l’homme, construire
    la paix et le développement au Soudan.

    Le groupe libéral défend à l’organisation « Reporters Sans
    Frontières » pour sa défense de la liberté de presse partout dans le
    monde.

    Le groupe des Verts a élevé la candidature conjointe du
    chinois Yang Zili, l’iranien Mojtaba Saminebal et le tunisien
    Zouhair Yahyaoui, à titre posthume, pour ses dénonciations des violations des
    droits de l’homme et pour promouvoir la démocratie dans son pays.

    Le groupe parlementaire « Indépendance et Démocratie » (eurosceptiques)
    a proposé deux défenseurs de la liberté de pensée sous le
    régime communiste de l’Union Soviétique.

    Il s’agit du fondateur de « Dissidence Rationnelle », du poète et du
    mathématicien Alexander Yessenin-Volpin, et le cofondateur du Groupe
    pour la défense des Droits Humains en Union Soviétique et
    président de l’Institut de Droits Humains et de la Fondation Sajarov
    en Russie, Sergei Kovalev.

    Le groupe de l’Europe des nations a proposé, à titre posthume, la
    candidature de Gunars Astra, dissident soviétique et défenseur de la
    démocratie, la liberté et les droits humains en Lituanie pendant le
    régime soviétique.